‹ J.B. Perronneau (1715-1783) sa vie et son œuvre 1923Chapitre 40 sur 107 · DE EL · texte numérisé non relu

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laisse transparaître, comme une trame de jour, la robe de taffetas ciel. Quelle lésèreté dans ce tulle, quelle harmonie dans la robe qui semble faite d’un pan d’azur, d’où se détache, délicieusement chiffonné, le nœud pékiné bleu et blanc du « parfait contentement ». On dirait une écharpe tissée par l’argentin travail du brouillard. |

Nous avons reçu, en 1914, une lettre intéressante de M. Abel Jay, de Bordeaux. Il nous signalait qu'il possédait un portrait de famille attribué à Perronneau, mais ne portant pas de signature. Ce pastel ovale, de 058 x0”"47, dans un cadre ancien, représentait, sur fond $ris-bleu, une jeune fille, les cheveux relevés et poudrés, un ruban noir autour du cou, un corsage blanc décolleté bordé d’une dentelle, avec une écharpe de mousseline rose sur les épaules. Derrière le cadre, sur le papier ancien qui $arnissait le fond, on lisait ceci : « Mademoiselle Corrégeolles, la troisième, peinte par M. Peronneau de l’Académie de peinture, fait à Bordeaux au mois d’avril 1768 ». M. Jay nous assurait que ce portrait n’était jamais sorti de sa famille et nous donnait quelques rensei$nements précieux sur le personnage et le milieu auquel il appartenait. Il avait relevé dans l’ancien registre de l’église protestante de Bordeaux la mention suivante :

« Le 14 décembre 1774. Mariase de Jacques Clamageran, négociant, fils de Jean Bourgeois, avec Marthe Courrégseolles, fille de feus Isaac et de Mars. Biré. Présents: J.H. Baour, fils, Mars. Courréseolles de Balguerie, Baour fils aîné ».

M. Jay nous rappelait que Perronneau vint à Bordeaux à cette époque et qu'il y exécuta des portraits pour plusieurs riches familles protestantes qui étaient à la tête du commerce de la ville, notamment les Couderc et les Drawman.

L'année 1769 est féconde en renseis$nements. Perronneau écrit à Desfriches le 2 janvier 1770: « J’ay esté bien mortifiéz de ne

vous avoir point embrassé à Paris où je suis arivé très bien portant malgré les fatisgues d’un assé lon voiage, mais comme M°”° Perronneau croiait que j allois en Espagne elle avoit quitté le logement de Paris et a esté demeuré au petit Charonne. Cela m'a beaucoup fatisué de venir à Paris souvent à pied, ne trouvant pas toujours des fiacres au barières du faubourg St. Antoine. Je pence que cela (voyager) me seroit plus surement fructueux que de m'instalé avec un lo$gement cher à Paris où je serois seul car le bacanal d’enfant me distroiroit. »

Ce passage nous donne une indication sur la vie domestique de l'artiste lequel quitte son lo$gement de la rue du Bouloir pour venir s établir à sa maison du Petit Charonne qu'il avait achetée en 1765; cette indication concorde avec la liste annuelle des membres de l’Académie Royale. Perronneau fait allusion à un projet de voyage en Espagne qu’il ne peut réaliser entièrement. Il devait s'arrêter à mi-chemin, à Bordeaux, et son séjour en cette ville se place dans les premiers jours de l’année puisque le portrait de M*° Journu, la mère, fisura au Salon du Louvre qui s ouvrait au mois d'août. Ce portrait, à l’huile, signé et daté en haut et à doite: 1769, apparaît, au milieu de la grâce un peu superficielle du XVIII siècle, comme une étude exceptionnelle de gravité et d'humanité profonde ; par là, il s'apparente aux portraits de l’école hollandaise et à ceux que l'artiste a exécutés en Hollande. M”*° Journu est vue de face, les mains dans son manchon, les épaules couvertes d’une mantille noire, le visage auréolé d’une cornette blanche par-dessus laquelle est jetée une écharpe noire dont les pans viennent se nouer sur la blouse blanche, un peu au-dessous du collier de perles dont l’éclat paraît mourir auprès des chaïrs vieillies. Par un artifice in$énieux de mise en page, qui place la tête très bas dans le cadre, le modèle paraît affaissé en une attitude lourde et pesante. Et tout l'intérêt, toute la clarté se portent sur le visage pétri de vieillesse et vidé, sur les yeux de bonté qui illuminent le $rand front (pl. 33).

