‹ J.-B.-L. GressetChapitre 6 sur 27 · II., I · texte numérisé non relu

II., I

(4) Id., 1, 86.

tant d'horreur Pour la monacale indolence.

Plus respecté dans mon sommeil, Exempt des craintes du réveil, J'eusse les deux tiers de ma vie Dormi sans trouble, sans envie, Dans un dortoir de victorin, Ou sur la couche rebondie D'un procureur génovéfain.

Il est vrai qu'un peu d'ignorance Eut suivi ce destin flatteur (I).

Sans transition, Gresset aborde un autre sujet: il ne se pique pas d'une composition régulière. Aminte lui a demandé « quelque nouvelle intéressante »(2); niais il n'en connaît pas, il ne veut pas en connaître : Tune des lois de la république qu'il a l'intention de fonder est qu'on doit vivre

Comme des passagers tranquilles

Qui, dans la chambre d'un vaisseau,

Oubliant la terre, l'orage,

Et le reste de l'équipage,

Tâchent d'égayer le voyage

Dans un plaisir toujours nouveau (3).

Seulement, si on oublie l'orage, ce n'est pas une raison pour que l'orage nous oublie. Gresset supplie Aminte de ne montrer cette épître qu'aux personnes de confiance ; il veut la sauver

des jugements De cette prude à l'humeur noire, Au froid caquet, aux yeux bigots, Et de médisante mémoire (4).

Si elle allait médire sur les Ombres « dans tous les poulaillers dévots » (5), comme récemment sur Ver-

(1) Œuvres de Gresset, I, 8G.

(2) Id., I, 87.

(3) Id., I, 83.

(4) Id., I, 88.

(P) Id., I, 88.

Vert, simple badinage « ravi... au secret de son maître absent.... par un prestolet famélique » (1), et qui déjà enrichit l'éditeur ? Ce serait ici l'occasion d'ajouter un tome « aux mémoires du saint oiseau » (2) et d'y peindre la colère qu'il provoqua dans le « parlement visitandin » (3):

L'état-major, les vénérables, Voulaient, clans leur premier accès, Sans autre forme de procès, Brûler ces vers abominables. Comme erronés, comme exécrables, Jansénistes, impardonnables, Et notoirement imposteurs (4).

Mais les jeunes sœurs intercédèrent pour le livre criminel, enchantées, au fond, de voir « draper les graves mères » (5). Tout n'est pas fini, du reste ; « une nonne sempiternelle » (6) a voulu prouver que jamais Ver- Vert n'exista ; le procès est en suspens : on le jugera au carnaval; la mère Bibiane « perdra ses deux dernières dents » (7) au cours de sa plaidoirie contre l'oiseau ; mais celui-ci trouvera un défenseur persuasif et victorieux dans la tendre nonne Pulchérie :

A plaider contre le printemps L'hiver doit perdre avec dépens (8).

Là-dessus, le poète prend cong'é de son ami, bien qu'il soit loin d'avoir épuisé sa matière :

L'esprit n'est jamais las d'écrire Lorsque le cœur est de moitié (9;.

(1) Œuvres de Cîresset, I, 89.

i2) Id., I, 90.

(4) Id., I, 90.

(ô) Id., I, 90.

(6) Id., I, 91.

(7) Id., I, 91.

(8) Id., 1, 92.

(9)Id., I, 92.

(JRESSET. 5

Les charmants vers des Ombres plurent beaucoup ; on y rencontrait la même grâce que dans la Char* trettse, et moins de redondance. Ainsi le poète justifiait l'enthousiasme de la première heure ; chose rare dans les cas de réputation foudroyante, il tenait les promesses de ses débuts. En revanche, les jésuites dont il dépendait froncèrent le sourcil et trouvèrent que, décidément, il allait trop loin. Ils avaient souri de Ver-Vert, innocente espièglerie de jeune homme; pourtant, déjà, certains traits leur avaient sans doute paru un peu vifs (1) ; sur le bateau qui mène le perroquet à Xantes, il y a, outre les dragons, un moine, qui l'initie aux beautés de la langue verte :

Frère Lubin, d'un ton peu monastique, Interrogea le beau mélancolique (?) ;

plus tard, dans la maison de Nantes, Yer-Vert, au milieu des religieuses qui l'entouraient curieusement,

Roulait les yeux d'un air de jeune carme (3) ;

or, on jugeait « cet air trop effronté » (4). Le Lutrin Vivant allait encore plus loin. Sans se gêner le moins du monde, Gresset reprochait aux moines, ses bêtes noires, la paresse et la luxure :

Là ne sont point de ces mortels fleuris Qui, dans les bras d'une heureuse indolence, Exempts d'étude et libres d'abstinence, .N'ont qu'à nourrir leur brillant coloris (5),

cl il peignait dame Barbe se retirant auprès du chapitre

(1) Il fut question, dès ce moment, de l'expulser (Voy. plus ba6). Œuvre* dt Grettet, I. 18.

