‹ J.B. Perronneau (1715-1783) sa vie et son œuvre 1923Chapitre 42 sur 107 · ABRAHAM VAN ROBAIS · texte numérisé non relu

ABRAHAM VAN ROBAIS

Pastel. Signé 1767.

(Musée du Louvre)

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« parfait contentement » en taffetas rose, elle porte une écharpe de $aze blanche, à rayures de satin blanc. Marguerite-Georges Roussel de Rocquencourt, marquise de Courcy, fille du seigneur de Rocquencourt était, par sa mère, cousine g$ermaine de Mareschal, marquis de Bièvre, célèbre par ses calembours. Dans quelle ville a été exécuté le portrait au pastel de la comtesse de Corbeau de Saint-Albin (1) qui est daté, lui aussi, de 1772 ? On peut du moins mesurer ia souplesse du talent : après les portraits de Hollande, plus de grâce, peut-être aussi un peu plus d’afféterie dans l’arrangement de la figure, de la poudre parsemée sur le haut toupet, sur le double croissant de boucles,

sur les épaules, de l’écharpe de $aze vert céladon alternative- |

ment rayée de larges bandes satinées ou mates, de la modestie de dentelle qui encadre le jeune décolleté, du « corps » d’un bleu délicat, et du « parfait contentement ».

Le 10 avril 1773, Perronneau se trouve à Lyon, d’où il écrit à Desfriches :

« Monsieur et vraie amy,

« Que diray-vous de moy, je vous paroitroy un néglisent de ne vous avoir point écrit ni remercier des amitiéz effectives que vous avez eù toujours pour moy. Hélâs, si vous saviez combien j ay eù de chagrin depuis que je vous ay veü, vous me pardonneriez cette faute !

« J’ay trouvé M”° Perronneau dans la plus $rande mélancolie qui a tellement prie sur son tempérament qu'’el est tombé mallade ; je n’ay point de ses nouvelles depuis quelque temp ; je ne lui ay pas rendu assé de justice sur son économie et sur ses soins ; sa vertu a esté trop haustère et a prie sur santée ; c’est son état qui m'a rendu mallade depuis que je suis à Lion où j'ay languie. Je me sent mieux, sans cela j’aurois passé plus loin, maïs je reste

(1) Collection Jubinal de Saint-Albin—George Duruy.

encore ayant quelque occupations. Je prie Madame de recevoir mes vœux, mes hommages, mes remerciments ; je me souvien bien que je vous ay promis le portraict de Monsieur votre Sendre ; j'espère qu’en courant mons et veau, je vous le feray. Continuéz-moy votre amitiés et présenté mes respects à Madame votre fille quand vous luy écriray : je sallüe nos amis et particulièrement Monsieur Soyer, Monsieur de Villeneuve et Madame son épouze.

« Je suis, Monsieur, avec bien de la reconnoissance, Votre très humble et très obéissant serviteur. PERRONNEAU. »

« Mon adresse est chez M. Privat, rue Royal, vis à vis la messasferie — maison Merciez à Lion. »

De ce séjour, dont Perronneau ne semble pas enchanté, il reste un petit portrait, aux trois crayons, de Dutilleu. Au Salon de 1773 il envoyait: N° 62. Le portrait de V. R., tableau en pastel de vingt sept pouces sur vingt-deux. — N° 63. Le portrait de M. Dupérel, tableau à l’huile de mêmes dimensions — N° 64. Le portrait d’un vieillard âgé de 83 ans, tableau ovale de vingt-trois pouces sur dix-neuf. — N° 65. Autres portraits sous le même numéro.

Quel est ce vieillard âgé de 83 ans ? Quels sont les « autres portraits sous le même numéro »?

Faut-il y voir les portraits, peints à l’huile, de M. et de M°° Braun, signés: Perronneau, et datés : 1773, qui se trouvent actuellement chez M. Knædler, à Paris ? M. Braun, qui aurait eu le titre de chambellan, et M" Braun, celui de dame d'honneur à la Cour de Furstenberg, vivaient à la fin du xXvirr° siècle à Strasbour£ où ils jouissaient des droits de bourgevisie française. Vu de face, dans un ovale de pierre, les cheveux poudrés, les yeux bruns, le teint animé, M. Braun est vêtu d’un habit violet pâle changeant et d’un gilet bleu agrémenté de passementeries

d’or (pl. 37). M”*° Braun est représentée de trois quaits, également dans un ovale de pierre, les cheveux lésèrement poudrés, les yeux £ris-brun ; elle porte une écharpe de $aze blanche bordée de rose et un corsage de soie rose (pl. 38).