PORTRAIT D'HOMME Peinture. Signée et datée 1765.

(A M. René Benjamin)

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Le portrait présumé de M. Darcy (1) est aussi une peinture à l'huile. Quoiqu'il ne soit ni signé, ni daté, il offre toutes les apparences d'authenticité désirables (pl. 34). C’est une œuvre d’un grand caractère ; rien n’égale la dignité et l’ailure distante de cet bomme, dont le visage tourné, comme le buste, de sauche à droite, re$arde cependant de face et obliquement. Les cheveux poudrés et frisés à marteau auréolent la physionomie autoritaire, le front lumineux et le regard fin. Le rabat, par-dessus le large ruban bleu auquel pend la croix de Saint-Louis, est l’accompagnement attendu de cette figure, dans la psychologie qu’elle suppose.

Il faut ajouter à ces chefs-d'’œuvre les portraits de M”° Rateau, d’une jeune fille et d’une petite fiile qui se trouvaient dans la collection du docteur Azam, à Bordeaux, jusqu’en décembre 1899, pour se faire une idée de la moisson de Perronneau dans cette ville. Le livret du Salon mentionne celui de M”*° Journu la mère, tableau à l’huile de deux pieds trois pouces sur un pied dix pouces; celui de M. Darcy, de même s$randeur, à l’huile aussi ; celui de M. le Normand du Coudray, tableau d’un pied dix pouces sur un pied six pouces (au pastel), celui de M" Gaugy, tableau d’un pied huit pouces sur un pied cinq pouces. Il convient d’y joindre M"° Desfriches, ainsi qu'il ressort d’une lettre de Perronneau à Desfriches (2) : « Madame est bien bonne d’avoir eu ég$ard aux instances que je lui ay fait au sujet du portraict de Mademoiselle, et, vous, monsieur, de l’avoir aporté. Il a esté encore mieux placé que les premiers jours. Monsieur Chardin m'a dit qu’il vous le renvoiroit, je vous fait bien mes remerciment à ce sujet. » En effet, Chardin, « concierge » du Salon, se char$e de la réexpédition, comme en témoigne un

(1) Il ne saurait y avoir aucune identification entre ce portrait en buste et le portrait en vied qui figura au salon de 1769 et que Saint-Aubin a consigné, dans ses croquis, en marge de son livret de ce Salon conservé au Cabinet des Estampes.

(2) 2 janvier 1777.

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billet de M°"° Chardin à l'amateur orléanais (1) : « Le 7 octobre 1769. — Monsieur et ami, j’ay envoyer hier vendredy, après midy, au carrosse d'Orléans, rüe Contrescarpe, la quais qui renferme le portrait de Mademoiselle votre fille à votre adresse, il vous arrivera sûrement à bon port. »

Sur son exemplaire du livret, conservé au Cabinet des Estampes, Saïint-Aubin a croqué les œuvres exposées par Perronneau : on reconnaît M” Journu, les mains dans son manchon, M. Darcy debout, Le Normant du Coudray (au crayon, Saint- Aubin a ajouté : tenant un recüeil d’estampes), M" Gaugy, tenant des fleurs, M" Desfriches, et en note: « la joüe brüllée ». Que signifie cette remarque” Peut-être le commentateur a-t-il entendu par là l’accentuation des tons préférés, des tons ambrés répondant aux tonalités bleues de la robe ?

On ne trouve un supplément d'informations que dans le numéro d'octobre du Mercure de France ; dans sa lettre sur le Salon, Boulmiers déclare que « les Pastels de M. Peronneau ont un véritable mérite ; et, quoique le Faire de l’Artiste y disparoisse moins entièrement que dans l'exécution de M. de La Tour, ils satisfont néanmoins beaucoup les Amateurs. Il y a entr’autres une D" Gau$y, dans laquelle on apperçoïit avec émotion toutes les srâces d’une Nature naissante. »

Les autres critiques s’en tiennent aux observations $énérales. L'auteur de la Lettre sur l’Exposition des ouvrages de Peinture et de Sculpture au Sallon du Louvre de 1769 écrit : « Vous trouverés dans ses Portraits une touche de $out, des finesses de couleur, et un dessein spirituel ; mais il me semble que ce n’est pas en général le ton de la nature,elle n’est pas si heurtée, le local en est trop roux. »