(5J Id., I. 42.

pour mettre sa vertu Mieux à couvert des mondains et des moines (1).

Une plaisanterie même anodine, souvent répétée, irrite et blesse. Il dut s'attirer, de ceux qu'il raillait ainsi, une sourde hostilité. Ces rumeurs mal définies s'aggravèrent d'une attaque précise. Une sœur de Chauvelin , alors garde des sceaux, était visitandine; elle lui représenta en termes véhéments le dommage causé à son ordre par la publication de Ver- Vert (2). Sur la demande du garde des sceaux, les jésuites envoyèrent Gresset dans leur célèbre, mais ennuyeux collège de la Flèche, méditer sur les inconvénients des satires inopportunes. Pour compenser jusqu'à un certain point la rigueur de cet exil, on lui donna la chaire de rhétorique (3) : c'était moins une punition qu'un avertissement (octobre 1735).

Le poète apaisa son chagrin en le racontant. Dès son arrivée , il se hâta d'instruire une dame de Tours (4) des péripéties de son expédition (Voyage à la Flèche) (5). Il a eu, dit-il, pour compagnon un vieux cor-

(1) Œuvres de Gresset, I, 43.

(2) De Cayrol, [, 55.

(3) Il l'avait exigée à titre de dédommagement ; pour le satisfaire, on en déposséda le professeur qui l'occupait (d'après de Wailly, Lettre à d'Alembert : M. de Wailly était parent et ami de Gresset ; quand d'Alembert, après la mort du poète, eut à prononcer son éloge devant l'Académie en réponse au discours de l'abbé Millot, il demanda des renseignements biographiques à M. de Wailly, qui s'empressa de le satisfaire ; M. de Cayrol a inséré de nombreux extraits de cette lettre, dont 1rs détails ont beaucoup de valeur, a cause de l'intimité de M . de Wailly et de Gresset ; M. de Belloy, qui détient le manuscrit originale ayant bien voulu me le communiquer, je lui ai fait, à mon tour, quelques emprunts).

(4) Il n'était plus professeur dans cette ville ; mais, en se rendautde Paris à son nouveau poste, il céda au désir de revoir une cité qui lui avait laissé (malgré sa prédilection ponr Amiens) et où il avait laissé d'agréables souvenirs. La Flèche n'est pas très loin de Tours, et, dans sa relation, il se félicite de ce voisinage :

La Flèclie m'esl un Paris,

Puisque pat elle ]>• suis

Voisin des lieux où voua êtss....

(D« BsAUViLii,69.)

(5) C'est le P. Daire qui a publié ce Voyage pour la première Éoia daDS sa Vie de Gresset, D'après lui, il est adressé <t à un : M

délier paralytique ; il a mangé dans une auberge deux œufs pourris, et traversé continuellement des forêts. Ces aventures ne méritaient pas d'être rapportées; du reste, rien même n'assure qu'elles soient authentiques; un grand nombre de vers qu'il intercale dans sa prose, en particulier la pièce qui commence ainsi :

En quittant ces bois pleins, de charmes (I), et celle qui a pour début :

Les uns disaient que le roi Tanifras Jamais des Poronais ne deviendrait le maître (2),

où il retrace une conversation des « capables du lieu t> (3), sont presque textuellement empruntées à la relation de son voyage à Rouen, adressée à sa mère en ll'ï.l. Il est fort peu vraisemblable que Gresset ait entendu le même entretien, et sur le même sujet, en 1733 et 17:55. Aussi serait-il naïf de prendre au sérieux le Voyage à Rouen et le Voyage à la Flèche : il y règne probablement une égale fantaisie. L'auteur se préoccupe beaucoup moins de retracer la physionomie des contrées qu'il traverse ou les mœurs de leurs habitants

