‹ J.-B. Faure, 1830-1914 1923Chapitre 21 sur 25 · J.-B. FAURE ARE · texte numérisé non relu

J.-B. FAURE ARE

loux... ») ironique et martelé, souligné, à la fin, des rires de l'assistance ; — le Rhin Uétond (A. de Miss « Nous à l'avons eu votre Rhin allemand... ») dont chaque strophe

est lerminée, cette fois, par un vrai chœur en refrain ; — le Pressoir (du même : « Au pressoir, le vin coule! »), chanson pour les vendanges, à pleine voix rieuse ; — J{

neige {Autran : « Enfin, le rude hiver... »), chanson pour.

les veillées, basée sur un accompagnement pittoresque et évocateur; — Chanson du bord (P. de Chazot : « Nous voici dans les parages... »), couplets pour matelots, ponctués par le cric et crac traditionnel; — Chanson lorraine (A. Silvestre : « Durant tout le long de l’année... »), complainte dont la musique n’évoque pas avec assez de gravité l'accent douloureux ; — les Fils d'or, chant du mûrier (Ed.

Plouvier : « Filez, filez, petits vers à soie »), heureuse et

pimpante inspiration, au rythme léger, dédiée en quelque sorte aux ateliers de Lyon, où l'artiste la fit entendre pour la première fois, en avril 1877; — les Vins de France (Ch. Vincent : « Des grands vins de tous les pays... »), autre chanson de vendanges ou de caveau, à large envolée ; — à laquelle les Vrais buveurs (du même : « Le bon vin naît sous l’œil de Dieu »), font un pendant copieux, au final repris en chœur; — la Paix (J. Bertrand : « Changeons nos arsenaux... »}), strophes solennelles et chaudes, au refrain repris en chœur; — enfin un Hymne aux astres;

daté de 1890 (F. Bataille : « Beaux astres radieux... »), large

invocation, presque religieuse et dont l'orgue et je chœur épanouissent l’harmonieuse et mélodique majesté.

À part, Je citerai deux fantaisies, les seules de ce genre, deux chansons humoristiques à la Nadaud : Je Vieux Guillaume (P. de Chazot : « Le vieux sorcier... »), légende bretonne, railleuse et rude ; — et le Froid à po (Nadaud : « Il faisait froid... »), net au rythme martelé, d’une bonne humeur peu sentimentale.

Les pages de caractère plus simple : chansons, romances, mélodies, sont de beaucoup les plus nombreuses. Elles semblent souvent avoir été écrites en chantonnant au piano.

Mais il en est aussi de si éloquentes, de si vraies, ou simplement d’un tour si heureux, qu’elles méritent de figurer dans l’anthologie la plus sévère du lied français, et que nulle autre œuvre de Faure ne met mieux en valeur son sens d'artiste. |

On peut classer en trois groupes ces petites compositions : les chansons, au rythme léger et piquant; les pages d’un sentiment intime, vécu, pénétrant, non assujetti au rythme ou au couplet ; enfin les mélodies proprement dites, évocations gracieuses ou colorées de poésies variées, de tableaux de genre.

C'est par une chanson que Faure s’essaya d'abord (1868). Que le jour me dure! (de J.-J. Rousseau) est à coup sûr l’une des plus jolies de la série. Les couplets ont un tour archaïque plein de grâce, et l'esprit passionné qui les anime est d’une simplicité très sincère. —- Mais voici, peu d’années plus tard, dans un goût au contraire tout moderne, deux pages d’une vivacité spirituelle, d’un rythme alerte, juste et franc d'expression : Bonjour Suzon! (A. de Musset, 1871) et les Myrtes sont flétris ! (Nadaud : « Du temps de nos amours... »). Elles ont vraiment gardé toute leur saveur. — La Valse des feuilles (P. Juillerat, 1873 : « Le vent d'automne passe. ») eut aussi sa célébrité : on ne saurait mettre mieux en relief l'espèce de vertige mélancolique qu'évoque le texte. — Puis, c'est Minon (P. de Chazot : « Ninon, mes amours... »), guitare au dessin mélodique original, d'un bon accent espagnol, adroitement relevé dans l'accompagnement, qui, d’ailleurs, débute par un long prélude. — C'est Päâquerettes mortes ! (Ed. Blau : « Les prés sont émaillés... »}, motif un peu simplet, mais fin. — Et puis l’Alleluia d'amour (Ed. Plouvier : « Sous le chaud soleil qui rayonne... »), dont la décision brillante, une sorte de joie passionnée, une grâce légère dans les images, Jusqu'au refrain « Saluez, c’est l’amour qui passe ! », en font l’une des plus heureuses inspirations de l'artiste... Et comme il la chantait ! |

Les chansons suivantes sont moins originales. En 1876,

nous trouvons les Mules (P. de Chazot : « Allons, he ; d’Espagne ! ») et Séella (du même : « Le soir paraît... »),

valse-légende d’un assez pauvre rythme, comme le texte, — car, vraiment, Faure n’était pas toujours assez sévère dans

son choix ; — et encore l’Aubade (de Victor Hugo: « L'aube

naît et ta porte est close... »). — Mais le Joli rêve (George Boyer) est plus délicat, plus spirituel, dans un mouvement joliment varié et comme descriptif.

