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Je reviens à celui qui a été l’objet de ma nouvelle digression. Le Dessein de ses portraits est toujours fin, toujours gracieux et spirituel ; maïs en revanche, il est souvent maniéré ; le bleu domine dans toutes les ombres de ses têtes de femmes ; partout ailleurs à force d’être reflétées et trop peu décidées, elles lui font perdre son effet. J'ajoute que le ton trop colorié des fonds de ses deux portraits d'homme, efface, détruit celui de ses deux têtes. Un autre parleroit des deux Morceaux de Réception du même Auteur, des deux portraits de MM. Oudry et Adam l'aîné ; un autre en diroit tout le bien qu'il y a lieu d’en dire. Quant à moi, qui suis au fait des éloges que ces deux tableaux lui attirèrent de la part de ses Confrères, quand il les présenta à l’Académie, du bruit et du plaisir qu’ils y firent, je m'en tiens au silence ; c'est toujours le parti le plus sûr, quand les Maîtres se sont énoncés aussi positivement, aussi clairement, d’aussi bonne foi, qu'ils ie firent en faveur de M. Perroneau. »
Fréron (1), lui, réplique:
. &« M. de la Tour reçoit l’encens qui lui est dû. Mais dire qu'il scait par son tact subtil et magique saisir et fixer le sel volatil de l'esprit, si facile à s’évaporer des mains de qui que ce soit, et de ceux même qui le possèdent, outre que ce n’est [à qu'un précieux $alimathias, c’est pousser l’hyperbole au dernier defgré. Qui est-ce qui croira jamais, par exempie, que le principe qui pense, et qui a dicté à M. de la Chaussée tant de Comédies morales, soit identifié avec le Pastel, et réside sous la glace de son portrait ?... M. Aved est pourtant de quelque utilité à notre Auteur ; il lui sert de transition pour parler de M. Péronneau auquel il reproche d’être trop maniéré. »
Et ailleurs, dans son Année littéraire, il ajoute ceci:
« Outre les deux morceaux de réception de M. Peronneau
(1) Lettre sur quelques écrits de ce temps au sujet des tableaux exposés dans le Grand Salon du Louvre en 1753, en réponse à l’abbé Garrigues de Froment.
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qui sont les portraits de Messieurs Oudry et Adam l'aîné, ce
peintre a donné plusieurs têtes en pastel qui sont fort belles. II étudie avec fruit la manière de M”"° Rosalba de Carriera. »
L’admiration de Huquier fils (1) va plus loin:
«M. Peronneau suit de près M. de La Tour. Ses deux Portraits de réception pour l’Académie sont universellement admirés ; l’un est celui de M. Oudry, et l’autre celui de M. Adam l'aîné, Professeur de la dite Académie. Le dessein l'emporte sur le pinceau ; quoique l'un et l’autre soient très bien, le Pastel est son $enre, il y brille encore d’avantage ; la lésèreté de la touche, la fraîcheur du coloris, et le caractère du dessein, tout y est rassemblé, je n’en veux d’autres preuves que ie portrait de M”*° la princesse de Condé, et celui de M. Julien Le Roy; j'ose dire que ce dernier le dispute à M. de la Tour: l’art et la nature y sont employés et réunis admirablement bien. »
L'abbé Laufier se montre plutôt sentimental (2) :
« M. Perronneau, Académicien, a exposé le portrait de cet aimable artiste (Oudry). Le plaisir que j'avois eu à considérer tant de jolis Ouvrages, m'a donné beaucoup de g$oût pour ce portrait qui est bien peint... »
Estève estime que « M. Perronneau a été jus$é plus ressemblant à lui-même et sa couleur moins variée que celle de M. la Tour. Cet artiste a donné cette année deux morceaux de réception qui ont été applaudis. »
Lafont de Saint-Yenne (3) s'intéresse surtout à Julien Le Roy.
« Le S' Perroneau, loin d’être oublié dans cette classe, mérite beaucoup d’éloges. Ses pinceaux et son pastel ont de la finesse et des beautés singulières. Parmi plusieurs de ses portraits, on a
(1) Lettre sur l'Exposition des Tableaux au Louvre, avec des notes historiques.
(2) Jugement d’un amateur sur l'Exposition des tableaux. Lettre à M. le marquis de V..
