‹ J. B. GreuzeChapitre 19 sur 90 · LA PETITE BO L UE USE · texte numérisé non relu

LA PETITE BO L UE USE

Tableau de J. B. Greuze. — (Ancienne Collection Gustave Rothan.)

de la Malédiction paternelle, du Fils puni, de la Mère bien-aimée. Mais il y a beaux jours que cette monnaie-là est devenue banale à force d'avoir

circulé. Ce sont des lieux communs de morale aussi connus que : « Honore ton père et ta mère afin de vivre longuement », et on ne voit pas bien qu'il soit nécessaire de mettre le Décalogue en tableaux. En principe, on peut ne pas être hostile à l'art moral ; dans l'application, il faut en rabattre. On se trouve en effet en face d'un dilemme embarrassant : ou la morale enseignée aux yeux sera générale, et alors si elle ne vieillit pas parce qu'elle est éternelle, elle risque d'ennuyer parce qu'elle est trop connue; ou elle sera particulière, adaptée spécialement au temps et à la génération qui en a besoin, et alors elle risque de ne pas être comprise de celles qui suivront et dont les intérêts, comme les aspirations, seront tout différents.

Telles sont les raisons qui ont vieilli rapidement le Grenue moral que nous avons étudié dans deux de ses manifestations les plus importantes. Il n'en coûte rien de reconnaître qu'on y retrouve ses qualités ordinaires de metteur en scène : il y a du mouvement et de l'énergie dans la Malédiction paternelle. Le Fils puni abuse des poses plastiques, mais il y a du naturel dans le geste de la mère qui montre à l'enfant prodigue le cadavre de son père. De plus, si théâtral et si voulu qu'il soit, le contraste entre la face calme du mort, endormi pour toujours, et l'agitation qui se produit autour de lui est saisissant. Quel malheur que la tonalité générale des deux tableaux, si lourde, si sourde et si grise, soit encore amortie par ces fonds d'un vert sombre poussé au noir que le peintre affectionne! Les blancs sur lesquels il comptait et qui avaient relevé aux yeux du public ce qu'il y avait de défectueux en lui comme coloriste, ont coulé; ils sont baveux, semblables à de la craie mouillée d'eau ou à un linge qui revient bleui du lessivage. Tout le reste est opaque, sans éclat comme sans reflet. Fidèle à sa méthode, Greuze a sacrifié les étoffes aux figures : elles sont rêches, à plis cassants, sans moelleux ni souplesse, La couverture de laine grossière qui est sur le lit, dans le Fils puni, est comme métallisée par un procédé galvanoplastique quelconque, et si habitué au linge de chanvre que soit le grand fils agenouillé au premier plan, je le plains de porter de pareils bourrelets en stuc autour des bras.

ÉTUDE DE VIEILLE FEMME POUR LA TÊTE DE LA MÈRE dans: «LA MALÉDICTION PATERNELLE».

Réduction d'une sanguine de J. B. Greuze. — (Musée du Louvre.)

Page 1