PI. II
PoRTiOMT PK IIAMIC UK SoUOUAlNVlLLli
Peinture. Signée el datée 174g.
(A M. Ilavi.l Wcill)
éventail sous le nœud irisé des manches ; et tandis que des mains distraitement occupées « à faire des nœuds » jaillit brusquement, comme un insecte d'or, la navette d'écaillé blonde, tout un poème d'intimité amoureuse passe dans son regard, et l'on songe à ce mot : « Rien de plus charmant qu'une honnête femme ayant tout ce qu'il faut pour ne pas l'être ».
On s'étonne, devant ces œuvres, de la modération des éloges. L'auteur des Jtigemeris sur les principaux ouvrages exposés au Louvre Je 27 août 1751 , le S"^ le Comte ou Coypel, écrit — notons que presque toutes les brochures juxtaposent les noms de La Tour et de Perronneau — : « L'illusion est si frappante dans les Portraits de M. La Tour qu'il semble que la nature se soit peinte elle-même. II n'y a rien à désirer. Pour bien faire, La Tour n'a qu'à se ressembler, et M. Perroneau qu'à l'imiter: ce jeune Peintre qui marche sur ses traces:
Proxirnus huic Ion go sed proximus intervallo, s'est corrigé sur les ensembles ; mais il s'est négligé sur la couleur, ses têtes sont touchées avec esprit, mais elles sentent trop l'esquisse, et je voudrais qu'on ne pût pas en appeler séparément les couleurs, enfin qu'il accusât tellement les formes qu'on pût modeler d'après ses portraits, comme on serait en état de le faire d'après ceux de M. La Tour. «
Et le Mercure de France (1), ne s'enthousiasme guère plus: « M. Perenneau (sic) a donné par quatorze pastels des preuves de sa facilité et de l'agrément de sa couleur. »
L'année 1751 semble avoir été bien remplie. En dehors des douze pastels et d'une peinture signalés par le livret du Salon, nous connaissons les portraits de M. et de M"" Chevotet, conservés au musée d'Orléans (2), et celui du duc d'Aumont. Tous ceux qui ont visité la salle des mariages de l'Hôtel de Ville. à Boulogne-sur-Mer, ont pu voir une série de portraits des
(1) Octobre 1751.
(2) Legs Deizons.
gouverneurs qu'à une date indéterminée on ramena, pour une raison ou pour une autre, à une dimension uniforme. L'un d'eux représente Louis-François d'Aumont, marquis de Chappes, duc d'Humières, lieutenant général des armées du roi, gouverneur de Compiègne et du Boulonnais, né le 30 mars 1671, mort le 6 novembre 1751 à Paris, où il est enterré en l'église Saint- Gervais. Il avait épousé, en 1690, Anne-Louise-Julie de Crevant, fille de Louis de Crevant, duc d'Humières, maréchal et grandmaître de l'artillerie de France. Ici, il est debout, tourné vers la droite, regardant de face, portant cuirasse sur l'habit à basque d'or, épée et culotte rouge ; les cheveux sont poudrés et frisés à marteau ; une tenture retombe sur la droite, selon la tradition des portraits solennels de l'époque, et ajoute au caractère d'élégance et de fine distinction. L'œuvre est bien de Perronneau, ainsi qu'il ressort d'une pièce des archives de Boulogne (Liasse 192, pièce n' 5) :
« Il sera tenue compte à M. Fontaine, de la somme de six cent dix-sept livres pour le portrait de M. le duc de Humières, notre gouverneur qui a été tiré par le S' Peronneau par nos ordres étant à Paris pour être placé en l'hôtel de ville et ce y compris les frais d'emballage, ports, etc., à laquelle somme de six cent dix-sept livres il sera employé par le dit S'' Fontaine, dans son état de dépenses à Boulogne, ce 12° janvier 1751. »
Signé: COILLIOT.
Les ducs d'Aumont, gouverneurs du Boulonnais de père en fils, habitaient Paris • ils occupèrent plusieurs hôtels, rue de Beaune, près le pont Royal, un autre, rue de Jouy, près de la rue Saint-Antoine, un autre enfin, le plus beau des trois, et merveilleusement meublé, sur la place Louis XV. Le document lui-même est formel et Perronneau n'a pas été obligé d'aller jusqu'à Boulogne pour exécuter le portrait du gouverneur du Boulonnais.
