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de tout commentaire. C’est tout au plus si Fréron (1) déclare: « M. Perronneau s'annonce toujours par une touche lésère et spirituelle. » Bachaumont (2) ajoute: « M" Perronneau, Roslin, Drouais le fils sont en possession de nous enrichir de Portraits ».…. Diderot est plus dédaisneux : « Perronneau fut quelque chose autrefois dans le portrait (3).» On trouve un autre écho de l'opinion publique dans les œuvres de De Piles (4), qui datent de 1767 : «La peinture en pastel a bien autant de partisans que la miniature. Plusieurs peintres de nos jours, tels que MM. de La Tour, Roslin, Lundberg, Perronneau, etc..., ont porté cette sorte de peinture à un très haut degré de perfection, et leurs portraits au pastel ne le cèdent en rien aux portraits peints à l’huile, tant pour la vérité avec laquelle ils ont rendu la nature, soit pour la force et !a vivacité des couleurs. » Et cependant, en 1767, nous trouvons la trace du passage de l'artiste à Orléans, à Bordeaux, à Abbeville. Si, comme nous l’avons indiqué plus haut, le portrait de la collection Potin est bien celui de Le Normant du Coudray, il justifie- rait du voyage de Perronneau à Orléans. En tout cas, c’est une œuvre d'une belle venue (pl. 27). Le personnage, vu de trois quarts dans un ovale de pierre, porte un manteau de taffetas du même bleu vert que la $amberluque d'Adam l'aîné; la collerette entr ouverte, les doigts repliés sur un portefeuille indiquent bien le désordre studieux d’un amateur d’art. La toile (5) est signée et datée, en haut de l’ovale, lésèrement à droite: Perronneau, 1767. À Orléans également, c’est un portrait de femme, conservé au musée de cette ville, auquel il a été offert par M. Gatineau, d’après une inscription fixée au dos du pastel. Cette femme porte au-dessus du front l’étoile du matin. Ses doigts nacrés s’ap-
(1) Année littéraire, par Fréron, 1767, t. VI, lettre IV. Exposition de peintures, sculptures et gravures de MM. de l’Académie royale.
(2) Mémoires secrets, Salon de 1767, lettre II.
(3) I1 attribue à Perronneau un portrait de femme fait par Roslin.
{4) De Piles, Œuvres diverses, 1767, t. III. De la peinture en pastel.
(5) Ce tableau provient de la collection de Mme Boursin.
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puient sur un coq qui, s’éveillant dans la lumière, chante son cri de joie. Son iarge décolleté s'accompagne de draperies blanches et violettes, les unes ar$entées de lumière, diaphanes comme les vapeurs de l’aube, les autres, sombres et opaques, rappelant les demi-rêves de la nuit, que l’ Aurore « aux doigts de rose » fait doucement s’évanouir. Tout ce charme frais flotte pour ainsi dire sur un fond vert, perlé de $ris, imprécis et vaporeux. D’après certaines notes consignées sur un inventaire de la collection de Desfriches, cette « Aurore » ne serait autre que M”* Perronneau représentée ici suivant la mode mythologique de l’époque.
On lit dans les Affiches, annonces et avis divers de Bordeaux (1), en cette même année: « Il a été perdu le 25 mars, entre la Bourse et le Château-Trompette, un étui de chagrin verd contenant un compas, un porte-crayon et un équerre d’argsent et où il y a écrit: par Butterfield. On prie ceux qui l’auront trouvé de le faire tenir à M. Perronneau, peintre du roi, place du Marché-Royal, chez M. Lagarde, rue du Parlement, vis-à-vis la rue des Lauriers ; il remettra douze livres à celui qui le rapportera. » C’est à cette époque que Perronneau a exécuté le grand portrait à l'huile de Bonaventure Journu (2). Le portrait de Journu est signé et daté 1767, en bas, à droite. Le personnage porte un costume de taffetas bleu, un foulard de mazulipatam rayé ; il est tourné de s$auche à droite, et regarde de face. Assis,
(2) L’Almanach des Curieux mentionne que: « M. Journu, négociant et juge de la Bourse, possède de très bons tableaux d'anciens maîtres, ainsi que des modernes comme de M. Vernet. Il a formé un des plus beaux cabinets d’histoire naturelle qu’on puisse trouver en province. On doit à son honnêteté la satisfaction de le voir dans on veut ». Il est également cité dans le Livre de raison de Joseph Vernet.
Ces portraits, ainsi que ceux que nous signalons à l’année 1757, ont été trouvés chez les descendants de la famille Journu, dans trois ou quatre châteaux des environs de Bordeaux ou dans des hôtels privés à Bordeaux même. Ils ont été achetés par l’antiquaire
Demotte et vendus en partie à New-York.
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les jambes croisées, il se détache sur un fond de tenture, désignant de la main droite, dans l’écartement de cette tenture relevée, des bocaux, des coquillages et des coraux (pl. 28).
