‹ J.B. Perronneau (1715-1783) sa vie et son œuvre 1923Chapitre 30 sur 107 · RE · texte numérisé non relu

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$Sénéreusement ouvert et sur lequel tranche, d’une manière piquante, un ruban noir, noué autour du cou (pl. 20) ; le visage est $racieusement incliné, avec des yeux à la fois tendres et rêveurs, une expression léSèrement ironique, un $rand front, auréolé de cheveux poudrés et relevés sur lesquels se pose léfèrement une coiffe aérienne de dentelle. Cette œuvre et la précédente sont sisnées, en haut et à droite, à la mine de plomb. Le troisième pastel (1) fisure un homme encore jeune, tourné de droite à gauche, resardant de face et, comme on dit, laissant venir(pl.21) ; les cheveux sont frisés sur les tempes en marteau, noués sur le cou en catogan, les yeux fins, les sourcils bien marqués ; l’habit de velours rose s’afrémente d’un jabot blanc ; le tableau est ésalement sisné en haut à la mine de plomb. Le quatrième est loin d’avoir la qualité des trois précédents. Est-ce la faute de l’artiste qui ne semble pas avoir atteint ici à la désinvelture et au brio des ouvrages qui précèdent ? Est-ce au contraire le fait de cette demoiselle Journu qui manque décidément de $râce, malgré la somptuosité de son collier de perles et de son costume bleu encadré de cygne ? En tout cas, cette dernière œuvre n’est pas

signée (2).

En 1758 il n'y eut pas de Salon à Paris, mais à Toulouse, et 1758 Perronneau y figurait avec quatre portraits (3). Suivant le livret, l’un d’eux ne portait pas de désignation; l’autre était celui de M. Dujon, peintre toulousain (4), ami de l'artiste. Deux autres enfin figuraient M. le marquis de Mirepoix, Brisadier des armées du Roi, et M” la Marquise. M. le duc de Lévis-Mirepoix, leur descendant, a bien voulu nous écrire de son château de Léran

(1) Ces trois pastels faisaient partie de la collection Demotte.

(2) Collection Demotte.

(3) Cf. L’Art à Toulouse. — Les « Salons de peinture », par le baron Desazars de Montgailhard dans les Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, 1901, in-4°.

(4) Dans l'Histoire de l'Académie de Saint-Luc, par Jules Guiffrey ,est mentionné un peintre du nom de Charles Dujon, reçu en 1784, rue du Faubourg-Saint-Denis, député en 1786.

qu’il possédait plusieurs portraits du marquis de Mirepoix, brigadier des armées du roi et de la marquise, sa femme, et notamment deux très jolis pastels non signés, mais qui peuvent bien être les deux portraits exposés par Perronneau au Salon de Toulouse. Ce n’est malsré tout qu’une supposition et les archives de Îa famille de Mirepoix ne contiennent aucune indication à ce sujet. I! s’agit probablement de Louis Marie-François-Gaston, marquis de Lévis-Léran, mousquetaire de la Garde du roi en 1744, colonel du régiment royal de Marine-Infanterie, en novembre 1745, lieutenant-Sénéral au $ouvernement de Bourbonnais, qui se trouvait, avec son régiment, à la conquête de l’île de Minorque, fut fait, en juillet 1756, brigadier des armées du roi et, le 25 septembre 1757, mis en possession de la totalité des biens du maréchal de Mirepoix, dont ïl était le neveu. Il avait épousé, en août 1751, Catherine-Agsnès de Lévis-Château- Morand, sa cousine, née en 1736, fille aînée de feu Charles- François, comte de Lévis, lieutenant $énéral des armées du roi. La mention de M. Dujon, « peintre toulousain » et ami de l'artiste, la participation importante de Perronneau au Salon de Toulouse, son abstention à l’Académie, tout nous fait supposer un voyage à Toulouse en 1758.

Nous sommes mieux documentés quant à l’année 1759. L’Académie, dans sa séance du 16 janvier, reçoit « une lettre de compliment de M. Peronneau, académicien, présentement à Lion ». Dans son Livre de Raison (1), Jacques-Charles Dutilleu écrit : « C’est en 1759 que j'ai fait faire mon portrait et celui de ma femme (2).» Ce Dutilleu (3), né à Paris en 1718 et mort à Lyon

(1) Publié et annoté par F. Breghot du Lut, Lyon. Imprimerie Mongin-Rusand, en 1886, gr. in-8°, p. 37.

(2) Le portrait du mari est passé entre les mains de M. Lasquin, à la vente de la collection de M. Jacques Doucet, puis dans la collection de M. Georges Dormeuil; l’autre se trouve dans la collection de M. Léon Michei-Léyy.

(3) On connaît un autre Dutilleux, peintre, rue Saïinte-Marguerite, faubourg Saint-Germain, qui a exposé au Salon de 1753: un panier de pêches, des tulipes, différents légumes et animaux, une corbeille de fleurs et quelques fruits, etc.

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L’ABBÉ JOURNU

Pastel. Signé et daté 1757.

À M. Demotte)

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le 30 octobre 1777, avait travaillé quelque temps à Paris sous la direction d’'Oudry. Dessinateur à Lyon, puis fabricant, sous la raison sociale Dutilleu et C*, il fut inscrit en 1747 sur le livre de la communauté des maîtres fabricants et nommé maïître Garde en 1760, par dérogation exceptionnelle aux statuts qui excluaient de cette charge tout fabricant né en dehors des provinces désisSnées. Sa femme, Benoiïte Sacquin, qu'il avait épousée le 8 janvier 1753, naquit à Lvon le 7 mars 1731 ; elle lui donna, avant 1759, trois fils, dont un mort en nourrice, et devait lui en donner un quatrième, à la fin de cette même année. L'homme apparaît à 41 ans, tel que nous le montre son Livre de raison, correct, honnête, cordial, vertueux, si la vertu consiste à dominer sa passion. La monotonie de la composition est sauvée par un arranfement exquis de complémentaires: un habit abricot, un gilet de Ia même nuance, doublé de fourrure, car l'hiver est rude et la Saône est $elée, un fond de bleu rompu de jaune, un tricorne passé sous le bras, voilà pour encadrer ce visage limpide, aux yeux bleus, dont la franchise s’accommode fort bien du tour de cou en linon blanc et de l’habituel jabot de dentelle. Elle, a vingst-huit ans : son large décolleté, s’entoure d’une ample draperie bleue, qui rappelle l’Olympe mythologique de Nattier ; un nœud de ruban attache sur le cou un esclavage de perles ; dans les petites frisures des cheveux poudrés en tapé, quelques fleurs rappellent le bleu de la toilette et répondent aux ors du fond. Avec ces deux portraits, nous entrons dans la société lyonnaise du XVIII siècle qu’évoque le Livre de Raison de Dutilleu: car il est probable que Perronneau ne dut pas s’en tenir à la famille de Dutilleu.

De Lyon, Perronneau s’en fut en Italie, à Turin, puis à Rome. En effet, dans une lettre (1) à Marigny, de Rome, le 28 mars

(1) Correspondance des directeurs de l’Académie de France à Rome avec les surintendants des Bâtiments, publiée d’après les manuscrits des Archives nationales, par Anatole de Montaiglon et Jules Guiffrey. Tome XI, 1754-1763. Archives nationales, O1 1940.

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