‹ J. B. GreuzeChapitre 5 sur 90 · LE MATIN · texte numérisé non relu

LE MATIN

Réduction de la gravure de Courtry, d'après J. B. Greuze. (Ancienne Collection de San Donato.) (Smith, t VIII, p. 424, n« KS i

que ne désavoueraient pas quelquefois les Taïtiens de Bougainville ?

De pareilles théories ont fait leur temps, au moins sous la forme à la fois déclamatoire et naïve dont elles étaient revêtues. Mais elles ont eu un moment d'éclat incomparable. Elles furent accueillies avec transport par une aristocratie lasse jusqu'à la mort de ses parfums, de son fard et de ses grimaces. Ce fut une sensation comparable à celle

qu'éprouvent les danseurs d'un bal prolongé jusqu'au matin, quand on ouvre tout à coup les volets et que la bonne et fraîche lumière du soleil éteint sans efforts la lueur jaunissante des bougies. Tout d'ailleurs était loin d'être faux dans la nouvelle doctrine dont Diderot d'abord et Rousseau après lui furent les apôtres. En laissant de côté la fantaisie de l'homme primitif, heureux et vertueux, dont la science a fait justice, remonter à la source populaire était le seul moyen de renouveler la société, et par elle la littérature et l'art.

L'homme du peuple n'est pas tout à fait tel que le dépeignaient les écrivains de cette époque, auxquels la Révolution française allait donner quelques années plus tard un si cruel démenti. Il est ignorant, brutal, grossier, ami des raisonnements peu compliqués et des promptes justices ; mais il est souvent bon, sans y mettre les formes, hospitalier sans y apporter de délicatesse et de ménagement, généreux sans que sa main gauche consente à ignorer ce que donne sa main droite : ses qualités perdent sans doute une partie de leur prix à n'être pas revêtues d'une meilleure étoffe; mais ce n'est pas une raison suffisante pour nier leur existence. S'il est sentimental

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