FRÉDÉRIC HAUSEN DE LILIENDAHL
Peinture. 1767?
(Bibliothèque de l'Université de Copenhague)
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valoir les chairs du visage et du décolleté ; elles s’enlèvent dans un corsage rose orné d’un ruchon étagé, le « monte-au-ciel » vers lequel les boucles du chignon retombent lourdement en « confident abattu ». Enfin, deux pastels représentent Willem Boreel (1744-1796), peut-être un autre fils de Jacob ; l’un n’est qu’une esquisse, effacée en partie ; l’autre est au contraire achevée et fort belle, dans sa souplesse et sa forme qui rappelle, par ses qualités, le portrait de Perronneau par lui-même.
Dans les premiers jours de mai 1772, Perronneau était de retour à Paris. Il donne lui-même son adresse, qui coïncide avec l’adresse indiquée par l’Académie: « rue du petit Careau, à côtée de la rue du Bout-du-Monde, chez une m° Linsère à Paris ». Il ne songe pas à signer aux procès-verbaux de l’Académie. Il s’agit bien de cela ! Il faut repartir: « Je veut suivre, encore quelqu’année mes voiages, écrit-il à Desfriches. Il m’est arrivé tant de malleurs, tant de pertes, qu'il faut les réparé de tout mon pouvoir. J’ay des lettres pour différents endroits. J'aurois désiré vous voire et vous embrassé à Orléans, mais je n ay point de temps à donné à ce qui me feroit tant de plaisir, à moins que je n’ussent un ou deux portraict à i faire en passant. »
Il est probable que l’excellent Desfriches trouva aussitôt les modèles puisque derechef ce « vendredy » 1772, Perronneau lui écrit :
« Monsieur et cher amy,
« Puisque vous voulé que je vous avertisse de mon départ de Paris, ce cera samedy et seray à Orléans le jour de la Pentecotte (par le carosse, n'ayant pu avoir place dans la berline, m’i estant prie trop tar pour i avoire des places). J'ai esté fort enrumé depuis que j'ay eù l’honneur de vous écrire, ce qui a causé mon retart, car comme mon intention est encore de voiagé, je n’ay veü personne à Paris que Monsieur de Fourqueux. Les pertes que nous avons fait sur quelque papier publique nous ont mie
à l’étroit : sans cela je me serois fixé à Paris, car depuis que j'ay quitté Orléans j'ay gagné 20,100 1. tout fraix fait, quand à mes dépences et moienant ce que je viend de vous dire, je me trouve pie que quand vous m'avez veu, bien heureux encore que M: Perronneau ait une maison au Petit-Châronne (quoique c’est une folie puisque cela revien à 27.000 I. et raporte très peu de chose en susse des dépences journalière pour l'entretien des lésumes et autres ; mais elle i est logé et l’aire i est excellent et cela a toujour une valeur réelle, enfin cela se venderoit plus de 20.000 I. mais sa santé foible (car je craint qu’elle ne soit un peu attaqué de la poitrine) m’a fait pretée à cette dépence qu'elle n’ü pas faitte si on eut put prévoir de si fâcheuses circonstances. Je n’ay qu’un petit $arçon de cinq ans é demie qu’elle a nourie, qui est charmant (que je vien de peindre) et cela n’a pas peut contribuer à altéré son tempérament. Elle est toujour triste, il faut donc que je tâche à $agné quelque chose et à présent qu'il n’i aura plus de dépense à faire pour ce bien, je placeroiïs en sorte qu'il n’i a plus qu’à mettre à profit. J’ose dire que j’ay aquie dans mon petit tallans, j'ay fait des choses visoureuses à Abbeville dont M. Van robesse a quatre tableaux à Paris. J’ay pein à l’huille en Hollande mais ce voiage n’a pas esté aussi fructueux que celuy de 1761, quoique l’on m'aye autant payez, mais peut de personnes m'ont occupé, ayant perdu eux-mêmes sur la France et si ce n’ussent esté Monsieur et Madame Hossuere, M. Rindorp et M. Borelle, je n’ussent rien fait ; ils m’ont comblée de bontés, enfin je n’ay pas autant $agné en près de deux ans qu’en cinq mois, tout le monde de mesme à Amsterdam, et ma santé ni a pas esté bonne, l’aire estant si mal sain. J’ay beaucoup de lettres, je juseray avec vous et suiveray vos sages conseilles sur mes interoïis. Si je pouvois faire troix ou quatres portraict à Orléans, soit du marie de la fille de M. Pinchinée ou d’autres, cela me feroit plaisir et je partirois tout de suitte au loin (tout cela soit die entre nous), Monsieur, je n’ay rien de
caché pour vous de qui j’ay receü tant de bontée ; si j'avois plus de fortune, je passerois la moitié de ma vie à Orléans. Je seray très aise de voire souvent Mademoiselle Bénier, de la voire peindre, elle est pleine de reconnoïissances pour vous car dans mon dernier voiase de Paris, il i a 2 ans édemie, elle ne sessa de me dire quelle joie elle resentoit du cas que vous fesiez d'elle. Son caractère $aie, active, sage me l’a fait estimé particulièrement.