Un peu plus tard, en 1881, voici Mirage (A. Silvestre : « Veux-tu qu’au beau pays des rêves... ») qui a beaucoup de grâce et de légèreté; — puis, Comment, disaient-ils ?

(V. Hugo) dont la « mise en scène » est originale et vivante.

— En 1885, c'est la chanson nivernaise Mignonne, que désirez-vous ? (P. Vert), facile, mais aimable. — Enfin, en 1889, Fleur jetée (A. Silvestre : « Emporte ma folie... ») qui a une pimpante allure « au gré du vent »... Je ne vois pas d’autres pages à classer dans ce groupe.

Celui que je forme des « intimités » est en plein contraste avec lui. Son caractère le rend du reste fort restreint et je n'y ferai entrer que 8 morceaux. Je confesse que le choix peut sembler arbitraire, mais il est déjà comme une appréciation et je le crois juste en ce sens.

Le plus ancien (1872) me paraît être l'Enfant au jardin (Manuel : « Va jouer, mon doux ami... ») dont l'expression est de la sobriété la plus éloquente : il y a des larmes dans cette douceur apiloyée pour l'enfant qui joue près du cercueil de son père, et Faure, en l’'évoquant de sa voix pénétrante, a fait, à son tour, couler bien des larmes. — Discrétion (Manuel : « Ne le dis pas à ton ami... ») est encore d’une fine inspiration : grave, délicate, toute en dicton simple et discrète, d'autant plus sincère. Cette période (jusqu’en 1874) est à noter comme particulièrement heureuse pour le choix des textes et la valeur de leur évocaüon musicale. Voici Myosotis (Spinelli : « Sur mon front, comme Marguerite... »), page recueillie et un peu timide,

chuchotant à l'oreille son « Ne m'oubliez pas !.…. » mais.

soutenu par les phrases persuasives d’un violoncelle. —

Voici les jolis vers de Victor Hugo : Puisqu'ici-bas toute äme.., dont les simples inflexions de la mélodie soulignent les nuances et qu’il faut dire ‘avec son âme ...comme il les disait. — Et cette page, la plus belle, peut-être, la plus émouvante de toutes : Adieux à un ami (Nadaud : « Ainsi tu pars, el je demeure... ») où la douleur s'efforce de donner le change, où l’ami ne veut pas pleurer l'ami, mais prolonger son culte et lui parler encore comme s'il gardait sa place au foyer : le passage insensible des larmes à la fermeté reprise, puis à l’ivresse du souvenir, est exprimé avec une vérité intense.

Je note, au surplus, en passant, que l’admirable Crucifix, dont je parlerai plus loin, est de la même époque que ces mélodies et de la même veine.

J’en rapproche aussi le Missel (Sully-Prudhomme) traité un peu comme un récit légendaire, grave, ému, délicat, où le motif est très finement nuancé à chaque reprise sur les pensées successives que suggère le vieux livre et la fleur séchée trouvée entre ses feuillets.

Enfin, mais sept ans plus tard, voici encore deux pages de moindre autorité, mais d’une attachante émotion : Nous avons passé sans nous voir (A.Silvestre, bluette toute pénétrée de mélancolie et de regrets discrètement exprimés) ; — et Dans les fleurs (E. Montfort : « Je sais un endroit solitaire... »), aspiration pleine d'espoir, au contraire, et d'une élégance fraîche et charmante, d’un goût parfait.

Il faudra aller plus vite avec les autres mélodies, mais combien encore mériteraient plus qu’un souvenir, surtout parmi celles que l’on peut dire à fleur de peau, ailées, légères, simplettes…

Les premières, 1868, ont nom : Pourquoi? (V. Hugo : « Si vous n'avez rien à me dire... ») et l'Étoile (sonnet de Camille du Locle : « Elle ne chantait plus... ») Viennent ensuite (1871) : Naïveté (Manuel : « Ma mère, un jour me dit... »), — l'Aïeule (Nadaud : « Que dit l’aïeule.. ? ») et Soupirs (P. de Chazot : « O vous, mon cœur... ») Aucune ne se distingue par quelque trait original. Cependant

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