IV, 3 (FIT
(3) I, 6 (in, 27).
Elle partira même pour le couvent, s^il le faut, sans emporter la consolation de se dire que Yalère songe encore à sa petite camarade ; mais elle lui pardonne son indiflFérencc, elle trouve naturel que Paris Tait changé :
La dissipation, Tivresse de son âge, Une ville où tout plaît, un monde où tout engage. Tant d'objets séduisants, tant de divers plaisirs. Ont loin de moi sans doute emporté ses désirs (1).
Iphigénie bourgeoise^ elle immole son ^ amour à l'égoïsme maternel et à Toubli du bien-aimé... En revanche, dès que Valère a paru, sa tendresse renaît plus vive et plus douloureuse ; la première fois qu'il est entré dans la maison, secrètement, sans la voir, elle l'a reconnu, comme elle dit, avec son cœur plus qu'avec ses yeux (2) ; mais pourquoi se cachait-il ? pourquoi ne demander ni Géronte ni Florise (3) ? Puis, il s'est présenté à elle, balbutiant, plein de trouble (4) ; serait-elle encore aimée ?... Son oncle la détrompe (5) : Yalère Taimait m sensément », dit-il ; — elle avait jadis de beaux yeux, — pour des yeux de province. Alors même, elle ne l'accuse pas de mensonge. Afin d'innocenter Valère, elle fait de la duplicité l'apanage de tout lesexe masculin :
Que les hommes sont faux ! et qu'ils savent, hélas! Trop bien persuader ce qu'ils ne sentent pas (6) !
On goûte d'autant mieux cette jeune fille d'un charme si discret, quand on considère ses sœurs du xvin^ siècle. Il faut mettre à part les jeunes filles de
(3) li.
Marivaux, piquantes et subtiles ; on en trouve d'autres, chez Destouches par exemple, qui ont toute la mine d'être singulièrement avancées pour leur âge. La Céliante du Philosophe marié tient et écoute des propos à faire rougir un vieux libertin :
CÉLIANTE
Vous prétendez, je crois, me traiter en novice ?
DAICON
Mon Dieu 1 non^ je sais bien que vous ne l'êtes pas.
CÉLIANTB
Mon Dieu, qu'il est modeste !
C'est lui qu'il faut traiter en novice.
DAICON, en riant.
Entre nous, Madame, je le suis au même point que vous.
€ Vous m'en ferez raison i>, s'écrie Céliante furieuse ; « Soit i>, répond Damon
Je vous laisse le choix du temps, du lieu, des armes ; Mais, comme vous pourriez m'éblouir par vos charmes, Pour rendre tout égal, ne conviendrez-vous pas De choisir une nuit pour vider nos débats?
La proposition ne manque pas de délicatesse ; Céliante se radoucit : elle comprend ;
Je ris, quoique fort en colère ; Cette saillie est bonnei et ne peut me déplaire (1).
Le jeune homme du même temps était pire dans un autre genre : Valère s'épuise en efforts pour atteindre l'idéal de méchanceté qui le fascine. Cependant, il faut qu'il lutte contre ses dispositions natives, et l'on
(1) QSnvres drawiatiqttes de N. DeHouchcs (Philos, marié ^ Acte II,
prévoit sans peine qu'elles seront victorieuses. Il appartient au groupe des < petits méchants subalternes j> spirituellement décrits par Duclos : <c Ils auraient été de si bonnes gens, en suivant leur cœur, que je suis quelquefois tenté d'en avoir compassion, tant le mal leur coûte à faire. Aussi en voit-on quî abandonnent leur rôle comme trop pénible ; d'autres persistent, flattés et corrompus par les progrès qu'ils ont faits s> (1). Valère subit encore Tinfluence d'une certaine Gidalise, qui « a, dit Cléon, pour la plupart formé nos jeunes gens » (2), et le détourne de la tendresse sentimentale. A son école, il apprend la moquerie cavalière, le scepticisme élégant :
Tout est colifichet, pompon et parodie ;
Le monde, comme il est, me plaît à la folie.
Les belles tous les jours vous trompent, on leur rend;
On se prend, on se quitte assez publiquement;
Les maris savent vivre et sur rien ne contestent;
Les hommes s'aiment tous, les femmes se détestent
Plus que jamais : enfin c'est un monde charmant (3).
En revanche, par une contradiction bien explicable et par un vieux reste de préjugé, lui qui admet et admire chez les autres cette publicité de Tamour, il fait mystère de sa liaison avec Cidalise ; bien plus, il veut estimer la femme qu'il aime (4), x\ussi laisse-t-il paraître quelque surprise, lorsque Cléon lui demande tout crûment où en sont les choses ; là-dessus son maître éclate de rire, le traite de Céladon, et lui expose un programme de morale ou plutôt d'immoralité mondaine :
Soyez de votre siècle, ainsi que Cidalise : Ayez-la, c'est d*abord ce que vous lui devez,
(1) Comidérat, iSb,
(2) II, i (III, 34).
Et vous Testimerez après, si vous pouvez :
Au reste affichez tout. Quelle erreur est la vôtre!
Ce n'est qu'en se vantant de l'une qu'on a l'autre (<).
Valère est à peu près convaincu : du moment que c'est la mode de Paris, il l'adopte les yeux fermés ; il aime tant la grande ville
Paris est ravissant, et je crois que jamais
Les plaisirs n'ont été si nombreux, si parfaits,
Les talents plus féconds, les esprits plus aimables ;
Le goût fait chaque jour des progrès incroyables ;
Chaque jour le génie et la diversité
Viennent nous enrichir de quelque nouveauté (2)...
Pour ne pas quitter son cher Paris, il refuse d'épouser une provinciale ; d'ailleurs, il se trouve encore bien jeune, et Téiai d'époux ne lui sourit guère :
Que dirait-on de moi, si j'allais, à mon âge, D'un ennuyeux mari jouer le personnage (3) ?
Fuir Paris, ce serait m'égorger de ma main.
Quand je puis m'avancer et faire mon chemin, Irais-je, accompagné d'une femme importune, Me rouiller dans ma terre et borner ma fortune ? Ma foi, se marier, à moins qu'on ne soit vieux, Fi ! cela me parait ignoble, crapuleux (4).
Ainsi bavarde le jeune perroquet de Gléon. Mais à certains indices on devine que sa fatuité n'est qu'une attitude. Il chérit sa mère, — cette mère qui n'apparait pas sur la scène et dont on aperçoit dans la pénom-