Le catalogue de la vente Cronier décrivait ainsi, sous le n° 19, le portrait de M. Dupéril, une peinture sur toile ayant fisuré au Salon de 1773, signée et datée de 1771: « Vu jusqu’à mi-corps de trois quarts à sauche, il est vêtu d’un habit rouge éteint, d’un silet à jabot de dentelle et à boutons de métal. Les cheveux sont poudrés, coiffés à marteaux et noués avec un ruban noir. La physionomie est calme avec une certaine expression de dédain. » Perronneau, en 1771, voyageait en Hollande. M. Duperel serait-il un de ses modèles hollandais ? Or, ce « portrait de M. Dupéril (1) » ressemtle d’une manière frappante à celui de Jacob Boreel Jacobsz (1746-1794), que nous avons déjà décrit. Que penser de cette confusion ?

Les initiales V. R. ne désignent pas Van Robais, mais un Parisien. En effet, Daudé de Jossan (2) imagine le dialogue suivant entre deux visiteurs du Salon:

L'abbé. — « Voulez-vous jetter un coup d’œil sur ces portraits N° 62, 63, 64 et 65 ?

Mylord. — « Je ne connais pas les personnes. Je pense avoir

vû ce M ***, N° 62, aux Thuilleries.

L'abbé. — « Et moi aussi, cela m’a l’air très ressemblant ; maïs, Mylord, nous avons encore un très beau sujet de marine à voir ? »

Les autres critiques ne donnent aucun supplément d’informations.

Le Mercure du mois d'octobre se borne à signaler le succès de l'artiste: « Plusieurs portraits de MM. Peronneau, Drouais,

(1) Cf. Les Arts, novembre 1905: La collection Cronier, par Arsène Alexandre. Cf. le catalogue illustré de la vente Cronier.

(2) Entretiens de M. l’abbé A** avec mylord B**. Eloge des tableaux exposés au Louvre le 25 août 1773.

du Plessis et Aubri ont attiré l'attention des connoisseurs. »

L'Année littéraire fait son éloge: « La réputation de M. Perroneau ne s’est pas démentie; au contraire, elle acquiert un nouvel éclat par plusieurs portraits à l’huile et au pastel où l'on voit les détails les plus spirituellement rendus. » Les Affiches, annonces et avis divers citent simplement « plusieurs portraits de M. Perronneau ». L'auteur des Dialogues sur la peinture (1) prête à ses interlocuteurs les paroles suivantes:

M. Rémi. — « Sans converser ici avec personne, voyez un peu ces ouvrages de M. Per.

M. Fabretti. — « Il y a de la noblesse dans ces têtes. Elles sont touchées avec esprit et dessinées scavamment. Mais ce mérite perd bien de sa valeur, parce qu’il n’y règne absolument aucune connoissance sur la couleur locale et ses effets. »

Seul, Du Pont de Nemours, dans ses Lettres critiques (2) sur les salons de 1773, 1777 et 1779, publiées par Maurice Tourneux dans les Archives de l’art français, affiche le plus profond mépris pour Perronneau qu'il classerait volontiers, comme Diderot, parmi les pauvres diables qui ne valent pas une ligne d’écriture.

La collection Wildenstein a contenu deux portraits à l’huile, de mêmes dimensions, signés et datés de 1773. On remarque dans ces deux œuvres la même g$râce que dans le portrait de la comtesse de Corbeau de Saint-Albin. On nous a fait part d’une ressemblance entre les deux personnages représentés et les portraits au pastel de lord et lady Coventry, par La Tour, qui passèrent en 1905 à la vente Cronier. Les deux peintures auraient, de plus, été trouvées en Angleterre, ce qui nous donnerait la date d’un séjour de Perronneau dans ce pays, d’autant que l’on perd absolument sa trace après le Salon de 1773, et durant les années

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