Dans la brochure intitulée : Sentimens sur les tableaux exposés au Salon: « On lit avec plaisir cette manière facile d’écrire la nature dans les portraits de M. Perronneau. »

(1) Collection Ratouis de Limay. :

Une Lettre manuscrite adressée aux auteurs du « Journal Encyclopédique » au sujet des ouvrages exposés au salon du Louvre de 1769 nous dit: « L’on reconnoit encore dans les portraits de M. Perronneau quelques restes des talens qui excitaient les applaudissemens du public; ses pastels sont d’une lésèreté de ton qui ferait presque croire qu'ils s’effacent en les transportant des différentes villes où il les a faits. Il est singulier que M. Perronneau se soit déterminé à courir la province avec le talent qu'il a ; le séjour de Paris est le seul pour l’émulation et le bon goût ; et la fortune y réside toujours pour ceux qui la forcent à les favoriser. »

L’Avant-Coureur assimile Perronneau à La Tour: « Cet artiste (La Tour) ainsi que M. Peronneau, dont le salon nous offre aussi quelques portraits peints au pastel et d’autres à l'huile ne se contente pas de rendre la physionomie des personnes qu’il peint ; mais il exprime encore leur caractère distinct, et pour nous servir d’une expression familière aux Anglais «leur humeur ».

L’'Année Littéraire de Fréron (1) souligne les mêmes qualités avec quelque restriction: « Quelques pastels et deux portraits à l'huile de M. Péronneau ont mérité l'estime publique. Il est peu de peintres qui voient aussi bien que lui dans la nature, et dont l'œil y saisisse autant de finesses de détail. Ses ouvrages demandent à être examinés avec attention pour en sentir tout le mérite. Cependant (qu'il soit permis de le dire) il leur manque ce premier charme qui attire le spectateur, cet effet qui donne de la saillie et de la rondeur. Les lumières paroissent un peu éteintes, et les ombres manquent de vigueur dans plusieurs endroits qui en seroient susceptibles et qui donneroient tout un autre relief à ses compositions. Ce défaut léger ne lui fait rien perdre vis-à-vis des connoiïsseurs attentifs, mais le commun des hommes ne lui rend pas toute la justice qui lui est due.

(1) Lettre 13.

Diderot se montre dur: « Il faut que je me débarrasse, et vous aussi, d’une demi-douzaïine de pauvres diables qui ne valent pas ensemble une ligne d’écriture: ...d’un Perroneau qui semblait autrefois vouloir être quelque chose et qui a bien changé d'avis comme il paraît par trois ou quatre pastels faibles de couleur, fades et sans effet. » |

Même sévérité dans les Mémoires secrets de Bachaumonit (1) : « La multitude de Portraits, Monsieur, qui se présentent de toutes parts à mes yeux, m'oblise malgré moi d’en parler à présent, et de traiter cette matière aride et monotone que j'avais réservée pour la fin. En vain le Public se plaint depuis lonsgtemps de cette foule obscure de bourgeois qu’on lui fait passer sans cesse en revue... Grâces au malheureux £$out du siècle, le Sallon ne sera plus insensiblement qu’une galerie de portraits. Ils occupent près d’un $rand tiers de celui-ci ! Encore si l’on ne nous offroit que des hommes importans par leur état ou par leur célébrité, ou de jolies femmes du moins, ou de ces têtes remarquables par de $rands caractères, et qu’on appelle têtes à médaille, en termes de l’art. Mais que nous importe de connoître Madame Guesnon de Ponneuil, Madame Journu la mère, M. Darcy, M. le Normand du Coudray, M" Gousy, M. Couturier, ancien Notaire, Madame Couturier, M. l’ Abbé Jourdans, etc. Les noms ne flattent pas plus les oreilles que les figures ne plaisent aux yeux. On ne vante pas moins, par exemple, dans les têtes de M. de La Tour, le Roi du pastel, la beauté, le précieux fini de son faire, le $rénu moëlleux de ses chaïrs, qui en découvrant les pores presqu’imperceptibles de la peau, ne lui ôte rien de son uni, de son velouté. Ce s$enre de perfection le distinsue infiniment du pastel crû, dur, rembruni de M. Peronneau, dont les portraits à l’huile ont aussi un caractère de rudesse qui doit l’exclure à jamais de peindre les Grâces, maïs le rend très propre à tracer les rides de la vieillesse,

(1 ) Lettre II sur le Salon de 1769.

