Madame de ***, en Habit couleur de rose
Nous ne connaissons le portrait de Lazare Chambroy, abbé Sénéral de Sainte-Geneviève en 1745 et confirmé dans ses fonctions en 1747, cette extraordinaire figure de sacristain, marquée de petite vérole, que par la belle $ravure qu’en a exécutée Jean Daullé d’Abbeville (2). Quant aux portraits de M. Olivier et de M"° Son Epouse (de la collection de M. Groult père), il sont tous deux signés et datés: 1748 ; le costume, l’attitude et la date les identifient avec les numéros 96 et 97 du livret du Salon. La tradition veut que les personnages représentés appartiennent à une famille marseillaise. Or, il y a eu au XVIII siècle, à Bordeaux, un insénieur maritime de ce nom, travaillant pour le roi. Nous avons eu en mains un livre qui lui a appartenu. Il n'est donc pas impossible que Perronneau ait fait un premier séjour
(1) Elle se trouve à la Bibliothèque de l’Université de Leipzig. (2) Il existe, au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale, deux états de cette gravure.
LE COMTE DE BasrArD Pastel. Signé et daté 1747.
(A. M. David Weill)
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LAS Ce
à Bordeaux au début de l’année 1748 et que les portraits de M. et de M” Olivier en soient les témoignages.
C’est à propos de ces deux portraits que Saint-Yves déclare(1) : « Qui peut aussi dans le $enre de M. de la Tour voler comme lui de merveilles en merveilles ? Ce sera M. Peronneau, s’il veut continuer ainsi qu'il a commencé. Deux portraits (n* 96 et 97) qu’il a exposés cette année, sont d’heureux présages de la gloire qui l’attend. Mais ce ne sera certainement point ie tas de jeunes peintres, qui enivrés des succès de M. de la Tour, ne semblent manier les crayons colorés, que pour faire sentir le mérite de celui-ci. Ces reproches ne sont pas faits pour M. Peronneau, que je viens de louer, et pour M. Loir, qui mérite de l'être: connu comme un bon sculpteur, on le verra dans peu un excellent peintre... » |
Et l’auteur, après avoir déploré tout ce qu'il y a d’éphémère dans le pastel, et regretté que M. de La Tour ne peigne pas à l'huile, parle de la technique de Perronneau: « Il n’est donc pas étonnant qu’un Peintre ayant fait cette réflexion, et cherchant à conserver à ja nature toute sa force qui désénère dans l’imitation comme l’imitation désénère par la distance d’où elle est considérée, charge les parties qui en ont le plus de besoin de touches fortes qui, à leur tour, se confondant à un certain éloi£nement, ne forment plus qu’un tout uni aux yeux du spectateur ; le portrait de M. Peronneau (n° 96) vû de près, et ensuite de la distance de cinq pieds, servira à nous faire entendre. »
Le numéro 98, portrait de M. ***, de l’Académie Royale de Musique, se trouve identifié par le manuscrit de M. l'abbé Gougenot (2). Parlant du salon de 1748, il écrit: « M. Peron-
(1) Observations sur les arts et sur quelques morceaux de peinture et de sculpture exposés au Louvre en 1748, où il est parlé de l'utilité de l’embellissement dans les villes, Leyde, chez Elias Luzac Jun. 1748 (page 95.)
(2) Manuscrit de M. l’abbé Gougenot, conseiller au Grand Conseil: Critiques sur la peinture, la sculpture, la gravure et l'architecture. A Paris MDCCL, Cabinet des estampes Yb 154.
Re Fhadrs
neau ne s’est pas moins distingué dans ce salon que dans les précédens. Evitant pour les dispositions ces lieux-communs dans lesquels les peintres à portraits ne tombent que trop souvent, les siens se font autant remarquer par une variété de belles attitudes que par le bon caractère de dessein dans lequel il excelle. Quand de jeunes sujets se présenteront avec de tels talens, l’Académie ne sévira plus sans doute contre le Pastel. Ce peintre cependant devrait faire les derniers efforts afin que les corps de ses figures appartinssent mieux à leurs têtes et se souvenir de ce principe:
Singula membra suo cabiti conformia fiant.
