‹ J.-B.-L. GressetChapitre 18 sur 27 · I, 6 (III · texte numérisé non relu

I, 6 (III

gème qui l'édifiera sur les véritables sentiments de Cléon, elle avoue la crainte qui la ronge :

Il est vrai que Chloé me donne quelque ombrage (1).

Une telle complexion n'est pas pour inspirer beaucoup de sympathie. Florise se relève dans notre estime, à la fin de la pièce, quand elle congédie Cléon :

Eh bien ! allez, Monsieur ; que vos talents sur nous Epuisent tous les traits qui sont dignes de vous. Ilspartent de trop bas pourpouvoir nous atteindre... (2).

Voilà de fières paroles ; pourtant cette attitude estelle vraisemblable chez une coquette, une égoïste, si peu consistante et si peu ferme, et la dernière partie du rôle ne dément-elle pas la première ?

Chloé, l'une des plus heureuses créations de Gresset, est unmodèle de charmante simplicité :elle neressemble guère à Florise. Elle soutient la comparaison avec les héroïnes de Molière, dont elle se distingue par un trait fort précis: la jeune fille, chez Molière, ou bien lutte contre l'autorité qui l'opprime, ou bien, si elle cède, proteste au fond du cœur contre la tyrannie paternelle. Chloé ne connaît même pas cette révolte muette : elle se résigne pleinement et entièrement. Tous ses efforts pour contenter Florise ne lui attirent que des rebuffades et des duretés ; elle souffre, et Lisette est la seule confidente de son chagrin.

Je cherche à mériter l'amitié de ma mère ;

Je veux la contenter, je fais tout pour lui plaire ;

Je me sacrifierais : et tout ce que je fais

De son aversion augmente les effets (3).

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