‹ J.B. Perronneau (1715-1783) sa vie et son œuvre 1923Chapitre 21 sur 107 · PORTRAIT DE DAME DE SORQUAINVILLE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE DAME DE SORQUAINVILLE

Peinture. Signée et datée 1740.

(A M. David Weill)

éventail sous le nœud irisé des manches ; et tandis que des mains distraitement occupées « à faire des nœuds » jaillit brusquement, comme un insecte d’or, la navette d’écaille blonde, tout un poème d'intimité amoureuse passe dans son regard, et l’on songe à ce mot: « Rien de pius charmant qu’une honnête femme ayant tout ce qu'il faut pour ne pas l’être ».

On s'étonne, devant ces œuvres, de la modération des éloges. L'auteur des Jugemens sur les principaux ouvrages exposés au Louvre le 27 août 1751, le S' le Comte ou Coypel, écrit — notons que presque toutes les brochures juxtaposent les noms de La Tour et de Perronneau — : « L'illusion est si frappante dans les Portraits de M. La Tour qu’il semble que la nature se soit peinte elle-même. Il n’y a rien à désirer. Pour bien faire, La Tour n’a qu’à se ressembler, et M. Perroneau qu’à l’imiter: ce jeune Peintre qui marche sur ses traces:

Proximus huic longo sed proximus intervallo, s’est corrigé sur les ensembles ; mais il s’est négligé sur la couleur, ses têtes sont touchées avec esprit, mais elles sentent trop l’esquisse, et je voudrais qu’on ne pût pas en appeler séparément les couleurs, enfin qu'il accusât tellement les formes qu’on püût modeler d’après ses portraits, comme on serait en état de Île faire d’après ceux de M. La Tour. »

Et le Mercure de France (1), ne s’enthousiasme guère plus: « M. Perenneau (sic) a donné par quatorze pastels des preuves de sa facilité et de l’agrément de sa couleur. »

L’année 1751 semble avoir été bien remplie. En dehors des douze pastels et d’une peinture signalés par le livret du Salon, nous connaissons les portraits de M. et de M” Chevotet, conservés au musée d'Orléans (2), et celui du duc d’Aumont. Tous ceux qui ont visité la salle des mariages de l'Hôtel de Ville, à Boulogne-sur-Mer, ont pu voir une série de portraits des

(1) Octobre 1751.

(2) Legs Delzons.

Aie

gouverneurs qu'à une date indéterminée on ramena, pour une raison ou pour une autre, à une dimension uniforme. L'un d’eux représente Louis-François d’Aumont, marquis de Chappes, duc d’'Humières, lieutenant $énéral des armées du roi, $ouverneur de Compiègne et du Boulonnais, né le 30 mars 1671, mort le 6 novembre 1751 à Paris, où il est enterré en l’église Saint- Gervais. Il avait épousé, en 1690, Anne-Louise-Julie de Crévant, fille de Louis de Crévant, duc d’Humières, maréchal et $randmaître de l'artillerie de France. Ici, il est debout, tourné vers la droite, resardant de face, portant cuirasse sur l’habit à basque d’or, épée et culotte rouge ; les cheveux sont poudrés et frisés à marteau ; une tenture retombe sur la droite, selon la tradition des portraits solennels de l’époque, et ajoute au caractère d’élésance et de fine distinction. L’œuvre est bien de Perronneau, ainsi qu'il ressort d'une pièce des archives de Boulogne (Liasse 192, pièce n° 5):

« Il sera tenue compte à M. Fontaine, de la somme de six cent dix-sept livres pour le portrait de M. le duc de Humières, notre souverneur qui a été tiré par le S' Percnneau par nos ordres étant à Paris pour être placé en l’hôtel de ville et ce y compris les frais d'emballage, ports, etc., à laquelle somme de six cent dix-sept livres il sera employé par le dit S$' Fontaine, dans son état de dépenses à Boulogne, ce 12° janvier 1751. »

Sisné : COILLIOT.

Les ducs d’Aumont, $ouverneurs du Boulonnais de père en fils, habitaient Paris: ils occupèrent plusieurs hôtels, rue de Beaune, près le pont Royal, un autre, rue de Jouy, près de Îa rue Saint-Antoine, un autre enfin, le plus beau des trois, et merveilleusement meublé, sur la place Louis XV. Le document lui-même est formel et Perronneau n’a pas été oblisé d’aller jusqu'à Boulogne pour exécuter le portrait du $fouverneur du Boulonnais.

Le regard hautain, précis, un peu froid, d’un homme sûr de

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