‹ J.B. Perronneau (1715-1783) sa vie et son œuvre 1923Chapitre 23 sur 107 · MAURICE QUENTIN DE LA TOUR · texte numérisé non relu

MAURICE QUENTIN DE LA TOUR

Pastel. Signé et daté 1750.

(Musée de Saint-Quentin)

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que rend à S. À. Mgr le prince de Soubise, Jacques Lacerneux, trésorier $énéral de Sa d. A., de la recette et dépense par lui faite en lad. qualité pendant les années 1752 et 1753, la mention suivante (feuillet 67, au verso) :

« Peintres en portraits.

Plus de la somme de mille livres payée au $ Perronneau, autre peintre, le 9 octobre 1751, pour le portrait en pastel de S. À. suivant l’ordre et quittance raptés cy. . . 1000 livres. »

Dans les comptes-rendus contemporains, conservés au fond Deloynes (Cabinet des Estampes), il n’y a aucune indication descriptive sur le portrait de la jeune princesse de Condé. A Versailles, dans les salles de l’attique nord, se trouve un portrait de Charlotte-Godefrede-Elisabeth de Rohan-Soubise, médiocre copie, due à M”° Danse, et mesurant OÜm18 de large sur Om25 de haut. Soulié, dans son catalogue du musée de Versailles, écrit à ce propos : «L’orisinal se trouvait (et non se trouve) autrefois au château de Chantilly. » Au musée Condé, à Chantilly, dans les appartements privés du duc d’'Aumale, il existe toute une série de petits portraits des membres de la famille de Condé. Parmi ces portraits qui ont tous été exécutés vers 1775 ou 1776, pour le Palais Bourbon, par les soins de Simon-Bernard Le Noir, peintre ordinaire du prince de Condé, on voit celui de la princesse Charlotte-Godefrede-Elisabeth, qui est identique à la copie exécutée par M"° Danse, avec cette seule différence que la peinture de Le Noir est un ovale et celle de M”° Danse un panneau rectangulaire. Sur un fond bleu lésèrement rompu d’or, s’enlève le visage ovale aux traits réguliers, aux grands veux bleus, au teint rose, à la bouche jolie. Les cheveux sont poudrés et coifiés en tapé. On aperçoit le lobe de l’oreille droite. Le décolleté très pur s’encadre d’une modestie blanche reflétée de bleu. Une draperie blanche se noue sur le devant de la poitrine avec une draperie bleue, en formant trois coques. Ün fil de perles s’attache sur le bras gauche. Le modelé en pleine lumière, les valeurs

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déterminées par un éclairage unique de gauche à droite, l’équilibre des tonalités bleues et jaunes, l’arran$ement même sont familiers à Perronneau. La princesse de Condé étant morte en 1760, le portrait de Le Noir, exécuté vers 1775, est lui-même une copie. L'’original est-il de Perronneau ? En tout cas, nous en trouvons la trace dans les registres de comptes de la maison de Soubise (année 1752, feuillet 73, recto) :

« Peintres en portraits.

PERRONNEAU.

Plus de celle de six cents livres payée le 6 May 1752 au S' Peronneau autre peintre pour le portrait de M" de Soubise, aujourd’hui princesse de Condé. Suivant l’ordre et quittance TAPDOTIÉS CV LL . . … 10008 Te

Il s’agit de la princesse CH te Godefrede-Elisabeth de Soubise qui avait épousé le prince de Condé le 2 mai 1753. On peut voir aux Archives nationales, dans la vitrine 78, son contrat de mariage (n° 978). Les Archives conservent ésalement une correspondance d’une sentimentalité délicate, adressée par cette princesse à son mari, et qui a fait l’objet d’une publication du comte Fleury, dans le Carnet historique et littéraire du 15 octobre et du 15 novembre 1898,

Qu'est devenu Milord de Huntinston, M”° ***, et Julien le Roy, horloger du roi ? Nous avons indiqué les relations de Milord Huntington avec la demoiselle Lany, de l'Opéra. Un rapport de police (1) donne la date précise à laquelle Perronneau a dû exécuter son portrait: « 29 août 1753. Mi Ottins-ton est venu à Paris il y a environ 1 mois ou 5 semaïnes, maïs il n’a point été chès la D" Lany ; elle a été lui rendre 2 ou 3 visittes rue du Colombier, chez la Cour. »

On connaïît Julien Le Roy par la belle planche de Moitte, et par la gravure de Hubert qui accompagne une notice

(1) Bibliothèque de l'Arsenal. Papiers de la Bastille.

