‹ J.-B. Faure, 1830-1914 1923Chapitre 3 sur 25 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'ENFANCE, LEs MAITRISES, LE CONSERVATOIRE.

Jean-Baptiste Faure est né à Moulins, le 15 janvier 1830, dans une modeste maison située vis-à-vis de la cathédrale. Pourtant, 1l s'en faut de bien peu qu'on ne puisse le dire Parisien : c'est à peine si les trois premières années de sa petite enfance se passèrent sur les rives de l’Allier.

Son père, qui était chantre, et dont on n’a pas oublié, à Moulins, la voix puissante et rude {ses camarades l'avaient surnommé « gosier d'acier »), accepta un jour les offres flatteuses qui lui vinrent d’une autre maîtrise de cathédrale, celle de Paris, et ne tarda pas à s'installer, avec tous les siens, tout auprès, rue Massillon.

C’est donc bien dans la ville qui devait l’acclamer un jour, que l'enfant sentit son âme s’éveiller à la musique et même à toute impression de beauté. C’est sous les voûtes de l'antique sanctuaire qu'il s’éprit de l’art plastique ; c'est l'harmonie grandiose de ses offices qui lui donna ses premières jouissances sonores. Son grand bonheur, en effet, était d'accompagner son père et de se blottir, sans bruit, parmi les instruments. La contrebasse, surtout, exerçait sur Jui un attrait invincible : en faire vibrer les cordes le plongeait dans l'extase.

Déjà, se dessinait donc pour lui un paisible apprentis-

ô J.-B. FAURE

sage musical; déjà, si la voix lui venait, on pouvait augurer qu'il serait un jour l’émule puis le successeur de son père. Malheureusement, la maladie, puis une mort préma- 4 turée, vinrent arrêter tout projet, tout espoir d'avenir. En quelques jours, son père succomba à une attaque et laissa dans un véritable dénuement sa veuve et ses trois enfants.

Jean-Baptiste, qui était le seul garçon, n'avait encoré que sept ans. #ÿ

Comment, à un âge aussi tendre, pouvait-il songer à subvenir à la détresse de ce pauvre foyer ? Il ne tarda pas à l’entreprendre, cependant. L'éducation morale qu'il recevait de sa mère devait faire naître de bonne heure ce dessein dans son âme, et développer en même temps cet esprit d'initiative, cette volonté obstinée, cette persévérance dans l'effort qui apparaissent chez lui dès ses premiers pas au seuil de sa carrière. Tout fait supposer qu'il tenait d'elle ces fortes qualités. Aussi, bien que devenu, et de plus en plus, son appui dans la vie, il n'avait cessé de s'appuyer lui-même sur elle, de chercher auprès d'elle conseil et approbation. Sa mère était comme sa conscience, et, lorsqu'il l’eut perdue, c’est un véritable culte qu’il lui rendait encore.

Nous en avons un témoignage singulier et très peu connu dans une sorte de formule cryptographique qu'il inscrivait en tête de toutes les œuvres composées par lui ! et que portaient invariablement tous ses manuscrits. — Elle rappelle en même temps l'émotion religieuse et un peu mystique qui le saisissait toujours, aux prises avec l’art, et dont sont empreintes plus d’une de ses œuvres :

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