‹ J. B. GreuzeChapitre 13 sur 90 · L ENFANT A LA POMME · texte numérisé non relu

L ENFANT A LA POMME

Réduction de la gravure d'Edmond Hédouin, d'après J. B. Greuze. — (Ancienne Collection de San Donato.) (Smith, t. VIII, p. 422, 11° 81.)

fera honneur et comme peintre savant dans son art, et comme homme d'esprit et de goût. Sa composition est pleine d'esprit et de délicatesse. Le choix de ses sujets marque de la sensibilité' et des bonnes mœurs. »

Hormis le dernier point qui peut être sujet à contestation, il faut souscrire à ce jugement. Diderot voyait dans le tableau une glorification des unions légitimes et une sorte d'encouragement à l'amour dans le mariage. Sans y découvrir tant de choses, il faut y voir un délicieux épisode qui vaut moins encore par le sujet lui-môme que par l'arrangement de la composition et la fraîcheur de sentiments qui y règne.

Le titre primitif — Un Père qui vient de payer la dot de sa fille — traduit exactement l'intention du peintre. Nous sommes dans une salle basse de village qui communique par un escalier en bois avec l'étage supérieur. La pièce est modeste : les poules y sont chez elles et le seul meuble de conséquence, à côté de la planche à pain et du vieux fusil traditionnel, est une grande armoire à demi ouverte où un peu de vaisselle se laisse voir. Les personnages, qui sont au nombre de douze, sont ingénieusement distribués. A droite, appuyé à une petite table et vu de trois quarts, le notaire de campagne, qui a fini de rédiger le contrat, regarde et écoute. Près de lui, le père de famille, assis également, vient de remettre le sac de cuir contenant la dot à son futur gendre qui le tient encore dans la main. Le digne vieillard ne croit pas superflu d'y ajouter, en montrant sa fille, quelques conseils qui sont reçus respectueusement par l'intéressé, debout et légèrement incliné vers lui. Pendant qu'il parle avec une onction que l'on devine, la fiancée, les yeux baissés, toute pensive et toute rougissante, a passé son bras sous celui du jeune homme d'un geste plein de grâce et d'abandon. Sa bonne vieille mère, assise près d'elle, lui serre affectueusement l'autre bras, et une petite sœur cadette, qui voudrait bien être à sa place, appuie avec câlinerie sa tête sur son épaule. Quelques personnages secondaires — une autre sœur qui regarde jalousement les fiancés, un enfant qui joue avec le contrat, une petite fille qui jette du grain aux poules, d'autres enfants qui regardent ce qui se passe — complètent heureusement la scène.

La composition de ce tableau, sans justifier l'emballement de Diderot, ne manque pas de qualités. Elle est intéressante parce qu'elle est claire : le sujet s'y laisse deviner de lui-même ; il n'y a d'énigme ni dans les sentiments ni dans les attitudes des personnages. L'agencement est ingénieux : les deux groupes qui se font pendants à droite et à gauche d'une

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