LA PRIÈRE
Tableau de J. B. Greuze. — (Ancienne Collection Secr^ip
Les graveurs qui s'attelèrent à l'œuvre de Greuze furent nombreux Un des meilleurs fut Flipart, élève de Cars : il grava en r j63 le portrait du peintre, en 1767 le Paralytique, en 1770 l'Accordée de village, en 1777 le Gdteaiï des Rois'2. Augustin de Saint-Aubin a gravé Diderot et Lin guet. Viennent ensuite les frères Ingouf, Massard qui grava la Cruche cassée, la Mère bien-aimée, etc., Gaillard, Levasseur, les Moitte et bien d'autres.
En plein succès, doté par ses tableaux et ses estampes d'une aisance qui pouvait s'accroître, nommé peintre du Roi et jouissant enfin d'un logement au Louvre, Greuze avait mis toutes les chances de son côté pour être heureux. Des infortunes conjugales empoisonnèrent presque toute son existence. Dans un jour d'égarement qu'il se reprocha toute sa vie, il s'était laissé épouser par la fille d'un petit libraire nommé Babuty. Diderot qui la connaissait en a fait en quelques mots un portrait délicieux.
« Je l'ai bien aimée, dit-il, quand j'étais jeune et qu'elle s'appelait MUe Babuty. Elle occupait une petite boutique de librairie sur le quai des Augustins : poupine, blanche et droite comme le lis, vermeille comme la rose 3. »
Greuze fut encore plus sensible que Diderot à la candeur du lis et à l'éclat de la rose : il épousa Mlle Babuty, et ce ménage, au lieu d'être un paradis, fut un enfer. Il aimait passionnément sa femme et n'en fut pas aimé. Elle était méchante, acariâtre, dépensière et quelque chose de plus encore; flattée, au moins dans les premiers temps, de la passion de son mari et de la place considérable — trop grande même aux yeux des connaisseurs — qu'il lui donnait dans son œuvre, elle fut vite blasée sur ce genre de satisfaction et elle ne vit bientôt plus dans son talent qu'une mine d'or à exploiter. Non contente d'exiger de lui un travail excessif auquel le malheureux se prêtait encore d'assez bonne grâce, elle le vola de toutes les manières, elle fit disparaître en dissipations extravagantes le produit de ses tableaux et de ses estampes et le réduisit à être, dans sa propre maison, la risée des aigrefins qu'elle attirait. Par faiblesse et sans
1. Histoire de l'Art pendant la Révolution, par Jules Renouvier, biographie de Greuze, p. 5 2 1 et suivantes. L'Art du XVIIIe siècle, par MM. de Goncourt, l'Œuvre gravé de Greuze, p. 81 à 101.
2. Le tableau original est au Muse'e de Montpellier. II en existe une re'pétition.