‹ J. B. GreuzeChapitre 35 sur 90 · LE PETIT MATHÉMATICIEN · texte numérisé non relu

LE PETIT MATHÉMATICIEN

Réduction de la gravure d'Ed He'douin, d'après J. B. Greuze. (Collection de M. le baron Edmond de Rothschild.) (Smith, t. VIII, p. 42t, n° 78.)

qo LES ARTISTES CÉLÈBRES

le nom de comte de Falkenstein, n'eut garde d'omettre cette curiosité : il fut aimable pour Greuze qui se rengorgeait, comme bien on pense :

— Avez-vous été en Italie, monsieur? lui demanda-t-il.

— Oui, monsieur le comte, j'y ai demeuré deux ans.

— Vous n'y avez point trouvé ce genre, il vous appartient; vous êtes le poète de vos tableaux.

Joseph II ajouta quelque chose de plus solide à ces paroles flatteuses en envoyant au peintre le diplôme de baron et quatre mille ducats, au mois d'août 1777. Toutes les visites à l'atelier de Greuze n'étaient pas évidemment aussi fructueuses ; mais elles empêchaient qu'on n'oubliât son nom et elles entretenaient à son profit dans le public qui achète une agitation favorable. Cette même année 1777, Mme Roland, qui n'était encore que Mlle Phlipon, alla chez lui voir la Cruche cassée : elle nous a laissé le récit de ce petit pèlerinage artistique, où, tout en critiquant doucement l'amour-propre de Greuze, elle rend néanmoins hommage à sa complaisance et à son amabilité

Greuze s'entendit du reste à tirer un bon parti de son œuvre. Le caractère moral d'un certain nombre de ses tableaux permettait comme les bons livres de les mettre dans toutes les mains et de les exposer à tous les regards. Il s'attacha à vulgariser par la gravure ses productions morales, — sans parler des autres qui eurent leur tour. Il fonda une société pour le commerce des estampes, qui lui rapporta jusqu'à trois cent mille livres. Elles furent jetées en si grande quantité sur la place qu'on les trouve aujourd'hui sans difficulté chez les brocanteurs, où elles édifient encore le petit peuple sentimental des faubourgs. A cette époque l'intérêt palpitant des sujets et leur prix 2 relativement bas leur valurent un grand succès dans la société moyenne. Elles ornèrent les salons bourgeois et servirent plus d'une fois à la confusion des moutards qui ne voulaient pas obéir à leur papa ou à leur maman. Mange ta soupe ou tu finiras comme le mauvais fils, dut être pendant vingt ans l'effroyable menace suspendue sur la tête des enfants qui n'aimaient pas le pot-au-feu.

1. Voir la lettre tout entière dans l'Art du XVIII* siècle, par MM. de Goncourt, 2* série, p. 52.

2. L'estampe de la Cruche cassée se vendait 6 livres, en 1773, chez M. Greuze, rue Thibautodé.

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