Perche, de Tours, femme de beaucoup d'esprit » (ap. de Beauvillé, 68). M. de Beauvillé le conteste : « Cette dédicace, dit-il (68), ne s'accorde paa avec le texte de ce manuscrit... il commence ainsi : ■ Kespirons, ma et hames, et parlons ; c'est assez chanté pour un Fléehois. » Ce n'est pas à une dame que convient ce début. » — Pourquoi non ? Il ut que la relation s'adresse tout ensemble à cette dame et a ses amis. — D'autre part, le début rétabli par M: de Beauvillé n'est up plus intelligible que celui des éditions ordinaires : ; assez chanter... ■• (Eurres île Gresset, 11, 99.) Pour le comprendre, il faut se rappeler que deux chansons accompagnent le Voyage a lu Flèche ; ces chansons, placées à la suite du Voyage dans I- manuscrit de M. de Beauvillé. le précédaient sans doute dans le uxte original, et Gresset veut faire entendre, eous une forme imagée, qu'il passe d a vers a la prose. — M. de Beauvillé observe que le nom ■ i M du Perche ne figure dans aucun passage du manuscrit (69 . Le nom ne fait rien à Talfaire ; ce qui est essentiel c'est que le Voyage B'adresse a une «laine de l

(1) (Encres de Gresset, 11 100

(2) ld.. II. 103.

(3; ld., Il 103.

que de faire briller son esprit. Il n'est vraiment luimême que dans un couplet contre les Visitandines :

si, par malheur, votre muse A draper les nonnes s'amuse, L'amour-propre s'en vengera; Dévotement il rugira, Et bientôt il vous poursuivra Jusqu'à la Flèche et par delà (I,.

Son exil à la Flèche n'avaitété motivé que par Ver- Vert. Mais pendant qu'il le subissait, la Chartreuse vint à la connaissance des jésuites. Or, elle renfermait un passage d'une violence extrême contre le Parlement : il n'y était parlé de rien moins que de « balance inégale y>, d' « urne vénale », d' « arrêts dictés par Cypris », d' « éloquence anglicane » qui sape « et le trône et l'autel » (2) : Messieurs du Parlement avaient le droit de s'irriter et de se venger sur la Compagnie tout entière. 11 fallut recourir aux mesures graves. Les supérieurs de Gresset commencèrent par s'opposer à la vente de la Chartreuse, bien convaincus, du reste, que cette interdiction ne serait pas longtemps efficace; et l'un d'eux, le P. de Linyères, soumit l'affaire au cardinal de Fleury, alors premier ministre (18 novembre 1735) :

« Monseigneur,

« J'ai l'honneur d'écrire à Votre Eminence pour une affaire qui nous intéresse, et dont M. Hérault est instruit. ÎNous avons un jpune homme, nommé Gresset, fils d'un fort honnête homme d'Amiens, quia un vrai talent pour la poésie française; et comme le juge-

(1 i Œuvres de Gresset II, 102.

(2) Id., I, 68.

mont n'est pas toujours joint à ce talent, et que la lecture des poètes français n'inspire pasordinairement l'esprit de piété, ce jeune homme, après avoir fait des pièces de vers sur des sujets indifférents, s'est échappé à en faire quelques-unes où il y a des choses très répréhensibles [Ver-Vert]. Lorsque les supérieurs en ont été parfaitement instruits, ils l'ont congédié de Paris, où il étudiait la théologie, et l'ont renvoyé à la Flèche; quelques-uns même étaient d'avis qu'on le renvoyât sur-le-champ de la Compagnie ; mais d'autres, touchés du repentir que le jeune homme témoignait de sa faute et de la promesse qu'il a faite de ne jamais faire de vers français que par ordre de ses supérieurs, ont cru qu'on devait au moins surseoir cette punition. Mais aujourd'hui nous apprenons qu'outre la première pièce qui était venue à notre connaissance il y en' a une seconde [la Chartreme~\ qui contient quelques vers très propres à choquer avec raison le Parlement. Cette pièce est tombée entre les mains d'un libraire qui l'a imprimée ; mais M. Hérault, par sa vigilance et par son affection pour nous, a empêché qu'elle ne sortît de sa boutique. Mais il est à craindre que par l'avidité du gain il ne la distribue enfin, ou qu'il ne la communique à quelqu'un de ses confrères, à moins que par un ordre très exprès et très sévère, on n'arrête le coup. Alors, pour n'être point exposés à toutes les suites fâcheuses que cela pourrait nous attirer du côté du Parlement, nous serions obligés de congédier l'auteur de la pièce. Si V. E. veut bien conférer de cette affaire avec M. Hérault, elle verra mieux que nous ce qu'il convient de faire. Je suis fâché, au milieu des occupations importantes et nécessaires qu'elle a, de l'importuner pour pareille affaire.