Le regard hautain, précis, un peu froid, d'un homme sûr de
lui-même, la corpulence du personnage, la nuance lilas de l'habit, le gilet de soie bleue, dont les broderies entremêlées de chenille, de cordonnet, de dentelle d'or, tout guilloché de ces minuscules passementeries qu'on appelait « soucis de hannetons », les variations les plus délicates du bleu avoisinant le mauve, et trouvant inévitablement leur écho, leur complémentaire, dans le teint bilieux du visage, un peu atténué par le jabot de gaze rayée et le tour de cou de linon blanc, tel nous apparaît Jean-Michel Chevotet, architecte du roi, né à Paris en 1698, mort dans la même ville en 1772, membre et grand-prix de l'Académie Royale d'architecture, prêt à ouvrir le carton passé sous son bras, et à vous montrer les plans du pavillon de Hanovre ou du château de Petit-Bourg, à moins que ce ne soient les relevés de l'ancien escalier des ambassadeurs, au palais de Versailles. Perronneau prend prétexte de la modestie de M"'" Chevotet pour enlever sur un fond vert, et dans l'encadrement souple d'une mantille noire et d'une robe bleue, l'éblouissante gamme des blancs: blanc de la cornette, fixée à la neige des cheveux par deux épingles à têtes de diamants, deux « firmaments », blanc des barbes envolées, mais rejoignant sagement le réseau de tulle de la palatine perdue elle-même et comme absorbée dans le blanc crémeux des « parfaits contentements », blanc des apprêts de la lingère, tissus de clarté de la dentellière, nacre des perles, tous ces blancs participant à la vie par les reflets de la chair, apparus sous les trames nuageuses.
On lit dans les procès-verbaux de l'Académie Royale de 1753 peinture et de sculpture :
ff Séance du 27 janvier 1753. — Lecture de la liste de M" /e.? Agrééa et décision à ce sujet. — Ensuite le Secrétaire a lu la liste de M" les Agréés, avec la datte de leur Agrégation, et il a été décidé que la Compagnie ne manderoit pour l'assemblée pro-
chaîne que les S" Verbrec, Adam le Cadet, Falconet et Péroneau, comme étant ceux qui sont le plus en retard.
Séance du 23 février. — MM . les Agréés se présentent à l'Assemblée. Prolongation du temps accordée. — M" les Agréés dénommés dans la délibération du 27 Janvier dernier s'étant présentés à l'assemblée pour y répondre, suivant le contenu du mandat, la Compagnie, après avoir reçu avec indulgence les excuses respectueuses qu'ils ont faites de leur retard, a bien voulu, par une grâce singulière et sans tirer à conséquence, accorder:
Au S' Péroneau, six mois. »
Cette fois Perroneau fut exact.
« Réception de M. Péronneau. Aujourd'hui, samedi 28" juillet, l'Académie étant assemblée, le Sieur Jean-Baptiste Péronneau, de Paris, Peintre de portraits, lui a présenté ceux de M. Adam Va'tné et Oudry, professeurs, qui lui avoient été ordonnés pour ouvrages de réception. Les voix prises à l'ordinaire, la Compagnie a reçu et reçoit ledit Sieur Péronneau, Académicien, pour avoir séance dans les assemblées et jouir des privilèges, honneurs et prérogatives attachés à cette qualité, en observant par lui les Statuts et Règlemens d'icelle Académie, ce qu'il a promis en prêtant serment entre les mains de M. de Silvestre, Ecuyer, Premier Peintre du Rov de Pologne, Directeur et Ancien Recteur. »
En effet Perronneau, en sa qualité d'académicien, signe aux procès-verbaux de l'Académie le 4 août, le 23 août, le 31 août, le 24 novembre, le 1" et le 29 décembre de l'année 1753.
Au Salon du Louvre, il envoyait, avec ceux d'Oudry et d'Adam l'aîné, cinq autres portraits. Qu'est devenue Elisabeth de Rohan- Soubise, princesse de Condé, mariée à seize ans la même année, et morte en 1760 ? Nous avons relevé dans les archives du musée Condé, à Chantilly, parmi les registres de comptes de la maison de Soubise, et plus spécialement dans le « troisième compte
MAUKin-; (Juii.NTiN hk la Thuu Paslcl. Siyiié et daté 1750.