« Je m’aperçoie que je suis un bavar ; j’auray bien de Ia joie de vous embrassé et de présenté à Madame mes sentiments de reconnoissances et de soumissions ; ma foible voie à rendu hommage au mérite distinsué de Monsieur Soier au diné que je fit chez Monsieur de Fourqueux ; présenté luy mes sivilités et à tout nos amis. La maladie de Monsieur du Coudrait, m'aflige beaucoup ; j'espère qu'il s’en tirera. Adieu, Monsieur et vraie amy, je ne veut point vous importuné, je dessenderay vis-à-vis S° Croix, l’auber$se où demeuroit un M. Huquier et j'auray aussitôt le plaisir de vous assuré du respect et de la reconnaissances constante avec laquelle je suis, Monsieur et amy,
Votre très humble et très obéissant serviteur. J.-B. PERRONNEAU. »
On relève dans cette lettre une sorte de bilan de sa situation matérielle : 20.000 I. de sain depuis le dernier voyage à Orléans, c’est-à-dire en près de quatre ans, une spéculation malheureuse sur les « papiers publics », l’acquisition prématurée d’une maison de campagne, une femme tuberculeuse, que l’absence perpétuelle de son mari rend neurasthénique, un enfant de cinq ans et demi qu’elle a nourri et dont il vient de faire le portrait, l’espoir d’exécuter d’autres portraits à Orléans, $râce à son vieil ami Desfriches, trois où quatre, peut-être celui du mari de M'° Pinchinat, en attendant de repartir au loin, toujours en quête de la fortune.
Plusieurs œuvres témoignent de ce nouveau séjour à Orléans. Le portrait présumé de M. Miron (1) porte, en effet, la date de 1772 ; l’homme est corpulent, le cou fort, le visage sanguin : aussi l’habit de velours bleu s’entr'ouvre négliSemment et le décolleté se pare des dentelles de la chemise. L’Exposition des Beaux-Arts à Orléans, en 1884, a fait connaître les portraits en ovale, au pastel, de mêmes dimensions, et se donnant la réplique, de Pierre-Horace Demadières et de M”° son épouse, datés de la même année (2).
Le 29 octobre 1772, M" de Limay écrit à Dei son père: « J’étois bien sûr, mon cher Papa, que vous seriés content de M. et M”"° Ducluzel, je suis fort aise que M. Perroneau fasse le portrait de leur fils; c’est un bien joli modèle à peindre.» Ce passage révèle l’exécution d’un portrait, soit à Orléans, soit dans la « Sénéralité » de Tours, dont M. Ducluzel était l’intendant.
De 1772 datent ésalement les portraits du marquis et de la marquise de Courcy(pl.36), tous les deux portraiturés par La Tour(3), Michel-François Roussel, marquis de Courcy, seisgneur d’Espourdon, de Courcy, de Claireau, Bouillancourt et autres lieux, chevalier de Saint-Louis, colonel au régiment de Quercy, lieutenant du Roy de la ville et du château de Foix, est représenté en buste dans un ovale, resardant de face ; il porte un tour de cou en linon blanc avec un jabot de dentelle d'Alençon. Sur son habit de velours bleu ciel est épinglée la croix de Saint-Louis. Tandis que sa physionomie dénote la voionté et l’énersie, celle de la marquise de Courcy exprime la finesse. Par dessus le décolleté en carré, orné d’une modestie et du double nœud du
(1) Autrefois dans la collection de M. Camille Groult; vendu en juin 1920 à la Galerie Georges Petit.
(2) Is appartenaient alors à M. Albert Porcher. (3) Les portraits, par La Tour, du marquis de Courcy,en habit gris ouvert sur un gilet bleu, et celui de la marquise de Courcy, vêtue d’un costume rouge garni de fourrure et tenant
un petit griffon blanc, avaient été prêtés à l’Exposition de Cent Pastels par M. Arthur Veil-Picard.