Il n’est pas impossible qu’on doive aux mêmes circonstances le portrait à l'huile de Frédéric Hausen de Liliendahl, consul de Danemark à Bordeaux (1), que conserve la bibliothèque de l’Université de Copenhague (pl. 29). Le personnage, d’un certain âge, est vu de face dans un ovale de pierre. Il porte perruque $rise et visase à bajoues. L'’habit et le silet d’un rouge assourdi sont bordés de skun$gs ; un jabot de dentelle se rattache au col de lingerie. Un tricorne est passé sous le bras. La peinture mesure 0"88 de hauteur sur 0*70 de largeur.
Dans quelle ville a vécu le personnage qui se présente à nous dans un portrait de l’ancienne collection de M. Camille Groult, sisné et daté de 1767 ? L’homme est corpulent, la physionomie franche, le rasoût délicat de cet habit en velours rose violacé et de ce gilet en taffetas rose. Abbeville est sur la route de Hollande (2), Perronneau devait s'arrêter dans cette ville où l’on voyait encore, il y a quelques années, chez le comte van Robais, un portrait au pastel par Perronneau d'Abraham van Robais, né le 25 mai 1698, cinquième fils d'Isaac van Robais, et décédé le 31 mai 1779. Abraham van Robais donna ce pastel à son fils
(1) M. Mario Krohn, à la page 207 du tome II de son livre, intitulé: Frarkrigs og Danmarks Kuntsheriske forbindelse i det 18 Aarhundrede, indique que ce tableau est signé à droite: Perronneau, qu’il a été vraisemblablement exécuté en 1767 ou 1769, et qu’il est de grandeur naturelle. Nous devons ce renseignement à l’obligeance de M. Leo Swane, conservateur au Musée royal de Copenhague, qui nous met en garde contre l’inexactitude d’un petit livre de C. Desmazés, paru en 1854, et consacré à La Tour. Dans ce livre on assure, à la page 20, que Perronneau a été en Danemark. Notre correspondant s’inscrit en faux contre cette assertion.
(2) M. Jacques Doucet nous a indiqué qu’il y aurait trace dans le Bulletin d’une ancienne société d'Abbeville du passage de Perronneau en cette ville; Perronneau aurait fait annoncer par le tambour son arrivée et le prix de ses pastels.
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Josse Abraham van Robais en 1767 (1), ainsi qu'il était écrit derrière le portrait. Ce pastel, détérioré, puis restauré, passait aux mains d’un marchand, puis dans la collection Groult. Abraham van Robais, ayant neuf enfants, commanda deux répliques de son pastel à Perronneau. L'une fut exécutée en 1767, l’année même du mariage d’un petit-fils d'Abraham van Robais, appelé Samuël ; le pastel passa dans la famille Camp, alliée à Samuël van Robais et demeurant à Montauban, puis dans la collection Jacques Doucet, enfin au musée du Louvre. L'autre a appartenu à M. Henry Michel-Lévy et a été adjusée au prix de 17,000 francs à la vente du 4 juin 1923. II y a peu de différences entre ces trois répliques, de dimensions sensiblement équivalentes. Celle de la collection Camille Groult est d’une tonalité plus claire ; dans celle de l’ancienne collection Henry Michel-Lévy, la fisure semble rajeunie ; celle du musée du Louvre nous paraît typique (pl. 30). En effet, on y remarque dans le fond et dans l’habit de velours lie de vin, la tendance de plus en plus marquée vers les tonalités ambrées, vers les couleurs de soleil, vers la clarté. Et quelle étude humaine il a réalisé dans ce visage d’un vieillard de soixante-neuf ans , dont il marque à merveille le front jaune, le regard sinon éteint, mais refroidi, le plissage des yeux enfoncés dans l’orbite, la bouche qui tourne, qui rentre, parce qu'il n’y a plus de dents, mais dont la déchéance s’enoblit de la majesté d’un jabot de dentelle, et d’une perruque à la conseillère qui retombe sur l’épaule en tire-bouchon, en dragonne.
C'était une dynastie importante d’ Abbeville que celle des van
(1) En 1754, un Van Robais faisait construire une villa sur laquelle Sedaine a écrit une pièce de vers intitulée: « Bagatelle ou description anacréontique d’une maison de campagne dans un des faubourgs d’Abbeville ». Vve De Vérité, 1770, in-8. « Cette retraite, écrit-il dans l’Avant-Propos, feroit plaisir aux Dieux... mais il n’appartient qu’à la Vertu de l’habiter. Son jardin est un lieu délicieux où le philosophe le moins abstrait douteroit souvent de son existence. c’est une merveille enfin! » |
Le 18 décembre 1767, un Théophile Van Robais « entrepreneur de la Manufacture de draps fins établie à Abbeville, y demeurant, et Jeanne-Julie-Rosalie Vanrobais, son épouse », achetaient, à Saint-Maur-les-Fossés, une maison bourgeoise avec jardin et dépendances. (Archives de la Seine.)
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