J.-B. FAURE VAR AT
trahie, à n'être pas relevée d’une interprétation de cette valeur. Cette impression n'est pas pour toutes, 1l est juste de le dire; il en est où c’est éomme une marque de supériorité qu’elle ne surgisse pas à l'esprit. L'interprète, alors, disparaît derrière le compositeur. De ces pages, les unes évoquent le magnifique chanteur, mais ce sont les autres qui méritent surtout de lui survivre, parce qu’elles témoignent le mieux de son culte de la vérité et de la beauté de l'expression lyrique. Bon nombre sont tout à fait remarquables.
C'est à quelque circonstance accidentelle, quelque occasion, que l’on doit sans doute les plus anciennes pages écrites par Faure : un concert en fut l’objet, ou une réunion chorale, un « caveau » !, ou bien quelque cérémonie religieuse. La première est restée célèbre entre toutes, car son succès fut mondial, et plus de 40 éditions différentes en témoignent encore : ce sont les Rameaux. Elle a été gravée en 1861, avec la Ronde des Moissonneurs, suivie de près par la Féte-Dieu, qui est également une chanson à couplets et du même auteur. Viennent ensuite, en 1865 seulement : la Marche vers l'avenir, le fils du Prophète, et un O Salutaris. Puis, en 1866, l’air de concert Sancta Maria, et en 1867, un Ave Maria. Et ce n’est qu’en 1868 qu'apparaissent quelques mélodies proprement dites, pour salon : Que le jour me dure !, Pourquoi ?, l'Étoile ; plus, une page presque d'église, Charité, et le Pie Jesu consacré, par l'artiste, à la mémoire de sa mère, au lendemain de sa mort (1869)... Mélodies ou motets se suivent alors de plus en plus nombreux, d’année en année.
En 1873 paraît un premier recueil de 25 mélodies. Un second, de 20, le suit d'assez près, en 1876. Puis un troisième, en 1881 et un quatrième en 1890. Avec quelques pages encore, demeurées isolées et qui datent des dernières années, c’est un ensemble de quelque 93 morceaux. Les
1. En 1904 encore, le « Caveau Lyonnais » tint, en l’honneur de l’artiste, une séance où 12 membres chantèrent 18 de ses mélodies, et aussi quelquesuns des morceaux à plusieurs voix.
airs d'église parurent aussi, en 1893, en un recueil auquel
il faut ajouter une série de 9 non réunis : en tout 29.
Un grand nombre de ces œuvres ont été traduites en langue étrangère, en anglais principalement, du temps que Faure remportait de si grands succès à Londres, à la Cour et à la ville.
Il serait, au surplus, assez vain de poursuivre une enquête rigoureusement chronologique. Étudions plutôt les œuvres en les groupant selon leur caractère et le genre auquel elles se rattachent.
Les Rameaux (de J. Bertrand) seront en tête du groupe des airs, ou plutôt des mélodies de concert, à grand effet vocal, à caractère surtout religieux. C'est une belle et ample vague lyrique, pas longue d’ailleurs, un « hymne » d’allégresse, au début simple et confiant (« Sur nos chemins, les rameaux et les fleurs »), à la conclusion enthousiaste, éclatante, chaleureuse (« Peuples, chantez... Hosanna !... Béni celui qui vient sauver le monde »). Écrite pour le plein de la voix, la phrase se déroule et s’épanouit en toute aisance et sans heurt.
L'hymne Sancta Maria (du même poète) en est comme le pendant pour voix de femme : Christine Nilsson, l'Alboni, bien d’autres, en ont fait valoir la ferveur religieuse et comme l'effusion progressive, depuis les premières paroles (« J'ai vu les séraphins en songe ») jusqu’à l’élan final (« Vibrez encor, sainte harmonie! »). Un accompagnement d'orgue et de violon lui donne une harmonie enveloppante très heureuse. Ce style convenait sensiblement mieux à Faure, qui avait vraiment le sentiment de la musique religieuse, que tels morceaux larges, à rythme massif, comme la Marche à l'avenir et le Fils du Prophète\{textes de J. Chantepie, bien peu faits pour inspirer), l’un d’un ton grave, encore rehaussé par l'orgue et le violon, l’autre martial, martelé, sonore. |
Voici encore deux hymnes : Charité (V. Prilleux), couplets graves et pénétrés, pour concert de charité, sur le plan habituel : récit lent et final répété en refrain (« Va,
To + 0e
charité, vierge pure et féconde !.. ») et Credo (P. de Chazol : « Je crois en Dieu, roi du ciel... ») beaucoup plus belle page, religieuse, ardente; d’un phrasé plein d’ampleur et de fermeté, d’un accompagnement chaud et harmonieux (piano ou orgue).
Charité a paru en 1869, Credo en 1875. On peut en rapprocher, comme style, mais à une date beaucoup plus récente, Espoir en Dieu (Victor Hugo, 1890 : « Espère, enfant !... ») dont le cor, ou le violoncelle, souligne heureusement le dessin mesuré; — les stances Ave Stella ! (A. Silvestre : ‘« © toi qui sur la grève !... ») très lentes aussi, comme une prière, relevées par le violon; — la « méditation », Croyance (Eug. Manuel : « Si vous voulez chanter, 1l faut croire d’abord »\, écrite pour une ou pour deux voix, ayec ou sans orgue, et dont l'accompagnement sait varier les successives expressions ; — enfin l'Hymne aux astres (Fr. Bataille), où l'orgue peut aussi suppléer le piano et souligner les effets de harpes, où un chœur à l'unisson achève la carrure des couplets, d’une large et sereine effusion.
À part, j'inscrirai 1e1 la scène Trois soldats (L. Gallet : . « Trois soldats veillaient »), pittoresque et amère évocation de guerre, au style inspiré de Schumann; — |” « épithalame » le Klephte (Gondinet, extrait de son drame : Libres : « Le Klephte est tombé sous les balles ») d’un effet vibrant el sonore ; — et les couplets de /a Marchande de roses (P. de Chazot : « Achetez mes roses nouvelles »), pour voix dé femme et d’une virtuosité un peu trop mamiérée.
Les chansons, airs, rondes pour réunions chorales nous arrêteront moins. Elles sont très adroitement écrites, toujours bien rythmées, larges et colorées, mais d’un caractère volontairement assez peu relevé. C'est la Ronde des Moissonneurs (P. de Chazot : « Dans la plaine immense... »), alleoro joyeux, et la Féte-Dieu (du même), « carillon » plus fin, d’un joli rythme léger : » Les cloches à toutes volées ». Puis quelque dix ans plus tard (1871), le Vin du Rhin (G. Nadaud : « Vin allemand, qui naïs dans les cail-