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Peinture. Signée et datée 1767.

(A M. Julien Potin)

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la peau tannée d’une paysanne ou la morgue d’un Turcaret. M. Valade a plus d’aménité dans sa touche... »

Heureusement les Affiches, annonces et avis divers réhabilitent l’artiste, le mettant en bonne compagnie: « On remarque aussi de très beaux portraits de M. de La Tour, de M. Roslin, de M. Peronneau, de M. Valade et de M. Drouais. »

De Paris, Perronneau se rendit à Abbeville avant la fin du Salon. Il écrit à Desfriches, le 2 janvier 1770, d’Abbeville: « J’ay profité de l’automne pour venir chez Monsieur Théophille Van-

robesse à Abbeville, faire le portraict de leur perre... Donné

moy de vos nouvelles chez M. Théophille Vanrobesse à Abbeville. » Il s’agit de l’automne de l’année 1769, ce qui nous donnerait la date et l’origine du portrait de l’ancienne collection Henry Michel-Lévy. Et en 1772, il ajoute: « J’ay fait des choses visoureuses à Abbeville dont M. Vanrobesse a quatres tableaux à Paris. » Que signifie ce mot à Paris? Nous l’isnorons, mais le comte van Robaïis a vu autrefois, à Abbeville, quatre pastels de Perronneau qui pourraient bien être les quatre tableaux précités : le portrait d'Abraham van Robais qu’il possédait : un portrait de M de Richemont qui appartenait alors à M. de Boiville; deux portraits de membres de la famille Duchesne de Lamotte. L'un d’eux, le portrait de Marie Charlotte de Buissy, exécuté en 1770 (1), à Abbeville, comme l’indique lui-même l'artiste à côté de sa signature au crayon, peint sur parchemin dans les tons chauds du portrait de van Robaïis, se trouve en possession d'une descendante du modèle de Perronneau. Dame de Buissy a les cheveux relevés en haut toupet et poudrés. Un filet de velours noir entoure le cou, et par dessus le corsage rouge falballassé de ruchons et de bouillonnés en soie naccarat, elle porte un fichu de $aze blanche.

(1) Une note ancienne, placée au dos du portrait, porte ces indications: « Madame de Buissy, peinte au pastel à 26 ans par J.-B. Perronneau, peintre du Roy. T. C., de l’Academy royal de peinture et sculpture. Abbeville, Janvier 1770 ». Le portrait mesure 0264 sur 053.

À propos d’une statue du sculpteur Pfaff, les Annonces et affiches de Picardie relatent, dans leur numéro du 20 janvier 1770, la présence de Perronneau à Abbeville : « M. Pfaff, célèbre sculpteur, résidant à Abbeville (1), vient de terminer la statue de sainte Angèle; cette figure a six pieds de proportion, est destinée à orner le maître autel de l’église des Ursulines de cette ville, elle est dessinée avec beaucoup de noblesse, son attitude est des mieux saisie, elle est debout auprès d’un priez Dieu tenant de la main $auche un livre ouvert et de la droite un crucifix vers lequel elle se penche affectueusement. La candeur et la modestie sont peintes sur son visage, tout y annonce l’amour divin dont cette vraie religieuse est pénétrée, son corps a toute la souplesse de la nature, il est adroïtement balancé sans perdre de grâce, la draperie laisse apercevoir toute l’élésance du nu, les plis en sont simples, lar$es d’une manière savante. Enfin cette belle figure a mérité non seulement l’applaudissement des amateurs des beaux-arts, mais encore un éloge plus distingué de la part de M. Péronneau, peintre de l’Académie Royale de peinture et de sculpture à Paris, qui est actuellement à Abbeville ; c’est d’après cette fisure, a-t-il dit à plusieurs jeunes élèves qui lui demandaient la permission de copier quelques-uns de ses portraits, que vous pourrez faire d'excellentes études ; je n’ai rien à vous offrir qui en approche ; à ce trait, on reconnaît le vrai mérite, il met en même temps le comble à l’éloge de M. Pfaff à qui un homme de mérite et distinsué par son $oût pour les arts a adressé cet impromptu :

« Angèle à ton ciseau doit sa nouvelle vie. »