(3) Sentimens sur quelques ouvrages de peinture, sculpture et gravure. Ecrits à un Particulier en Province, à l’occasion de l'Exposition de 1753, mais qui n’ont paru qu’en 1754,
année qu’il ne se fit point d’exposition.
ro y a
distinsué ceux de deux grands Artistes: MM. Oudri et Adam aui sont peints jusqu aux genoux, et avec les enseignes honorables de leurs professions et de leur célébrité. On a vu avec plaisir celui du S' Julien le Roi, cet artiste si renommé dans les deux mondes, et qui a porté l’art de l’Horlogerie à un si haut degré de perfection que les nations, même les plus jalouses de notre supériorité, ont été forcées de l’accorder à ce savant homme. Ce que j'estime en lui bien au delà de sa science et du rangs qu'il tient dans sa profession, c’est une probité invariable avec beaucoup de simplicité et de modestie. »
Lacombe, auteur du Dictionnaire portatif des Beaux-Arts, opine, dans son Salon de 1753, que les tableaux de Perronneau ont paru dignes de sa réputation.
Et Baillet de Saint-Julien, dans son Ode sur la peinture, proclame qu'il « admire le génie pittoresque des Perronneau ».
Mariage de Perronneau. — Ses envois aux Salons de Paris et au Salon de Toulouse. — Séjours à Lyon, à Bordeaux, à Abbeville, à Orléans. — Voyages en Hollande et en Italie. —
Lettres à Desfriches.
En 1754, il n’y eut pas de Salon. L'année est d’ailleurs fort bien remplie. Perronneau se marie au mois de novembre et il semble avoir pris son amour si fort à cœur qu’il en oublie de travailler. En effet, il ne signe $uère que trois fois aux procésverbaux de l’Académie, le 5 janvier, le 23 février et le 7 décembre. Nous imaginerions volontiers que l'artiste fit l’école buissonnière du printemps à l’automne, n'étaient le portrait de Hubert Drouais de la collection Daniel Hallé (pl. 16), et un pastel de Jacob van Kretschmar que possède M. le jonkheer J.-A. van Kretschmar van Veen à Utrecht (pl. 17). Van Kretschmar, en habit bleu clair, soutaché d’or, portant cuirasse, les cheveux poudrés, vu de trois quarts, tourné vers la $sauche, paraît 4$é de trente ans (1). On lit en haut du tableau l'inscription: Perronneau, peintre du Roy, en 1754, à La Haye. On verra plus loin que Jacques van Rynweld, « hollandois », signe au contrat de mariase du peintre. Ainsi, dès 1754, Perronneau s’acheminaïit vers la patrie de Rembrandt.
(1) Jacob de Kretschmar, seigneur de Wijk, Aalburg et Ween, plus tard général d’infanterie au service des Provinces Unies, né en 1721 et mort en 1792. Le pastel mesure 060 de hauteur sur 0246 de largeur à l’intérieur du cadre.
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Peinture (morceau de réception). 1753.
(Musée du Louvre)
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Il épousait Louise-Charlotte Aubert, fille de Louis-François Aubert. Nous ne connaissons pas de pastel ni de peinture de cet Aubert, dont Lazare Duvaux appréciait fort le travail, et qu'un brevet autorisait « à se dire et qualifier peintre en émail du Roy ». Il faut le distinsuer d’un autre Aubert, joaillier, qui laissa une collection de tableaux précieux, dessins, $ouaches, estampes dont le catalogue a été rédigé par A. Paillet. Nous ne pouvons affirmer s’il s’asit de M. Aubert, de l’Académie de Saint-Luc (1), dont le cabinet contenait une superbe collection de différentes branches de l’histoire naturelle et principalement de coquilles. Suivant une adresse $ravée par Choffard en 1756, « Aubert, marchand et $raveur, rue Saint-Jacques, près la fontaine Saint- Séverin, à l’enseisne du Papillon, donne avis qu'il a trouvé Ia véritable façon de fabriquer les papiers veloutés ou papiers d’Ansleterre en façon de damas et velours d’Utrecht, en une ou plusieurs couleurs, propres pour tapisseries, écrans à pieds, et devants d’autels, à Paris. » Louis-François Aubert, comme tous les miniaturistes, était fort occupé, à cause de la mode qui voulait au’on introduisît des portraits dans les bijoux ; on relève dans le journal de Lazare Duvaux, en avril 1754, un beau spécimen de son travail, une tabatière d’écaille piquée, en cage, à contours, la Sarniture en or émaillé de rose par Aubert, au retour d’une vieille $Sarniture d’or, dont M”° de Pompadour avait fourni le dessin, et que l’antiquaire estime à 920 livres.
Le contrat (2) fut signé le 3 novembre, par devant Maître
(1) « Aubert (Louis-François), peintre en émail du Roi, reçu le 23 septembre 1747, rue du Four-Saint-Germain (Liste), + 29 octobre 1755, rue du Four. (Son scellé, t. II, p. 215). » Liste générale des maîtres peintres et sculpteurs de la Communauté de Saint-Luc de la ville de Paris, publiée par Jules Guiffrey dans l’Histoire de l’Académie de Saint-Luc.
