LES VAR
leur existence sous les vieux toits du Louvre? Ne voilà-t-il pas de quoi évoquer le mot du prince de Ligne à propos d’une vieille femme : « L’amour a passé par là !»?
Le Louvre possède le portrait au pastel du savant ingénieur hydrographe Pierre Bouguer (1), daté de 1753. L'artiste semble y affirmer sa prédilection pour ces contrastes de lilas et de jaune, lilas de l’habit et du gilet, jaune des fonds et du visage bilieux. De même, dans l'étude de ces traits accentués et comme taillés à coups de hache, il parvient à la même force expressive que dans les portraits de Chevotet, du père Chambroy ou du bénédictin.
Le catalogue de l'Exposition de Cent Pastels donnait la même date, que nous n'avons pu voir et dont nous n'avons pas eu confirmation, au portrait de la comtesse Jacquette d’Arches, née de Loupes. Au charme de cette harmonie de $ris taupe et de bleu, que la poudre des cheveux et le blanc de la modestie rend plus délicat, s'ajoute un intérêt iconog$raphique. En effet, un d’Arches a été conseiller au Parlement de Bordeaux, au XVII’ siècle ; aux environs de la ville existe un château d’Arches, qui remonte au XVII siècle, et dans la même région, se trouve le village de Loupes. Perronneau a-t-il fait un voyage à Bordeaux à cette époque ? Cela n'est pas impossible. Même date encore inscrite en haut du portrait au pastel du président Bis$non, malheureusement abîmé, que nous avons pu voir, en 1908, dans la collection de M" Véry, à Mantes ; c’est Armand-Jérôme Bigsnon, né à Paris en 1711, reçu avocat $énéral du Grand Conseil en 1729, maître des requêtes en 1745, bibliothécaire du roi, prévôt
(1) Pierre Bouguer, hydrographe du roi, mathématicien, astronome, membre de l’Académie royale des Sciences, de la Société royale de Londres, né en 1698 au Croisic (Loire Inférieure). Le 22 décembre 1756, les Affiches, annonces et avis divers annoncent: « La Manœuvre des vaisseaux ou Traité de Mechanique et de Dynamique, par M. Bouguer, de l’Académie royale des Sciences, de la Société royale de Londres, Honoraire de l’Académie de Marine, ci-devant hydrographe du Roi au Port du Croisic et au Havre-de-Grâce. À Paris, chez Guérin, 1757, in-4°. M. Bouguer est déjà l’auteur du Traité du navire. »
NÉ es
es marchands, conseiller d'Etat, membre de l’Académie fran-
çaise, grand ami des lettres, mort le 7 mars 1772.
Quel fut cette année le sentiment de la critique ? Le Mercure de France (1) déclare que « M. Peronneau a mérité des applaudissemens par la légèreté de sa manière et celle de sa touche dans les sept portraits qu'il a présentés. » L’abbé Le Blanc n’est pas moins élosieux (2) :
« Le public est tellement accoutumé à ne voir au Sallon que des chefs-d’œuvre de M. de La Tour qu’il ne peut plus l’étonner que par la multiplicité et c’est l’effet qu'ont produit les dix-huit tableaux qu’il y a mis cette année. Les différens Portraits de M. Perroneau sont autant de preuves des progrès qu'il fait journellement dans son art. On voit qu’il cherche la nature en homme aui en connoïit tout le prix. L'exemple de plusieurs peintres prouve que les veux du corps ne suffisent pas pour l’apercevoir,
on ne la saisit bien que des yeux de l’esprit. Elle ne peut échapper
à quelqu'un qui a tout celui qui fait le mérite de la touche de cet Artiste. » FEIreS
L’abbé Garrigues de Froment (3) nous renseigne sur l’impression que produisirent sur les académiciens les deux morceaux de réception d'Adam et d’Oudry:
« M. Aved me ramène à M. Perronneau. Peut-être aurois-je dû le nommer immédiatement après M. de la Tour, parce que leur $enre de travail est le même, parce qu'ils sont les seuls ou presque les seuls qui peignent au Pastel ; mais je vous ai demandé, et je crois avoir obtenu de vous, monsieur, la permission de suivre plutôt le fil de mes idées, ou celui de mes sensations, que l’analogie des talens, leur ordre ou l'ancienneté des Artistes.
(1) Octobre 1753.
(2) 1753, Observations sur les onvrages de MM. de l’Académie de peinture et de sculpture, exposés au Salon du Louvre, en l’année 1753, et sur quelques écrits qui ont rapport à la peinture. À Monsieur le Président de B...
(3) Sentiments d’un amateur sur l'Exposition des tableaux du Louvre et la critique qui en a été jaiîte.