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toute la fin du XVIII° siècle la terre de La Fontaine, près d’Olivet, qui appartient aujourd’hui à M. d’Illiers, l’un de leurs descendants. Ces pastels, restés sur les bords du Loiret, et dans la même famille, se trouvent aujourd’hui chez le comte de Richebour$. Tous deux ont subi, dans le courant du XIX° siècle, des transformations destinées à leur donner la forme de l’ovale empire. On a recollé du papier sur les fonds et, à ce jeu, toute sisfnature a disparu. Toutefois, à droite et en haut du pastel de M°° Pinchinat, on a réécrit au crayon « Perronneau » et la date 1760. A défaut de cette indication, la facture des pastels dénote suffisamment la main du maître pour que nous n’ayions pas hésité un instant à les lui attribuer. Les lettres de Perronneau à Desfriches, montrant son intimité avec la famille Pinchinat, confirment cette attribution. M°° Pinchinat a mis son bonnet de dentelle, un collier de perles et une robe de soie bleue agrémentée d’une dentelle noire. Son mari porte un habit de soie rose avec un jabot de dentelle.
Nous estimons que les portraits de M. Boyer, armateur, d’une jeune femme « inconnue » et d’un enfant en costume de hussard bleu, que M. Arthur Veil-Picard avait prêtés à l’exposition de Cent Pastels, doivent remonter à la même époque, et cela pour une raison tirée de l’histoire du costume. Les cheveux poudrés de l'enfant, bouclés en ailes, débordent du shako ou bonnet de hussard dont la pointe allongée, renversée sur l'épaule droite, se termine par des pompons et de petites boucles de métal qui indiquaient, dans les résiments, combien de têtes avait coupées chaque hussard avec son $rand sabre recourbé. Il est revêtu du dolman, c’est-à-dire de la veste bleue à manches plates, relevée par des brandebourgs et des boutons d’or. La pelisse de drap bleu, doublée de peau de mouton, jetée sur l’épaule gauche et retenue par un simple cordon, est décorée de g$anses, de tresses et d'olives ésalement en broderie d’or. Ce manteau se mettait du côté que venait la pluie. L’enfant porte une bandoulière de
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soie, Salonnée comme elle l’était pour les corps d'élite, et allant de l'épaule droite vers le côté $auche; une petite cravate de linon blanc rayé met un nuage très doux à ce visage rosé. Ce n'est que vers 1760, après maints changements, que le costume, jusque-là étranger, se francisa, et qu’en 1760 que le costume fut bleu de ciel, dit « de hussard », pour devenir ensuite vert avec shako et culotte rou$e. Or, le charmant petit hussard est le fils de M. Boyer, armateur, si agréablement vêtu d’un habit et d’un silet vieux rose, avec un tour de cou en linon blanc et un jabot en point d'Angleterre; peut-être sa mère est-elle la « femme inconnue » qui lui ressemble étran$sement, accompagne sa £râce mutine d’un charme jeune encore, et harmonise, comme lui, à sa joliesse blonde, des tonalités bleues ou noires. Avec M. Boyer, nous pénétrons dans la société bordelaise du XVIII siècle. M. Boyer, armateur, était l’ami de Le Kaïin. Les archives de la Gironde ont publié des lettres de Le Kain à Boyer. Le Kain vint même à Bordeaux pour lui recommander son fils, désireux de s’embarquer pour l’île Bourbon. À cette époque, Perronneau demeura quelque temps à Bordeaux.
De 1à, il se rendit en Hollande. La Hollande était fort à la mode dans ce temps chez les artistes et chez les amateurs de France. Comme Ia France, elle avait ses Lally Tollendal, ses Suffren, et cherchait à compléter l’exiguité de son territoire par la hardiesse de ses entreprises. Rien d’étonnant à ce que les Boucher, les Desfriches, les La Tour, les Perronneau aient voulu voir ce pays où se retiraient des nababs, où les navires débarquaient les trésors des Indes mystérieuses, où Rembrandt, Hob. bema et Ruysdaël avaient vécu. C’est là qu’en 1766 Boucher accompagnera l’amateur Randon de Boisset. C’est à Amsterdam qu'en 1766 Desfriches achètera des tableaux hollandais de M. Fouquet, marchand. C’est à Utrecht, dans le même temps, que La Tour, hôte de la famille de Tuyll, au château de Zuylen,
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fait le portrait d’Isabella Agneta Elisabeth van Tuyll, dite Belle, de Zuylen, la future Madame de Charrière. C’est à La Haye ou à Amsterdam que Perronneau, en 1761, court après la fortune (1).
Le portrait de Gérard Meerman (2), conseiller et syndic de Rotterdam, au museum Meermanno-Westreenianum de la Haye, pourrait-il dater de 1747, année pendant laquelle Meerman se trouvait en France ? La tête est-elle bien celle d’un homme de vingt-cinq ans, Meerman étant né en 1722?
