SAUT RER
1759, Natoire, directeur de l’Académie de France, déclare: « M. Peronot, peintre en pastel et arrivé depuis quelques jours à Rome; ses affaires l’enpêcheront de faire un long séjour ; à paine verat-il les principalle chose. Je suis... Natoire. »
Une lettre (1) envoyée par Perronneau à Dutilleu nous indique de quelles affaires il s'agissait :
« Monsieur,
« Il i a lontemps que j'aurois eu l'honneur de vous écrire si je n’avois eu envie de voire monsieur Bachelier, qui est introuvable, estant à la Cour ou à Sèvres: je l’ay vu et lui ay fait vos compliments, et aussi sur plusieurs de ses ouvrages dont il fait une lotterie ; c’est très beau. Il nous a donné un grand tableau d’une Résurrection, peint d’une manière trouvée par M. le c. de Queylus, qui est de peindre à fraisque et, quand cela est fini, de passer à l’huile par derrière. Je ne croi pas cette façon bonne.
« Je ne vous ay point écrit aussi parcequ'étant arrivé à Paris, j ay trouvé les affaire de famille pour des partages et arrérages de terre si embrouillé que j’ay esté obligé d’aller en Champagne où tout est terminé et arrangé. J’y ai trouvé de la mauvaise foix, du moins de la négligence pour des orfelins, des maisons point loué depuis quatre ans, des réparations exorbitante, enfin le revenu depuis la mort de mon beau-père sans fruit. Quant à Paris, il n’i a point d’arsent, beaucoup de manquemant de parolle de $ens qui ne paient qu’en parti. Enfin j'ay haté mon voyage d'Italie affin de terminé mes affaires et aussi de me montré au sallon; mais je le continuerai peut-estre cet hivert; je verrai Milan, Gennes, etc. C’est Mgr le prince Charles qui me décidera ; il est fâché que depuis quatre ans son $rand portraict ne soit pas fini.
« Je ne puis assé vous remercier à tout égard des bontés dont vous m'avez honoré à Lion; j’en sens tout le prix. C'est aussi par
(1) Cette lettre appartenait à M. Maurice Tourneux.
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le sincère attachement que j’ay pour vous, monsieur, que j'ay été mortifié de ce que vous prite dans un sens moins avantageux la lettre que jeu l’honneur de vous écrire de Turin, mon intention n'ayant esté que de vous donner le témoisÿnagse de ma bonne volonté à vous servire ; je vous doit exactement tout ce que j’ay fait à Lyon ; je vous en proteste ma sincère reconnaissance. Vous auray une teste de moy que je vous priray d'accepter; je ne puis vous dire quand; ce ne sera pas pour macquitter, mais comme un tribu de tout ce que je vous doit. Assuré Madame de mes obéissanses ; je lui soitte une bonne santé. Ditte bien des choses pour moy à monsieur Hémard ; je ne puis assé le remercier des marques d’amitiés qu’il m'a témoigné ; j’assure aussi de mes respects Madame Hémard. |
« J’ay l’honneur d’estre, monsieur, avec bien de la reconnaissance,
« Votre tres humble et très obeissant serviteur.
« PERRONNEAU.
« À Paris, ce 1er Sbre 1759,
« Mon adresse est à l’Empereure Tibere, quay de la Mégisseme. Bien des compliments, s’il vous plaist à M. Douet que j'estime à tout ésard. »
Perronneau ayant passé par Lyon, Turin, Rome et... la Champagne, était arrivé à Paris au mois de mai; le 26, il signait aux procès-verbaux de l’Académie et, le 23 août, il arrivait au Salon du Louvre avec huit portraits, ceux de M. Vernet, de M. Cars, de M. Cochin, de M. Robbé, et « quatre têtes d'hommes » classées sous le numéro 64, sans plus de commentaires.
Trois lettres de Robbé de Beauveset à Desfriches (1) montrent que les portraits de Cochin et de Robbé étaient commencés
(1) Collection Ratouis de Limay. — Pierre-Honoré Robbé de Beauveset, poète licencieux de l’école de Piron, né à Vendôine, en 1714, mort à Saint-Germain-en-Laye, en 1792, est l’auteur d'une Satire sur le goût de Mon Odyssée ou le Journal de mon retour de Saintonge, poème pour lequel Desfriches, son oncle par alliance, composa quatre vignettes qui furent gravées par Cochin, et de quantités d’épiîtres badines, d’odes, de contes licencieux.