Il existe, dans la collection de M. Georges Dormeuil, un por-

(1) Simon-Georges-Joseph Pfaff, né en 1715, à Vienne (Autriche), exilé à la suite d’un duel, vint s’établir à Abbeville en 1752. Il est l’auteur de deux statues en marbre blanc que l’on voit encore dans l’ancienne collégiale de Saint-Vulfran. — Voir la Généalogie du sculpteur Pfaff, sa vie et ses œuvres, par Ch. Wignier de Warre. Abbeville, 1897.

trait d'homme vêtu d’un habit vert bronze à touffes de passementeries et à boutons d’or, les cheveux noués en catogan, la main $auche engagée dans le gilet, signé et daté de 1770 (pl. 35). La physionomie offre une ressemblance frappante avec celle de l’homme aux trois roses, daté de 1756. La différence d’âge concorde avec la différence de date. S’agirait-il du même personnagse? Et, dans ce cas, Perronneau serait-il allé à Bordeaux l’année même du voyage à Abbeville ? Cela n’est pas impossible, si l’on en croit une lettre qu’il adresse à Desfriches le 2 janvier 1770, d’Abbeville, et dont nous avons déjà cité quelques passages : « Je voiray d’autres villes et repasseray par Orléans où à mon passage j aurois l’avantage de voire votre maison et Monsieur du Coudray et i peinderois l’époux de M”* Pinchinée (je ne sais pas son nom) ; de là j'irois à Lion ayant des connoissances pour cette ville, qui est aussi bonne que Bordeaux, mais il faut bien en fillé. »

Il semble donc que l’année 1770 ait été occupée à un véritable tour de France, d’Abbeville à Orléans, où il voudrait compléter le $roupe de M”*° Pinchinat et de M" Pinchinat en Diane par le portrait de « l’époux de M”*° Pinchinée », à Lyon, peut-être à Bordeaux, ce que tendrait à prouver le pastel de ia collection G. Dormeuil.

Un an après, jour pour jour, Perronneau est à Amsterdam. Nous en avons la preuve dans une lettre qu’il adresse de cette ville au marquis de Marigny (1):

« Monsieur,

« Il est de mon devoir de vous présenté mon respect, mes hommages (puisque vous êtes le Ministre du Roy pour nous), mais c’est encore mon inclination qui m’i engage ; bon, juste, éclairé, mêsme avant que le Roy vous eû choisi (puisque vous assossiate à votre voiage d'Italie des hommes d’un mérite très-rare), accoutumé de recevoir tant de sollicitations de personnes qui demande

(1) Archives Nationales, 0!, 1952.

et ne mérite pas toujours, vous recevez ces importunités par | Etat ;: écouté les mienne, Monsieur, avec intérois. Avant, je suis bien aise que vous sachiez une petitte anecdotte.

« Il i a environ cinq années que des personnes de qualitée voulois que je peisnissent le Roy et Mes Dammes, mais quelle ne voulois point que ce fut par la voie de Monsieur le Marquis ce Marisni (ce sont les termes dont on se servi) ; on prévint Mes Dames et je n’avois qu’à aller à Versailles ; je dis oui (ne voulant rien opposé), mais je parti de Paris à cette occasion ; il ût esté atrosse de ma par de l’entreprendre, si vous, Monsieur, ni ussent eu aucune part ; vous este la seul voie, et je ne suis pas capable de vous manqué. C’est la vérité que je vous expose.

« C’est en 1753 que je fus reçeu de l’academy. Plusieurs ont eu par aux bienfaits du Roy par votre Ministère qui n’ont été receü que depuis à tite de $râce et à tite de mérite, accordé moy, Monsieur, les mêmes avantages. Je puis i prétendre (non pas, il est vraie pendant des temps que je m’'étoit néglisé. Il i a des présomtions pour moy. J’ay perdüe la plus $rande partie de mon bien et il ne me reste que ma maïson du petit Châronne que M”° Perronneau habite, n'ayant plus d’apartement à Paris. Si cela n’étoit, je ne vous demanderoïs point un petit lo$ement pour recevoir le publique, n’importe où, alors je resterois à Paris pour faire honneur a vos dons et à ma patrie. |

« Je suis, Monsieur, avec un très profond respect, votre très bumble et très obéissant serviteur.

PERRONNEAU. À Amsterdam, chez M. Hogsguer.

Ce 2 janvier 1771. » |

Voici la réponse du marquis de Marisny (1) :

« J'ai reçu, Monsieur, la lettre par laquelle vous me faites part du désir que vous avez d’obtenir à Paris un logement qui vous

(1) Archives Nationales, 01, 1222, fol. 36.