Puis ce fut le tour du baron Daniel Hogguer, échevin d’Amsterdam. Il s'intéresse à notre artiste, héberse La Tour ; il semble avoir assuré aux Français de passage à Amsterdam une hospitalité cordiale, une table « hollandoiïise » et avoir tenu pour eux, avec eux, une véritable cour d'amateurs. C’est dans sor entourage que Perronneau a dû connaître ses autres modèles et notamment un autre échevin d'Amsterdam, Gérard Arnout Hasselaer (3), bour$mestre de la ville, né en 1690 et mort en 1766. Cet Hasselaer est sans doute « M. Hasslard, £sentilhomme hollandois », auquel Joseph Vernet, dans son Livre de Raison, consigne avoir livré six tableaux en toile de quatre palmes de large. Le portrait qu’en a tracé Perronneau est bien dans la manière
(1) La date de ce premier voyage est donnée par une lettre de Perronneau à Desfriches en 1772.
(2) Gérard Meerman est l'auteur d’un ouvrage, en deux volumes, intitulé : Origines typographicæ, Gerardo Meerman auctore, 1765. Trois années auparavant, il avait fait paraître un : Plan des origines typographiques, traduit du latin en français. Amsterdam et Paris, 1762, in-8° de 124 pages.
(3) Nous devons à l’obligeance de M. Staring, communication des précieuses indications suivantes :
Ce Gérard Arnout Hasselaer (1690-1766), fut plusieurs fois élu bourgmestre d'Amsterdam (notamment en 1761, 1762, 1764). En 1763, il a 73 ans; c’est bien l’âge du modèle du pastel de M. Kronig. Sa fille Catharina Elisateth épousa, en premières noces, Lieve Geelvinck, mort en 1757, fils de Nicolaas Geelvinck, seigneur de Castricum (1706-1764), élu bourgmestre d'Amsterdam en 1747, mais déposé l’année suivante par le Stadhouder. C’est le « Guelwin » du livret du Salon de 1763 ou, peut-être, un de ses fils, Nicolaas (1732-1787), ou Joan (1737-1802).
Mme Lieve Geelvinck, née Hasselaer, grande amie de Belle, de Zuylen, appartenait (comme
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Srave qui sied à un échevin d'Amsterdam (1): le visase aux traits pincés s’encadre d’une perruque de magistrat bouclée avec une régularité volontairement monotone, et le rabat blanc tranchant sur la robe noire écarte toute idée d’indulgence et de fantaisie (pl. 24).
Ce sont deux autres $rands bourgeois de là-bas que Nicolas Geelvinck et Œsidius Willem Tollins, avocat à Amsterdam, né en 1699, mort en 1778. On peut voir encore, dans la collection du baron van Lynden van Nederhorst, à Soestdijk, quatre portraits, dont trois au pastel, certainement de Perronneau, remontent aux mois de mars et d’avril 1763 et dont le quatrième, une peinture, est du même artiste et de la même date, selon toute vraisemblance. Celui de Arent van der Waëvyen, fils de Arent van der Bruyn, né le 16 janvier 1684, mort le 1” août 1767, est signé et daté de mars 1763: le personnage a donc 78 ans ; depuis longtemps il fait fi de toute coquetterie ; le portraitiste a exprimé à merveille le chiffonnement flasque des joues, du menton et des $encives déchaussées, la solennité et l’ennui de cette perruque de procureur, le négligé de ce foulard ou plutôt de ce cache-nez(pl.25). Celui de Sara Hinlopen, née le 14 août 1688, son épouse depuis le 15 mai 1710, fille de Frans Hinlopen par Sara van Reygersbergsh, et morte le 1* juin 1775, porte la même date ; cette bonne vieille dame a donc 74 ans; les années semblent l’avoir recroquevillée douillettement dans sa robe de chambre, où s'épanouit larsement la flore du damas des Indes ; son visage auréolé d’une
les Rendorp de Marquette et les Boreel) à un cercle intéressant de Hollandais nobles ou patriciens, aux sympathies cosmopolites, mécènes par excellence des bons portraitistes venus en Hollande (La Tour, Perronneau, Liotard), qui cherchaient la compagnie des diplomates, des officiers étrangers et qui, avec les banquiers internationaux d'Amsterdam, encourageaient l'influence française ou anglaise sur la « bonne société ».
M. Staring suppose que les portraits de M. et de Mme Hogguer seraient les pastels, attribués à Perronneau, qui se trouvent au Musée de Genève. Il est d’avis que si le portrait de Me Hogguer peut, en toute vraisemblance, être donné à Perronneau, celui de M. Hogguer, au contraire, doit être attribué à La Tour.
(1) Ce pastel se trouve dans la collection de M. Kronig, à La Haye.