(2) Contrat de mariage de Jean-Baptiste Perronneau (à peu près in-extenso):
Actes Mariage des 3 novembre 1754. Not. de Paris.
Fait en parchemin. (Dix sols.)
Par devant les Conseillers du Roy, Notaires au Chastelet de Paris soussignés, furent présens sieur Jean Baptiste Perronneau de l’Académie Royalle de Peinture, majeur, fils de
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Desmeures. Les futurs époux reconnaïssaient un apport de six mille livres deniers, quatre mille livres en meubles et linge, seize mille livres de douaire. On retrouve dans les sisnataires du contrat la même variété de situations sociales que dans les modèles du portraitiste, et de précieux indices pour les portraits qui n’ont pas encore été identifiés: Jean-Louis de Gontaut-Biron,
feu sieur Henry Perronneau, bourgeois de Paris et de Damoiselle Marie Geneviève Frémont cy-devant son épouse, à présent sa veuve, ses père et mère de laquelle d® sa mère le d. sieur Jean Baptiste Perronneau a dit avoir le consentement pour son mariage cy-après; demeurant à Paris rue Fremanteau, parroisse Saint-Germain l’Auxerrois pour luy et en son nom d’une part.
Et sieur Louis-François Aubert ,Peintre du Roy en émail et damoiselle Marie-Antoinette Rapilliar Duclos son épouse qu’il autorise à l’effet des présentes, demeurant à Paris place Dauphine, parroisse Saint Barthélemy, stipulant tant en leurs noms que pour Damoiselie Charles Louise Aubert leur fille mineure demeurante avec eux à ces présentes et de son consentement pour elle et en son rom d’autre part.
Lesquelles parties, en la présence et de l’agrément de Très haut et très puissant seigneur Monseigneur Jean-Louis de Gontaut de Biron, Duc de Biron, Pair de France, abbé de Moisac et de Mr Michel Bouvard de Fourqueux, Procureur général de sa Majesté en sa chambre des Comptes comme aussy en la présence et du consentement des parens les amis du d. sieur et de la dite delle, futurs époux, savoir dud. futur époux de: M. Louis Jean Gaignat, Ecuyer, conseiller secrétaire du Roy, Maison couronne de France et de ses finances, Receveur général des Censignations des Requestes du Palais, M'e Louis Félix de Boustancourt, Ecuyer prestredocteur de Sorbonne, Mr Barthélemy Augustin Blondel Dazaincourt, Lieutenant colonel d'Infanterie, chevalier de l’ordre royalle militaire de Saint-Louis, Intendant des Menus- Plaisirs du Roy, sieur Charles Girard, marchand orphèvre, sieur Jean Baptiste Massé, Conseiller de l’Académie Royalle de Peinture et sculpture, sieur Peter de Pape, bourgeois de Paris, d° Marie Agnès Dubois, son épouze, sieur Isaac van Ryneveld, holandoiïis, sieur Louis Depape fils, sieur Jean Baptiste Lafontaine, sellier des petites Ecuries du Roy, sieur Jean Louis Barante, bourgeois de Paris, s° Louis Daniel, banquier à Paris, sieur Laurent Cars, graveur du Roy, M° Gérard Baudet, avocat au Parlement, sieur Julien Leroy, horloger du Roi, sieur Philippe Charles Legendre de Villemorien, administrateur général des Ports, sieur Jean Laroche, arquebuzier du Roy, sieur Sauveur Laroche, aussy arquebuzier du Roy, sieur Jacques Billaudel, intendant ordonnateur des Bastimens du Roy, controlleur du chasteau de Choisy, s' Charles Duruisseau avocat au Parlement, tous amis.
Et de la part de la damoiselle future épouze, de M' François Joseph Marteau, graveur des Médailles du Roy et de d® Geneviève Girard son épouse, oncle et tante, d°lle Marie Françoise Aubert fille, sœur, M. Charles François Aubert de Rigny, Procureur au Parlement, cousin; D'ies Geneviève et Victoire Marteau, fille et cousines, dlle Geneviève Colin, fille, sieur Jean Ducrottoy, marchand orfèvre, sieur Jacques Charlier, Peintre du Roy, sieur Michel Ange Charles Challe, Peintre ordinaire du Roy, dlle Madelaine Nérot, sieur Claude Charles Dominique Tourolle, de Charlotte-Félicité Tourolle et de d® Marguerite Françoise Cocquelin fille, tous amis.
Ont voiontairement reconnu, fait, réglé et arresté les conventions du futur mariage d’entre