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sieur Peronneau on distingue les portraits en pastel de Monsieur et Madame Trudaine de Montigny et celui de Madame Peronneau faisant des nœuds. Les ressemblances en sont bonnes ; mais il semble que cet artiste ait néglisé la forme de la couleur qui était son partage. »
Seul Diderot se montre aigre-doux (1) : « Ce peintre marchait autrefois sur les pas de La Tour ; on lui accorde de la force et de la fierté de pinceau. Il me semble qu’on n’en parle plus. »
La même année, il exécutait le portrait (présumé) de M": Miron (2) dont l’arran$sement et la couleur ne diffèrent pas sensiblement de sa manière préférée : cheveux poudrés, un esclavase de perles autour du cou, large décolleté ; la mantille de tulle noir, garnie sur les bords d’une dentelle de Chantilly, laisse transparaître la nuance bleue du corsage en taffetas ; un devant de corselet en soie rose s’orne du « parfait contentement » ; la modestie voile la chair opulente de cette personne mûre ; c’est une harmonie de bleu, de rose, répondant aux fonds jaunes.
En 1764, il n'y eut pas de Salon. Perronneau change de logis, et vient habiter rue de Cléry, vis-à-vis la rue du Gros-Chenet, où il restera jusqu’en 1769. Il signe aux procès-verbaux de l’Académie, le 23 août et le 31 décembre.
En 1765, l’académicien ne signe pas une seule fois aux procèsverbaux. Par contre, le livret du Salon mentionne, de lui, quatre portraits à l’huile et trois au pastel. Que sont devenus les quatre premiers ? M. Maujé, peut-être un procureur du présidial de Rennes; M Perronneau, la sœur de l'artiste; M. Denis, probablement le trésorier $énéral des Bâtiments du Roi, qui poussait souvent dans les ventes pour le compte de M”° de Pompadour ; une tête, en ovale ? Le sort des trois autres reste aussi
(1) Salon de 1753.
(2) Ce pastel a passé à la vente des 11-12 juin 1920 (Galerie Georges Petit).
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LAURENT CARS Pastel. 1759.
(Musée du Louvre)
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mystérieux: M" de Bossy, M" Pinchinat en Diane, qu'on se souvient avoir vu dans la famille d’Illiers (1), descendante des Pinchinat. Seules, la date et la signature du portrait de femme de l’ancienne collection de M. Camille Groult nous font supposer qu'il s’agit de M”*° Miron.
Perronneau eut une « bonne presse ».
Les Affiches, annonces et avis divers, du 11 septembre, déclarent : « Le Salon est à l’ordinaire amplement $arni de portraits. Ceux de M. Perroneau, tant à l’huile qu'au pastel, se font toujours remarquer.» Mathon deja Cour écrit(2) : «M. Perroneau a fait exposer plusieurs portraits à l’huile et au pastel, qui paraissent dignes de soutenir sa réputation. Celui de Mademoiselle Perroneau est peint avec beaucoup de hardiesse. » Mathon de la Cour fils (3) ne se compromet pas davantage : «M. Perronneau, académicien, a aussi donné plusieurs portraits à l'huile et au pastel, qui ont fait plaisir et d’un heureux succès. » Le Mercure de France, dans son numéro de novembre: « M. Perroneau en avait mis plusieurs tant en huile qu en pastel et tous méritaient de justes éloges. » De même, l'Année littéraire: « M. Peronneau en a exposé tant au pastel qu’à l’huile qui sont très spirituellement dessinés et du faire le plus facile et le plus léger. » De même, le Journal encyclopédique: « Aussi passons-nous rapidement sur... plusieurs portraits à l’huile de Monsieur Peronneau, distinsués par la correction du dessin et par l’ensemble d’une tête mais à qui l’on reproche de négliser un peu la couleur jusques dans ses pastels, qui n’ont ni l’éclat ni le brillant dont cette manière de peinture est susceptible. » Diderot s'incline: « Parmi ses por-
(1) M. Caiïlleux, expert, possède un pastel de jeune femme tenant un arc, qu’il dit être celui de Mie Pinchinat, en Diane.
(2) Ile Lettre à M. *** sur les peintures, les sculptures et les gravures exposées dans le Salon du Louvre, en 1765.
(3) Critiques des peintures et sculptures de MM. de l’Académie royale, l’an 1765. Lettre à un amateur de la peinture.
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traits, il y en avait un de femme qu’on pouvait resarder, bien dessiné, et mieux dessiné qu’à lui n'appartient. Il vivait et le fichu était à tromper. »
Perronneau semble avoir passé à Orléans une bonne partie de l’année 1765. II y avait pour modèles M° Pinchinat, M. Robert Soyer et M. Raguenet. Robert Soyer, l'ami Soyer, comme on disait dans la famille Desfriches, in$énieur des Ponts et Chaussées, né à Paris en 1717 et mort à Orléans en 1802, y avait construit, de 1751 à 1760, sur les plans des inspecteurs sSénéraux Pitrou et Hupeau, le pont sur la Loire où, dit-on, M°° de Pompadour fut la première à passer et dont la représentation des travaux a été plusieurs fois fixée par le crayon de Desfriches. Son attitude indique sa profession. Sous son bras, il a passé un carton vert, et de la main gauche il tient le compas traditionnel. Ici, comme dans le jeune homme aux trois roses, c’est une harmonie de rose et de vert, lilas-rose de l’habit, vert du fond, ésayés comme à l’habitude d’un tour de cou en linon blanc et d’un jabot de dentelle. L’habit doublé de fourrure semble prouver que le portrait a été exécuté en hiver.