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biographique de Le Prévôt d’Exmes. Né à Tours, en 1686, cet émule et ce concurrent de Jean-Baptiste Baïllon, Gudin, Joly, Etienne Lenoir, Moisy, fournisseur comme eux de la Cour et des marchands d’antiquités, mécanicien achevé, auteur de bons écrits sur son art, était à tel point favori de la mode que dans Thémidore, un élégant trouvant sa montre en retard sur le méridien du Palais Royal « promet que Julien le Roy ne travaillera plus pour lui ». Inventeur des montres et des pendules à répétition, des pendules à secondes, ii conquit sur l’ Angleterre la suprématie de l’art de l’horlogerie et Voltaire dit un jour à l’un de ses fils: « Le maréchal de Saxe et votre père ont battu les Anglais (1). »

Le portrait de M” Lemoyne, probablement Jeanne Dorus, la troisième femme de M. Lemoyne, le fils, professeur à l’Académie, existe dans la collection de M. Georges Dormeuil ; c’est une œuvre sobre, d’un arrangement simple, avec un esclavage de perles, une mantille de taffetas bleu, un décolleté encadré d’une modestie, un « parfait contentement », des riens, et cependant une touche spirituelle qui se pose çà et là sur les paupières, le nez, la lèvre inférieure, faisant sourire cette jeune femme, sans parti-pris violent d’ombres et de lumières.

La Tour, dont les écrivains contemporains vantent sans cesse le naturel, n’a rien laissé de plus vivant, de plus ample, de plus vrai dans le « laisser aller », de moins théâtral et cependant de plus noble que les effisies d'Adam l'aîné et d’'Oudry, surpris dans un moment d’arrêt, devant l’œuvre interrompue. Adam l’aîné (2) s’enveloppe dans sa $amberluque de taffetas vert, quelque chose d’intermédiaire entre le manteau d’abbé et le domino, un souvenir de cette Italie de prédilection, d'où il s’est arraché à $rand’peine, et vers laquelle courent les peintres fran-

(1) Voir la notice de M. S.-L. Chalmel, dans le t. IV de l’Histoire de Touraine depuis la conquête des Gaules par les Romains jusqu’à l’année 1790.

(2) Lambert-Sigisbert Adam, dit l’aîné, né à Nancy en 1700, prix de Rome en 1723, membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1737, professeur en 1744, mort à Paris en 1759.

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çais, depuis le Poussin qui revient y mourir, jusqu’à Frasonard qui y retrouve la Grande Grèce. Voyez le ragoût des couleurs, de ces bleus et de ces verts où passent des reflets d’or, et la parfaite simplicité d’attitude de cet homme qui s'est assis quelques minutes auprès du socle d’une statue pour détendre ses mains fébriles, ses belles mains sortant des manches retroussées, $ardant encore le marteau et le ciseau (pl. 14). On devine dans l'ombre la naissance d’une jambe, peut-être une des deux nymphes, la Chasse et la Pêche qu'il avait taillées chacune dans un seul bloc de marbre, et que Louis XV donna plus tard au roi de Prusse; ou plutôt cette figure de l’A bondance, exécutée pour les jardins de Choisy avant 1758, payée dix mille livres à ses héritiers en 1760, et dont il avait exposé le plâtre au Salon de 1753. S'il s'arrête, c’est pour mieux penser à sa merveilleuse collection d’antiquités $recques et romaines, aux soixante-huit morceaux de marbre de Paros et de Saligno, trouvés au mont Palatin, dans le palais de Néron et dans les ruines du palais des Maures, qu'il eut à bon compte des héritiers du cardinal de Polisgnac et dont il veut bien faire les honneurs au public, en sa maison de la rue Basse-du-Rempart. |

Quant à Oudry (1), il vient d'achever sur le châssis &e foile le croquis au fusain de Mitte et Turlu, de Misnonne et Sylvie, de Blanche ou de telle autre chienne de la meute royale. Campé devant son chevalet, il ouvre larsement la main droite dans un seste d’enseisnement ; l’autre main, appuyée sur un magnifique fauteuil en velours de Gênes cramoisi, tient les pinceaux et la palette dont le maître se servira pour démontrer l'excellence des idées et de la méthode qu'il tient de son maître Largillierre( pl. 15). Perronneau, comme pour montrer que lui aussi pourrait être élève de Largillierre au sens larse du mot, s’est plû à entourer le véné-

(1) Jean-Baptiste Oudry, né à Paris en 1689, élève de son père et de Largillierre, membre de l’Académie royale de peinture en 1719, directeur de la Manufacture de Beauvais, surinspecteur de la Manufacture des Gobelins, mort le 30 avril 1755.