Unum idemaue simul corpus cum vestibus ipsis.
Duf. de art. Grap.
Il faut pourtant convenir qu'il a été plus correct dans ses ensembles cette année et qu’on ne peut lui faire ce reproche que dans le portrait du sieur Le Page, où le corps est trop large, ce aui fait d'autant plus de peine que la tête en est touchée à ravir. D'ailleurs, il devrait donner plus d’attention pour rendre ses étoffes. » |
Les archives de l’Opéra indiquent deux artistes portant le nom de Le Page, une basse-taille et une haute-contre. Elles nous donnent, ainsi que les mémoires de J.-L. Dufort, comte de Cheverny, de gracieux détails sur M" Amédée de l'Opéra, en domino noïr (n° 99), qui fut enlevée par le duc de Cumberland, et passait au demeurant « pour la meilleure fille du monde ».
Dufort écrit: « M. de Chailly, qui apparamment me trouvait trop jeune, ne me disait pas tout. 11 avait découvert une très jolie danseuse de l'Opéra de Paris, M" Amédée, dont on disait qu'elle était la meilleure fille du monde, puisqu'elle était sans soucis ! L'art lui en avait fait deux beaux et si réguliers qu’au vrai elle avait une physionomie délicieuse.
L’inspecteur de police Meunier note sur ses rapports:
«M"° Amédée, danseuse de l'Opéra. Du 14 août 1749. Demeure rue du Mail, près la place des Victoires, à côté d’un chirurgien
LRO
au second. Elle est â$ée d’environ 23 à 24 ans, petite, brune, les yeux noirs, belle bouche, des sourcils postiches. Elle a été entretenue par M. de Fatay intendant des finances ; actuellement elle a M. le duc d'Olonne, maréchal de camp, rue de Bourbon, faubourg Saint-Germain. Il est $sarçon âgé de 24 à 25 ans.
» Le 4 janvier 1750. lle demeure depuis environ quatre mois cul de sac de la rue Saint-Thomas du Louvre. Elle est âgée d'environ 22 ans, $rande (sic) et bien faite, brune, les yeux noirs et $rands, la bouche belle, les sourcils teints, néanmoins jolie. Elle est fille du nommé Valat, fondeur, peu à son aise, demeure rue Princesse, faubour$ Saint-Germain ; sa mère est encore vivante ; on lui fit apprendre le métier de couturière. Pendant le temps de son apprentissage, elle fit la connaissance du nommé Belgrem, espèce de domestique, sous le titre de fourier des écuries de M. le comte de Charolois qui l’épousa. Ils ne restèrent que peu ensemble. Elle fut entretenue alors par le chevalier de Clermont d’ Amboise, colonel! du Régiment de Bretagne Infanterie. Depuis elle est entretenue par le duc d'Olonne qui fait pour elle des dépenses considérables. Le duc d'Olonne est â$gé de 33 à 34 ans et veuf depuis environ quatre mois. Il manque peu d’opéra pour y jouir particulièrement du plaisir d’y voir la d”"° Amédée. Elle a fait ses couches à Vannes chez le duc d'Olonne. Elle jouit de 3 à 4000 I. de rente. »
Le numéro 100, M"° D... en habit couleur de rose, est plus explicitement identifié par les deux premières éditions du livret de 1748, où on lit: « Mademoiselle de l’Epée la jeune » en habit couleur rose. Or, il existait, dans la collection Groult, un pastel signé et daté: Perroneau, 1748, représentant une femme âgée, en demi-fisure, à la physionomie spirituelle, coiffée d'une fanchon, vêtue de rose tendre, attifée d’un tour de cou noir et d’un fichu de dentelle où s’attache une petite croix. Nous n’osons pas affirmer qu'il y ait identité entre les deux personnages, encore que « la jeune » signifie la cadette.