‹ J.B. Perronneau (1715-1783) sa vie et son œuvre 1923Chapitre 16 sur 107 · Le portrait de M. Beaumont · texte numérisé non relu

Le portrait de M. Beaumont

On remarque dans cette énumération trois hommes en habit

(1) Pierre-François Beaumont, graveur et marchand d’estampes sur le pont Notre-Dame, à l’enseigne du Griffon couronné. Né à Paris en 1719, il mourut dans la même ville en 1769.

Mes pi à

de velours noir ;: aussi bien l’habit de velours noir, ésayé d’un silet de soie brochée et galonné d'or, fut dès lors le costume de cérémonie à la mode. Avec M. Thiboust et M”° son Epouse, nous entrons en pays de connaissance. Après la mort de l’imprimeur, il est maintes fois question de sa femme dans les lettres de Cochin et de Robbé de Beauveset, le licencieux et $rivois poète, neveu par alliance de Desfriches.

Nous avons pensé que le portrait de femme, adjugé 75,000 francs à M" Vermau Vernon, à la vente de la coilection J. Doucet, signé et daté 1749, correspondait à la désignation du catalogue ; le personnage tient, en effet, un bouquet de barbeaux, c’est-à-dire de bleuets. Le tableau semble avoir subi quelques retouches, notamment dans la main droite, mais la $râce de Cécile Volanges s’incarne dans cette jeune femme en robe de taffetas gris souris, au corselet bleu ciel, lar$ement ouvert, encadré d’une modestie de $aze blanche qui affine le passage des $ris aux bleus enlevés sur un fond d’ambre, et les chairs du cou communiquant un peu de leur vie à l’esclavage des perles.

Nous avons remarqué que souvent l’orthographe des livrets n’était pas impeccable. Aussi n'est-il pas interdit de supposer aue M. Kam serait tout simplement le peintre Jean-Fréderic Kamm, reçu membre de l’Académie de Saint-Luc, le 5 mai 1759, et qui habitait rue du Colombier près de l’abbaye.

D'autre part, dans les registres de comptes de la maison de Soubise, conservés au château de Chantilly, et spécialement dans le « deuxième compte que rend à S. À. Mgr le Prince de Soubise, Jacques Lacerneux, trésorier $énéral de Sa dite Altesse, de la recette et dépense par lui faite en la dite qualité, pendant l’année 1752 », nous avons trouvé, au recto du feuillet 83, cette mention :

« Peintres en portraits

KAMME.

« De celle de onze cents quatre livres payée au S' Kamme,

Mix HPOUS

peintre du roy de Pologne, sur des ordres par écrit de S. A. pour des portraits par lui faits, sçavoir :

0 0 7, 47 4,,:,. 600 livres 2 2 00 7 0 504 livres

« Revenant les dites sommes à celle susdite de 1104 livres. »

Enfin, on lit dans les Mémoires de Wille (t. I, p. 490): « Octobre 1771. — Le 1”. M. Kamm, de Strasbourg, mon ancien | ami, étant venu prendre congé, ne m'a pas trouvé, et, ma femme étant malade, il n’a parlé qu’à nos domestiques » ; ou encore, au t. II, p. 1, « Janvier 1775. — Le 22 ..., M. Kamm, peintre de Strasbourg, étant venu à Paris avec M. Dietrich, m'est venu voir tout aussitôt. J’ay revu cet ancien ami avec plaisir. »

Ne peut-on de même identifier le n° 139, M°° ***, en robe verte, avec le portrait de femme de la collection Mame, que nous avons cité plus haut et qui est daté de 1748 ?

Nous connaissons deux pastels de jeune fille tenant un petit chat. L'un, signé et daté d’octobre 1749, se trouve au Louvre, et nous ne savons rien de plus délicat que ce visage de fillette presque jeune fille. Elle a les yeux bruns, des « pruneaux », comme on disait alors, le nez fin, la bouche petite et souriante où l'ironie met une fossette au coin des lèvres. Son teint blanc et rose rappelle les figurines de Saxe ; cette enfant est réellement une de leurs sœurs. Il y a une $râce et une lésèreté charmantes dans ce minois où passe la séduction de la femme de demain. L'esprit, le soût, le cœur, pour se livrer avec discrétion, ne s’en livrent pas moins. Si l'oreille n'avait pas un petit anneau d’or, on la prendrait pour un coquillage, à la voir si rose. Toute 1la toilette est une harmonie de bleu et de blanc, et le rose de la peau qui leur sert de passage alterne les couleurs choisies. Quelle $râce un peu mièvre, mais charmante, des doigts fluets asaçant un petit chat gris et blanc ! Le pelage soyeux, brillant, est un satin de plus à côté des reflets du sang sous la peau. Ce jeu est

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