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depuis lons$temps et nous renseignent sur la méthode de Perronneau. |
La première est datée de 1757:
« Ah, mon cher oncle, que c’est un cruel métier d’être manequin. Ce diable de Peirroneau exigea hier de ma complaisance que j’endossasse la casaque de soye de Mons. Cochin qui pendant ce tems-là étoit aux noces de M" Jombert dont, par parenthèse, je n’ay pas été prié. M. Jombert ju$eant apparament qu'il y avoit assés de beaupères, il exi$ea dis-je en outre que je tinsse le bras s$auche tendu ayant un porte crayon entre l'index et le pouce, et que je restasse dans cette $ênante attitude la journée entière, mon diner néanmoins prélevé sur ce tems-là. J’ay cru que le poids du levier que formoit mon bras étendu emporteroïit ma clavicule. Jamais Spartiate n’a poussé si loin la patience. Je me suis tenu comme un terme dans cette $sêrante attitude avec un bon serment cependant de refuser à jamais quiconque me proposeroit de faire de ma carcasse un homme d’ozier et de me manequiniser. Ainsi, mon très cher, quand vous verrés le $racieux minois de Cochin qui semble vous parler, vous dirés c’est bien la voix de Jacob, maïs ce sont les mains d’Esaü. Je vais chés mon peintre à dix heures pour recevoir ma dernière façon d’habit après quoi l’on enchasse le nouveau saint, dont la translation dans votre Musæum se fera après qu’il aura été exposé un mois à la vénération publique. »
La seconde est de 1758 :
« Nous partons sans faute, mon très cher, en chaise de poste, vendredy matin, pour arriver à diner à Villesasnon où nous ne resterons certainement que dix jours. Vous aurés de mes nouvelles dès que j'y serai arrivé. Ma tête est d’un fini étonnant; pas le plus léger trait ne lui est échappé. La séance de Samedy m'a cruellement fatisué. Peironeau m’a tenu sur les jambes une demi-journée entière, toujours dans la même attitude. Mon nés lui a fait souffrir les douleurs de l’enfantement ; il dit qu’il renon-
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PORTRAIT D'HOMME DE LA FAMILLE JOURNU Pastel. Signé. 1757?
(Ancienne collection Demotte)
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ceroit au métier s’il falloit qu’il accouchîit tous les jours de pareil nés. Il y trouve autant de finesses que Marcel trouve de choses dans un menuet. Il ne luy reste que l'habillement à achever. L’habit de soye bleue qu’il me taille relève on ne peut pas mieux sa figure. La tête sort de la toile et menace de l’épisrame quiconque la regarderoit de travers. Je ne scais si vous n’entendés pas le stile métaphorique. J’aurois dû pourtant vous y habituer. Je vous dis cela à propos de ce que vous ne me dittes rien des frais qu'il faut nécessairement faire pour me mettre en état de paroître décement au Salon. La glace et la bordure sont, je pense, une affaire de 30 ou 36 L. Il n’est pas naturel que Peirronneau les tire de sa poche ; j’en ferai les avances... J’emporterai là-bas le prologue de Boucher et, si la verve m’en dit, je le finiray en Brie. Je n’iray pas aujourd’hui chés Peirroneau parce que comme amateur j ay une loge de retenue à la $rève pour assister au spectacle que doit nous donner un graveur de mes voisins qui s’est avisé il v a eu hier huit jours d'assassiner de douze coups
de poisnard un huissier au Parlement dont il besognoit la
femme. »
La troisième est de 1759:
« Je serois inconsolable si quelqu'un vous faisoit sa cour avant moi. M° Thibout, à qui j'ay lu votre lettre et qui vous attend comme Vernet fait les $ens, je veux dire les bras ouverts, vous prie de vous prêter de bonne grâce à cet arransement... Mon bon Ange me fit dernièrement faire au Luxembouré la rencontre de Peirroneau. J’étois avec M° Thiboust. Je ne manquay pas à me plaindre bien haut du martire qu'il me fait souffrir en me tendant depuis sept ans sur le chevalet sans me donner le coup de $râce. Il sentit ce que cela vouloit dire et sur le champ le jour fut pris pour reprendre et continuer ma figure. Cochin est mon camarade de Grève, nous sommes sur le chevalet à côté l’un de l’autre. Trois vacations passées sur mon ébauche ne l'ont plus rendu reconnoissable. Je me vois sur la toile comme dans un
miroir. Il a volu que je lui récitasse des vers pendant sa composition et je le voiois saisir avidement et transporter rapidement sur la toile tout le feu qui sortoit de ma déclamation. Son intention est de me pendre au Salon en regard avec Mons Cochin et il compte que nous ferons deux pendus d’assés bonne mine. Vous y verrés aussi Verney qu’il a rendu avec toute l’âme qu'y auroït mis La Tour, et quelques autres que vous ne connoissés pas et qui sont très bons à voir. Le fâcheux de l’aventure c’est que ce n’est pas pour moi que Monsieur travaille et que c'est à vous que ce portrait est destiné de façon que je n’auray pas même le plaisir de vous en faire le cadeau. Ecoutés, M° mon oncle, quand je me donne, je me donne in puris naturalibus, c'est à vous à faire les frais de ma friperie si vous ne voulés pas voir à votre neveu les postères en un état d’indécence qui vous feroit honte. Je suis enchanté que M le Noir ait réussi à peindre aussi parfaitement ma Germaine aînée. Est-ce que nous ne verrons pas aussi le malin petit chat guettant sa proie sur la toile ? Il ne manque que cela pour compléter la famille. »
Le portrait de Robbé de Beauveset, fait pour Desfriches qui l’estimait 72 livres — au prix du temps — se trouve au musée d'Orléans. Le poète porte un habit bleu et l’habituel tour de cou en linon blanc avec un jabot de dentelle ; le nez est, en effet, caractéristique, et nous ne doutons pas que Perronneau ait dû en « souffrir les douleurs de l’enfantement ». Le « $racieux minois de Cochin » reste inconnu. Si l’on en croit la lettre de Robbé, le dessinateur tenait « le bras gauche tendu, ayant un portecrayon entre l'index et le pouce », avec « une casaque de soye ». La dernière phrase de cette lettre: « Je vais chés mon peintre à dix heures, pour recevoir ma dernière façon d’habit, après quoi l’on enchasse le nouveau saint, dont la translation dans votre Musæum se fera après qu’il aura été exposé un mois à la vénération publique », prête à la confusion. Robbé vient de dire qu’il pose au lieu et place de Cochin; il se pourraït que le portrait de