‹ J. B. GreuzeChapitre 17 sur 90 · MALICE · texte numérisé non relu

MALICE

Réduction de la gravure de Courtry, d'après J. B. Greuze. (Ancienne Collection de San Donato.) (Smith, t. VIII, p. 414, n« 47.)

moment de quitter la vie, il n'y aura aucune de tes compositions que tu ne puisses te rappeler avec plaisir. Que n'étais-tu à côté de cette jeune tille qui, regardant la tête de ton Paralytique, s'écria avec une vivacité charmante: « Ah! mon Dieu! comme il me touche! mais si je le regarde « encore je crois que je vais pleurer. » Et que cette jeune fille n'était-elle la mienne! Je l'aurais reconnue à ce mouvement. Lorsque je vis ce vieillard éloquent et pathétique, je sentis comme elle mon âme s'attendrir et des pleurs prêts à tomber de mes yeux. »

C'est en ces termes brûlants que Diderot, dans son Salon de ij63 ', célèbre la peinture morale de Greuze qui était bien un peu la sienne. Cette année-là le genre nouveau triomphait décidément avec le Paralytique. La faveur publique — sinon celle de Versailles — allait à lui comme elle était acquise depuis quelque temps à la littérature morale qui porte avec elle son utilité. Une épidémie de sensibilité qui dura jusqu'à la Révolution avait saisi la société française et c'était avec de petits cris d'attendrissement qu'on découvrait chaque jour l'existence et la beauté de vertus qui n'avaient pas heureusement attendu jusque-là pour fleurir. Quel ravissement d'apprendre qu'il y avait des pères qui instruisaient leurs fils, des fils qui soignaient leurs pères, des mères qui donnaient elles-mêmes le sein à leurs bébés, des malheureux qui travaillaient pour vivre et ne laissaient pas d'être honnêtes dans cette misérable condition! On ne concevait plus la vie que comme un mélodrame construit suivant les règles, où le cinquième acte punit le vice et récompense la vertu. L'admiration pour le dévouement, le sacrifice, l'héroïsme était sincère, bien qu'un peu naïve, mais c'est le malheur du xvme siècle d'avoir été artificiel jusque dans son retour à la nature, et l'emphase avec laquelle on célèbre la simplicité n'est pas la note la moins paradoxale de l'époque. La fadeur jusqu'à l'écœurement et la déclamation jusqu'à l'outrance sont les deux grands défauts de la littérature morale, dans la seconde moitié du xviue siècle, et la peinture morale de Greuze, procédant des mêmes causes et visant au même but, est loin d'en être exempte.

Si, pour juger le genre nouveau, il faut faire un choix parmi les nombreuses peintures que Greuze lui a consacrées, c'est moins encore le Paralytique qu'il faut regarder que les deux tableaux qui se trouvent aujourd'hui au Louvre et dont l'esquisse se trouvait au Salon de i j65 2.

1. Diderot, Œuvres complètes. Edit. Assézat, t. X, p. 207-208.

2. Diderot, Œuvres complètes. Edit. Assézat, t. X, p. 34i-35g.

ÉTUDE DE VIEILLARD POUR UNE DES FIGURES DU TABLEAU : « LE PARALYTIQUE J) . Réduction de la sanguine de J. B. Greuze. — (Musée du Louvre.)

J. B. GREUZË 35 Le premier est la Malédiction paternelle. Le second, le Fils puni. A eux deux ils forment un petit roman, dont la morale n'est pas autrement nouvelle que celle des contes du chanoine Schmidt ou des images d'Epinal, destinées à l'éducation des enfants au-dessous de sept ans. C'était d'ailleurs la manie de Greuze, encouragée par Diderot, que de traiter un sujet moralisateur en plusieurs planches, à la façon de Hogarth.

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