(Alusfe iic Saint-Qucntiii)
que rend à S. A. Mgr le prince de Soubise, Jacques Lacerneux, trésorier général de Sa d. A., de la recette et dépense par lui faite en lad. qualité pendant les années 1752 et 1753, la mention suivante (feuillet 67, au verso) :
« Peintres en portraits.
Plus de la somme de mille livres payée au S' Perronneau, autre peintre, le 9 octobre 1751, pour le portrait en pastel de S. A. suivant l'ordre et quittance rap'" cy . . . 1000 livres. »
Dans les comptes-rendus contemporains, conservés au fond Deloynes (Cabinet des Estampes), il n'y a aucune indication descriptive sur le portrait de la jeune princesse de Condé. A Versailles, dans les salles de l'attique nord, se trouve un portrait de Charlotte-Godefrede-Elisabeth de Rohan-Soubise, médiocre copie, due à M"° Danse, et mesurant 0ml8 de large sur 0m25 de haut. Soulié, dans son catalogue du musée de Versailles, écrit à ce propos : «L'original se trouvait (et non se trouve) autrefois au château de Chantilly. » Au musée Condé, à Chantilly, dans les appartements privés du duc d'Aumale, il existe toute une série de petits portraits des membres de la famille de Condé. Parmi ces portraits qui ont tous été exécutés vers 1775 ou 1776, pour le Palais Bourbon, par les soins de Simon-Bernard Le Noir, peintre ordinaire du prince de Condé, on voit celui de la princesse Charlotte-Godefrede-Elisabeth, qui est identique à la copie exécutée par M"" Danse, avec cette seule différence que la peinture de Le Noir est un ovale et celle de M"" Danse un panneau rectangulaire. Sur un fond bleu légèrement rompu d'or, s'enlève le visage ovale aux traits réguliers, aux grands yeux bleus, au teint rose, à la bouche jolie. Les cheveux sont poudrés et coiffés en tapé. On aperçoit le lobe de l'oreille droite. Le décolleté très pur s'encadre d'une modestie blanche reflétée de bleu. Une draperie blanche se noue sur le devant de la poitrine avec une draperie bleue, en formant trois coques. Un fil de perles s'attache sur le bras gauche. Le modelé en pleine lumière, les valeurs
déterminées par un éclairage unique de gauche à droite, l'équilibre des tonalités bleues et jaunes, l'arrangement même sont familiers à Perronneau. La princesse de Condé étant morte en ]760, le portrait de Le Noir, exécuté vers 1775, est lui-même une copie. L'original est-il de Perronneau ? En tout cas, nous en trouvons la trace dans les registres de comptes de la maison de Soubise (année 1752, feuillet 73, recto) : « Peintres en portraits...
Perronneau.
Plus de celle de six cents livres payée le 6 May 1752 au S' Peronneau autre peintre pour le portrait de M"' de Soubise, aujourd'hui princesse de Condé. Suivant l'ordre et quittance rapportés, cy : 600 livres. »
Il s'agit de la princesse Charlotte-Godefrede-Elisabeth de Soubise qui avait épousé le prince de Condé le 2 mai 1753. On peut voir aux Archives nationales, dans la vitrine 78, son contrat de mariage (n° 978). Les Archives conservent également une correspondance d'une sentimentalité délicate, adressée par cette princesse à son mari, et qui a fait l'objet d'une publication du comte Fleury, dans le Carnet historique et littéraire du 15 octobre et du 15 novembre 1898.