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rable Oudry d’une symphonie de verts sourds rompus d’or, vibrant, se répondant à l'infini, à ésayer l’habit de cérémonie, le jabot et les manchettes de dentelle du vieux peintre, de la fantaisie débraillée d'un mouchoir de priseur, sortant de la poche.

On se souvient encore d'un double portrait de la collection de M. Camille Groult, prêté à l'Exposition de Cent Pastels. Les deux vieillards, un homme et une femme, lui assis devant une table de travail et dessinant dans l’ovale d’une miniature, elle, resardant par dessus son épaule, passèrent aux yeux de M. Groult pour M. et M*° Perronneau, jusqu au jour où, en comparant le portrait de M”* Desfriches mère et la figure féminine de ce double portrait, il crut qu'il représentait M”° Desfriches la mère. Les rédacteurs du catalogue de l'Exposition et la plupart des critiques s’en tinrent à cette attribution. Nous avions supposé nousmêmes qu'il s'agissait de M. et de M" Oudry. Or il s’agit de Philippe Cayeux et de sa femme Jeanne d'Humières (1).

En effet, il existe au musée d’Arras une peinture à l’huile qui représente ces deux personnages. Au dos de Ia toile, on lit cette inscription, tracée au pinceau: « Philippe de Cayeux, natf du Vté d’'Humières, sculp® en ornemens renomé à Paris, chéri et très bien venu céans. En sus Mad° honesta sa très aimée et très digne épouse. »

« Philippe Cayeux (2), né en 1688 à Humières (Picardie) était un sculpteur d’ornements très réputé à Paris. Sa spécialité semble avoir été les bordures et les boiseries. Installé de très bonne heure dans la capitale, paroisse Saint-Roch, il habite d’abord dans la rue Saint-Honoré, ensuite rue Villedo où il meurt en 1769. Officier de l’Académie de Saint-Luc, continuellement en relation

(1) Communication de M. Jean Locquin à la Société de l'Histoire de l’Art français (3 décembre 1909).

(2) « Cayeux (Claude-Philippe), sculpteur, reçu le 22 septembre 1722, rue Villedo, conseiller (Liste, pp. 21, 25); * 1769 (Mém., Paris; Scellés, t. II, p. 150). » Liste générale des maîtres peintres et sculpteurs de la Communauté de Saint-Luc de la ville de Paris (1391- 1789), publiée par Jules Guiffrey dans l'Histoire de l’Académie de Saint-Luc.

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avec les meilleurs artistes de son temps auxquels il fournissait des cadres, il était très achalandé. Il avait commencé de bonne heure, dit Rémy, à rassembler « une des belles collections (en dessins et estampes surtout) qu'il y ait à Paris ». Diderot la connaissait bien et il l’avait « couchée en joue » pour le compte de Catherine IT ; mais le brave Cayeux y tenait plus qu’à un monceau de pièces d’or et n'avait voulu s’en défaire à aucun prix. Artiste de talent, ami serviable et amateur avisé, il était presque un personnage au XVII siècle ; bien qu'il fût d’une famille bourgeoise apparentée à des « maîtres rôtisseurs » et à des « marchands pâtissiers », il cccupait une assez jolie situation pour donner le change et mériter qu'on lui prêtât par mé$sarde une particule. Il comptait parmi ses intimes Noël-Nicolas Coypel, Charles Parrocel, Carle van Loo, Boucher, Natoire, Taraval, Chasle et aussi Cochin, Desfriches et vraisemblablement leur ami commun Perronneau. Un dessin de Cochin, $ravé par Lempereur et représentant Philippe Cayeux de profil, confirme l'identification fournie par l’inscription de la toile d'Arras. Le front droit, le nez fort, cassé, le pli accusé à la naissance du front, la bouche aux lignes fermes, Île double menton, le cou très court, le resard un peu dur, tous Îles traits du profil de Cayeux par Cochin se retrouvent dans les portraits de trois quarts d'Arras et de la collection Groult.

Il reste encore la question d’attribution à résoudre. Qui est l’auteur du pastel et de la peinture ? Probablement le même artiste (1). »

Ce double portrait nous montre une certaine qualité d'émotion, la sentimentalité d’un Perronneau tâchant d'exprimer le rêve dont il fera l’année suivante une réalité. Quel précieux document n'est-ce pas là de la vie des artistes de ce temps! Ne fait-il pas songer à cette familiarité charmante des familles qui abritaient

(1) Communication de M. Jean Locquin. Bulletin de la Société de l'Histoire de l’Art français, 1909, p. 243.

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