On voyait autrefois, dans un château des environs d'Orléans, un portrait d'homme, signé et daté de la même année (1): le personnage, M. Raguenet, d'Orléans, vu de trois quarts, portait l’habit de velours rouge brique un peu passé, et un jabot de dentelle ressortant sur un fond $gris vert. La collection de Madame Fellows contient un autre portrait d'homme, vêtu d’un habit bleu à galons et à boutons d’or, d’un gilet de la même
(1) D’après une déclaration de M. Raguenet de Saint-Albin, descendant du modèle de Perronneau, rapportée par le docteur Garsonnin, au cours de la séance du 13 juin 1913 de la Société archéologique de l’Orléanais, ce tableau n’était pas signé quand il quitta la famille Raguenet de Saïnt-Albin. D’autre part, dans une note parue dans le Bulletin de la même société (année 1913), M. P. Jouvellier indique que Raguenet de Saint-Albin n’était pas échevin en 1765. « De 1760 à 1775, il n’occupe aucune fonction municipale. Auparavant, sans doute, pas davantage. En 1776, un M. Raguenet, demeurant rue des Minimes, est députénégociant à l'Hôtel de Ville. En 1777, il devient échevin et l’est encore en 1779: sa rue s’appelle alors rue d’Illiers. »
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nuance, tenant sous le bras un bicorne galonné, et coiffé suivant une mode que le peintre ne nous a pas encore montrée: les pans de la coque qui noue les cheveux en catogan se prolongent et viennent entourer le cou en larges ondulations pour se perdre dans le jabot ; ce sont, en quelque manière, des dragonnes de rubans, des « chacones » comme on disait alors, en empruntant le nom d’un air de ballet qu’un danseur de l'Opéra avait esquissé en laissant flotter aïnsi ses rubans.
Par une coïncidence singulière, il existe dans la collection de M. René Benjamin un portrait d'homme qui offre quelque analogie avec le précédent. Quoiqu'il s’agisse d’une peinture à l'huile et non plus d’un pastel, d’un cadre rectangulaire et non d’un ovale, d’une figure de face et non de trois quarts, le personnage porte à peu près le même â$e, un habit de la même tonalité — ce délicieux bleu vert familier à Perronneau —, avec les mêmes £alons et boutons d’or (pi. 26). La figure est coupée à mi-corps, mais on ne voit plus cette fois de tricorne passé sous le ‘bras, ni de décoration par dessus le jabot de dentelle qui s'échappe du gilet entr'ouvert. Il semble bien aussi qu’il y aît plus de plénitude dans les traits, plus de bonhomie et d’esprit, un nez et des lèvres plus sensuelles. Sur le fond rompu d’or, en haut et à droite, on lit la signature de l'artiste ainsi orthographiée: perronneau, et la date de 1765. M. René Benjamin, que nous avons questionné, n’a pu que nous indiquer que ce portrait provenait du château de Saché, près de Tours, le fameux Saché d’où est datée une partie de la correspondance de Balzac, à 7 kilomètres d’Azay-le-Rideau, c’est-à-dire dans une région où on a retrouvé d’autres œuvres de l'artiste.
Une communication de M. Paraf à la Société de l'histoire de l’art français, en 1910, complète heureusement les indications que nous possédions déjà sur l’année 1765, en même temps qu’elle précise l’identité de l’homme aux trois roses qui date de 1756: « L'homme aux trois roses ne serait autre que M. Tassin de la
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Renardière. En effet, il existe un autre tableau du même personnage, exécuté par Perronneau en 1765, et dont la pose est presque identique à celui de la collection Groult ; l’habit est bleu avec un gilet rose, mais il n’y a pas de roses sur l’habit ; le tableau ovale a pour dimensions 0°66 x 050. Une inscription manuscrite, au verso, donne le nom cité plus haut et y ajoute que le personnage représenté était le père de M. Tassin d’Authon. {1 fait pendant au portrait de sa femme, de mêmes dimensions, également daté de 1765, au verso duquel se trouve l'inscription manuscrite : M”° Tassin de la Renardière, née Seurat. On voyait dans la collection Groult deux autres pastels de Perronneau représentant les portraits présumés de M. et de M”° Miron. Or, dans la famille orléanaise où se trouvaient les pastels de M. et de M”° Tassin de la Renardière, il y avait deux tableaux — non ovales — de dimensions 057 x 045, l’un d’homme, l’autre de femme, ce dernier absolument semblable à celui de la collection Groult, à quelques variantes près (le collier de perles est remplacé par un nœud bleu). Derrière le portrait de femme, on lit ceci: « Portrait de M” Miron de Portioux, fille d’Etienne Seurat de la Barre, propriétaire du château de Coudray, morte le 6 décembre 1824. » Elle était donc la sœur de M”° Tassin de la Renardière. Ce tableau est daté de 1765 et il est, sans conteste, celui du Salon de la même année ; car s’il s'agissait de celui de la collection Groult, le livret du Salon l'aurait indiqué comme ovale. Le pendant représente M. Miron de Porthioux (mort le 16 mars 1797) ; il est daté aussi de 1765 ; il offre de nombreuses ressemblances avec celui de la collection Groult ; maïs je ne puis certifier que les deux tableaux représentent le même personnage. Ces tableaux proviennent des descendants des Tassin et des Miron. »
La même année est enfin marquée par deux événements domestiques : le 29 décembre 1765, Perronneau acquiert au prix de 16.000 livres une maison située à la barrière de Montreuil,