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facilite les moyens d’y retourner et d’y travailler à réparer les pertes que vous avez faites. Il n’y a, au moment actuel, aucun qui ne soit occupé et je ne prévois même pas qu’il y en ait sitôt à ma disposition. Il peut néanmoins se présenter des circonstances qui me fournissent les moyens de vous obliger, et je ferai avec plaisir ce qui dépendra de moy pour vous mettre à portée de rentrer dans votre patrie et d’y faire usage de vos talens. Je suis, Monsieur, etc... »

À quelle catastrophe Perronneau fait-il allusion ? $es lettres nous le montrent à court d’arg$ent, préoccupé d’en trouver et résisné à courir le monde. Il disait en 1770 : « Monsieur de Fourqueux insiste pour que je soient stable à Paris, moy j'i trouve bien du temps à perdre et de la misère. » |

Il s’en fallut que le séjour de Hollande lui fût favorable. Le 14 mai 1772, de retour à Paris, il faisait part à son confident Desfriches de ses désillusions, dans une lettre (1) infiniment triste. La voici en entier, elle a son éloquence:

« Ce 14 may 1772.

« Monsieur et ancien amy (ce sont les meilleurs),

« Je suis arivé à Paris depuis quelque jours, ou je ne resteray pas long temp car il me paroît qu'il ne me seroit pas util ni fructueux dans ces circonstances, aussi n’ai-je veu personne que M. de Fcurqueux mon ancien amie et protecteur ; j’i ay diné avec un Monsieur Cadot, j'i ay aprie le mariasge de madame votre chèr fille. Monsieur de Trudaïne est à Montigny ; j'isnore si je le vairay avant mon départ car je veut suivre encore quelqu’année mes voiages ; il nous est arivé tant de malleurs, tant de pertes, qu’il faut les réparé de tout mon pouvoir. J’ay des lettres pour différents endroits. J’aurois désiré vous voire et vous

(1) Collection Ratouis de Limay.

embrassé à Orléans maïs je n’ay point de temp à donné à ce qui me feroit tant de plaisir, à moins que je nussent un ou deux portraict à i faire en passant.

« J’ay peint à l’huille notre amy Monsieur Fouquet à Amsterdam qui vous aime beaucoup, nous avons bu à votre santée et à celle de Madame et de Mademoiselle. J’ay trouvé la Hollande bien différente de mon ancien voiage ; ils ont perdu moitié de leurs rentes et sans M. et M” Hoggsuere et M. Rindorp, je n’u rien fait n'ayant esté occupé que lentement; on n'i a eù mil bontée pour moy, bien reçu, logé partout aux belles campagnes, l'autre voiase personne ne m'a invitée et ji ay plus $agné en six mois qu’en deux ans cette fois ici. Et voilà quatres mois que je ne fait rien ; au reste l'aire de la Hollande ne m'a pas esté favorable ; ils ont un paye si mal sain, j'aime les jens et point le paye. Honnoré-moy d’un mot de vos chères nouvelles, de celle de Madame que j assure de mes respects et Madame votre cher fille, aussi Messieurs Soyer, Le Normand du Coudrait et M son frère, Champremaux, Pinchinée, La Bare et nos amis. Je suis, Monsieur et cher amy, avec un souvenir toujours plein de reconnoissances,

Votre très humble et très obéissant serviteur. PERRONNEAU. »

« Si vous voiez M” Bénier (1), voulé vous bien lui faire mil compliments de ma part. Ecrivé-moy rue du petit Careau, à côtée de la rue du Bout-du-Monde, chez une m° Lingère à Paris. Donné-moy le plutôt de vos nouvelles. »

On relève dans cette lettre la durée approximative des deux voyages en Hollande. Le premier six mois, le second deux ans; on y remarque aussi les noms des amis de Perronneau. Le portrait de Hogguer, Perronneau l’avait exécuté en 1761, lors de

(1) Dans les Etrennes orléanaises de 1775, Mie Besnier est mentionnée comme « peintre en mignature », habitant rue de la Lionne, à Orléans, et donnant des leçons.

son premier séjour aux Pays-Bas. Peut-être, à son deuxième voyage, a-t-il portraicturé M” Hogguer ?