a Je suis avec un dévouement très respecteux, Mon-

seigneur, de Votre Eminence, le très humble et très obéissant serviteur,

« De Linyères (1). »

Le cardinal, ainsi consulté, se procura quelques poésies de Gresset, entre autres Ver-Vert ; et comme il y trouva (opinion bien excessive) des traces manifestes de « libertinage », il fut d'avis qu'on devait chasser du troupeau cette brebis galeuse. Tel est le sens de la lettre qu'il écrivit à M. Hérault, lieutenant général de police, en y joignant celle du P. de Linyères :

« A Issy, le 23 novembre 1735.

« Voilà une lettre, Monsieur, du P. de Linyères, au sujet de ce jeune homme dont vous m'avez donné trois petits ouvrages [sans doute Ver- Vert, la Chartreuse et les Ombres], Celui du Perroquet est très joli et passe bien les deux autres; mais il est bien libertin, et fera très certainement des affaires aux jésuites, s'ils ne s'en défont. Tout le talent de ce garçon est tourné du côté du libertinage et de ce qu'il y a de plus licencieux, et on ne corrige point de pareils génies. Le plus court et le plus sûr est de le renvoyer, car les Nouvelles Ecclésiastiques [journal janséniste] triompheront sur un homme de ce caractère. Je vous envoie aussi une oraison (2) qu'on vend et qu'on crie dans tous les villages ; il faudrait arrêter tous ces colporteurs.

«Je vous honore, Monsieur, très parfaitement. « Le Cardinal de Fleury (3). »

(1) Cette lettre, ainsi que les suivantes, ont été publiées pour la première fois par M. de Monmerqué, dans le recueil de la Société des Bibliophiles français, en 182'.). — A p. de Cayrol, I. 65-6,

(2) Probablement, selon M. de Monmerqué, une prière janséniste. 'De Cayrol, I, 67, n. 1.)

(3) De Cayrol, I, 66-7.

M. Hérault s'empressa de communiquer le billet du cardinal aux supérieurs de la Compagnie de Jésus; la réponse ne se fit pas attendre. Un désir du premier ministre était un ordre : Gresset fut sacrifié.

« A Paris, ce 20 novembre 1735.

« J'ai l'honneur de vous renvoyer, Monsieur, la lettre que vous avez bien voulu me confier. Nous nous déterminâmes hier à suivre le sage conseil que S. E. a daigné nous donner, et sous quatre ou cinq jours ce sera chose tout à fait exécutée (1). La Chartreuse et les Ombres paraissent dans le public imprimées. Des jésuites m'ont assuré en avoir lu hier un exemplaire. Je ne sais qui les vend, mais on dit qu'il s'en débite au jardin du Palais-Royal. Comme vous en aurez sans doute bientôt quelque exemplaire, j'ai cru pouvoir me dispenser du soin qu'il aurait fallu prendre pour trouver une copie manuscrite des Ombres que je vous avais promis de chercher.

« J'ai l'honneur d'être, très respectueusement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

« J. Lavadd, de la Compagnie de Jésus (2). »

L'ensemble de cette correspondance établit sans contestation possible, quoi qu'en aient dit les biographes de notre poète antérieurs à M. de Cayrol, que Gresset ne quitta pas volontairement la Compagnie de Jésus ; s'il en fut très mortifié, c'est une autre question. Le joug ecclésiastique, on s'en souvient, lui pesait depuis longtemps; sa prétendue vocation s'était enfuie comme un rêve; il se vit donc avec joie délié par ses chefs d'un engagement qu'il n'aurait

(1) La -iate exacte où Gresset quitta la Compagnie est le 30 novembre 1735 (d'après la notice de ltomc).

(2) De Cayrol,!, G7.

jamais osé rompre lui-même (1). Un motif redoubla pour l'ex-jésuite le plaisir de la délivrance : il commençait à éprouver personnellement la passion dont il avait dans son premier chef-d'œuvre, par instinct plutôt que par expérience, si bien décrit les effets. Deux poésies, dont on ne connaît pas la date précise, mais qui doivent se rattachera cette époque, nous renseignent sur ses sentiments : l'une est un madrigal, d'inspiration cornélienne, où il envisage tragiquement sa situation de jésuite amoureux:

Un trop fâcheux devoir veut que je me délivre Des liens d'un amour que je trouve si doux; Devoir, amour, hélas! accordez-vous, Ou je cesse de vivre (2) !

La seconde est beaucoup plus longue (3). Nous ne

(1) Il était fort estimé et, avant même que Ver-Vert parût, on tâcha de le retenir en lui rendant la vie très douce : « Ses confrères, à qui il avait laissé plusieurs fois entrevoir ses dégoûts, intéressés à conserver un sujet aussi rare, lui allégeaient autant qu'il était possible des chaînes dont on aurait voulu qu'il ne sentît pas le poids... » (De Wailly, Lettre à d' Alembert, communiquée par M. de Jîplloy.)

(2) De Cayrol, I, 186. r

(8; Le titre exact que Gresset a donné à sa pièce est le Ch. . (Chartreux) ou le, Bramine blanc ; Fontanes, dans son rapport à l'Institut, le modifie ainsi : Ejûtre d'un Chartreux à une femnu qu'il a me paraître un moment dans sa cellule ; Renouard, en 1811, le change encore : Fragment du Chartreux, au sujet d'une femme qu'il avait connue. Ces vers furent trouvés chez Gresset après sa mort ; ils parurent dans différents recueils périodiques, en tout ou en partie ; la première édition qui en fit son profit est celle de Renouard. (Voy. de Cayrol, I, 176-80.) — Outre les fragments cités dans les éditions ordinaires, et dites complètes, M. de Cayrol (voy. I, 183-6) en a découvert un certain nombre, inédits, dans un manuscrit de Gresset ; ils se rattachent à ceux que l'on connaissait déjà et les complètent ; mais : 1* ces fragments inédits sont absolument incohérents, quelques-uns même inintelligibles; 2° ils sont sûrement très postérieurs aux autres, et doivent dater de l'époque où l'auteur préparait l'édition complète de ses œuvres (qui ne vit jamais le jour) et en particulier du Chartreux, c'est-à-dire de 174"! ou 1748; 3° autant qu'on en peut saisir le sens, on voit qu'ils sont d'une froideur et d'une banalité qui contrastent avec le caractère des fragments inaérés par Renouard ; et, en effet, est-il possible, après douze ans, de retoucher une œuvre de ce genre, qui vaut surtout parle premier jet ? — m. de Cayrol croit que les premiers fragments, ceux de l'édition Renouard, sourde 1740 ; mais il ne justifie cette date en aucune manière. N'est-il pas bien plus vraisemblable (étant donné, comme on le verra plus loin, que G

la possédons pas en entier, mais il n'y a là que demimal. L'état fragmentaire où elle nous est parvenue lui communique un cachet étrange ; la marche désordonnée de ces strophes incomplètes semble reproduire l'incohérence de la passion ; on dirait autant de sanglots convulsifs, de soupirs entrecoupés. Il faut reconnaître avec Fonlanes (1) que « des traitsde galanterie» apparaissent çà et là ; mais cette galanterie est dans la forme plus que dans le fond : on peut être sincère, et ne pas écrire sincèrement. Le sujet tient en deux lignes : un Chartreux a vu une femme passer un moment dans sa cellule : ce souvenir l'obsède désormais ; entouré d'images sombres et lugubres, il ne saurait pourtant écarter de lui le dieu d'amour :

Par lui mon antre funéraire Brille des plus vives couleurs; lit ses mains répandent des Heurs Sur les cilices et la haire (2).

La cloche l'appelle dans « un long cloître ténébreux d (3) où vivent d'autres hommes, solitaires comme lui, esclaves comme lui ; mais, dans leur solitude et sous leurs chaînes, ils sont contents

Contents! Hélas! ils n'ont point vu

O Dieu ! Si de mon immortelle Un regard leur était connu, Verraient-ils un bonheur loin d'elle (4) ?

Que les mondains sont heureux ! Ils la voient, ils lui parlent... S'il pouvait acheter de sa vie entière un de

s'est peint lui-même dans la personne du Chartreux combattu entre l'amour et Bon devoir) que ce petit poème est de l'époque où il était encore ecclésiastique, c'est-à-dire au plus tard de 1735? C'est la date que j'ai adoptée.

'il»' Oayrol, l. Lï

■2 i Œuvre» de Grestet, I, 248.

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