Nous ignorons ce qu’est devenu le portrait, peint à l’huile, de Fouquet, marchand de tableaux, qui a de bonnes raisons « d’aimer » Desfriches, qui lui vend des tableaux, et reste en correspondance avec lui. Le 4 juin 1772, il lui écrit précisément : « J’eai vue avec beaucoup de satisfaction M. Peroneau, et j'eai profitté d’une occasion qui ne se trouve presqe jamais et je me ferés toujours reproche de ne pas avoir proffitté de son offre $racieux. S il est encore chés vous je vous prie de l’assuré de mon

respec.» Par contre, il existait en l’église de Moïse et Aaron à Am-

sterdam, une peinture à l’huile signée et datée : 1771, représentant Petrus Woortman (1729-1791), prêtre catholique (1). L'esprit de dela physionomie compense un peu ce que la pose a dehiératique. Le visage, encadré des cheveux frisés en marteau, sourit doucement dans la lumière et atténue la sévérité de l’habit à brandebour$ss, de l’étole brodée de feuillages emblématiques et protégée — le détail est charmant — par un col de dentelle finement ajourée contre la profanation de la poudre tombée de la perruque.

Si l’on en croit la lettre de Perronneau à Desfriches, « ce Vendredy 1772 », on est tenté de donner cette date à toute une série de portraits d’après la famille Boreel. Voici le texte: « J’ay pein à l’huille en Hollande, mais ce voiage n’a pas été aussi fructueux que celuy de 1761, quoique l’on m’aye autant payez, mais peut de personnes m'ont occupé, ayant perdu eux-mêsmes sur la France et si ce n’ussent esté Monsieur et Madame Hosgsuere, M. Rindorp et M. Borelle, je n’ussent rien fait ; ils m'ont comblée de bontés, enfin je n’ay pas autant $agné en près de deux ans qu’en cinq mois, tout le monde de mesme a Amsterdam, et ma santé ni a pas esté bonne, l’aire estant si mal sain. »

(1) Nous disons: existait, car elle a été vendue par le pasteur et remplacée par une bonne copie; elle se trouve aujourd’hui dans la collection de Sir Philip Sassoon Bart, à Londres.

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La plupart de ces tableaux se trouvent chez le jonkheer Boreel van Hogenlanden, le descendant de la famille, bourgmestre de Harlem, en son château de Waterland, à Velsen, dans la banlieue de Harlem. C’est tout d’abord Jacob Boreel (1711-1778), fils de Jean Boreel, en perruque poudrée, en habit rouge brique, silet de la même tonalité, tour de cou en linon blanc et jabot de dentelle. L'œuvre, un pastel, est signée, mais non datée. Il en existe une réplique chez un membre de la famille, en Angleterre. Une autre réplique, sisnée et datée 1778, appartient au jonkheer G. S. Boreel, au château de Westerhout, près de Beverwük, également dans les environs de Harlem. $i le portrait original date de 1772, suivant le texte de Perronneau, le personnage est âsé de soixante et un ans; si nous en croyons la date de la réplique, il porte soixante-sept ans. L’examen de la physionomie — bien entendu, ce ne peut être qu’un indice — révèle plutôt soixante et un ans. En tout cas retenons la date de la réplique. Elle situe un nouveau vovage de l’artiste aux Pays-Bas en 1778.

Cinq autres portraits se trouvent au château de Waterland. Deux d’entre eux, des peintures de dimensions sensiblement équivalentes, représentent Jacob Boreel Jacobsz (1746-1796), fils du précédent, avec cette variante que les habits ne sont pas de la même couleur et que les profils sont tournés différemment. Même rigidité dans l’attitude du personnage, en habit brun, tour de cou de linon blanc et jabot de dentelle, les cheveux poudrés et noués en cato$san, un tricorne passé sous le bras ; même finesse aussi dans le visa$e modelé en pleine lumière. Ce Jacob Boreel Jacobsz fut le deuxième époux de Jeanne Barbara Voët van Winssen, autrefois femme de Théodore Boendermaker. Le portrait, à l'huile, de Jeanne Barbara porte à côté de la signature une date qu'il est difficile de lire, 1773 ou 1778 ? Nous penchons pour cette dernière date, puisqu’en 1773 Perronneau, par ses occupations, n’a pu avoir le temps d’aller en Hollande et que nous avons la preuve d’un voyage en 1778. Un filet de ruban fait

TS /.Malvaux

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