Qu'est devenu Milord de Huntington, M"' ***, et Julien le Roy, horloger du roi ? Nous avons indiqué les relations de Milord Huntington avec la demoiselle Lany, de l'Opéra. Un rapport de police (1) donne la date précise à laquelle Perronneau a dû exécuter son portrait: « 29 août 1753. M'' Otting-ton est venu à Paris il y a environ 1 mois ou 5 semaines, mais il n'a point été chès la D"° Lany ; elle a été lui rendre 2 ou 3 visittes rue du Colombier, chez la Cour. )>
On connaît Julien Le Roy par la belle planche de Moitte, et par la gravure de Hubert qui accompagne une notice
(1) Bibliothèque de l'Arsenal. Papiers de la Bastille
biographique de Le Prévôt d'Exmes. Né à Tours, en 1686, cet émule et ce concurrent de Jean-Baptiste Bâillon, Gudin, Joly, Etienne Lenoir, Moisy, fournisseur comme eux de la Cour et des marchands d'antiquités, mécanicien achevé, auteur de bons écrits sur son art, était à tel point favori de la mode que dansThémidore, un élégant trouvant sa montre en retard sur le méridien du Palais Royal « promet que Julien le Roy ne travaillera plus pour lui ». Inventeur des montres et des pendules à répétition, des pendules à secondes, il conquit sur l'Angleterre la suprématie de l'art de l'horlogerie et Voltaire dit un jour à l'un de ses fils: « Le maréchal de Saxe et votre père ont battu les Anglais (1). »
Le portrait de M""" Lemoyne, probablement Jeanne Dorus, la troisième femme de M. Lemoyne, le fils, professeur à l'Académie, existe dans la collection de M. Georges Dormeuil ; c'est une œuvre sobre, d'un arrangement simple, avec un esclavage de perles, une mantille de taffetas bleu, un décolleté encadré d'une modestie, un « parfait contentement », des riens, et cependant une touche spirituelle qui se pose çà et là sur les paupières, le nez, la lèvre inférieure, faisant sourire cette jeune femme, sans parti-pris violent d'ombres et de lumières.
La Tour, dont les écrivains contemporains vantent sans cesse le naturel, n'a rien laissé de plus vivant, de plus ample, de plus vrai dans le « laisser aller », de moins théâtral et cependant de plus noble que les effigies d'Adam l'aîné et d'Oudry, surpris dans un moment d'arrêt, devant l'œuvre interrompue. Adam l'aîné (2) s'enveloppe dans sa gamberluque de taffetas vert, quelque chose d'intermédiaire entre le manteau d'abbé et le domino, un souvenir de cette Italie de prédilection, d'où il s'est arraché à grand'peine, et vers laquelle courent les peintres fran-
(1) Voir la notice de M. S.-L. Chalmcl, dans le t. IV de l'Histoire de Touraine depuis la conquête des Gaules par les Romains jusqu'à l'année 1790.
12) Lamhert-Sigisbert Adam, dit l'ainé, né à Nancy en 1700, prix de Rome en 1723, membre de l'Académie royale de peinture et de sculpture en 17.'?7, professeur en 1744. mort i Paris en 1759.
— Suçais, depuis le Poussin qui revient y mourir, jusqu'à Fragonard qui y retrouve la Grande Grèce. Voyez le ragoût des couleurs, de ces bleus et de ces verts où passent des reflets d'or, et la parfaite simplicité d'attitude de cet homme qui s'est assis quelques minutes auprès du socle d'une statue pour détendre ses mains fébriles, ses belles mains sortant des manches retroussées, gardant encore le marteau et le ciseau (pi. 14) On devine dans l'ombre la naissance d'une jambe, peut-être une des deux nymphes, la Chasse et la Pêche qu'il avait taillées chacune dans un seul bloc de marbre, et que Louis XV donna plus tard au roi de Prusse ; ou plutôt cette figure de l'Abondar^ce, exécutée pour les jardins de Choisy avant 1758, payée dix mille livres à ses héritiers en 1760, et dont il avait exposé le plâtre au Salon de 1753. S'il s'arrête, c'est pour mieux penser à sa merveilleuse collection d'antiquités grecques et romaines, aux soixante-huit morceaux de marbre de Paros et de Saligno, trouvés au mont Palatin, dans le palais de Néron et dans les ruines du palais des Maures, qu'il eut à bon compte des héritiers du cardinal de Polignac et dont il veut bien faire les honneurs au public, en sa maison de la rue Basse-du-Rempart.
Quant à Oudry (1), il vient d'achever sur le châssis àe foile le croquis au fusain de Mitte et Turlu, de Mignonne et Sylvie, de Blanche ou de telle autre chienne de la meute royale. Campé devant son chevalet, il ouvre largement la main droite dans un geste d'enseignement ; l'autre main, appuyée sur un magnifique fauteuil en velours de Gênes cramoisi, tient les pinceaux et la palette dont le maître se servira pour démontrer l'excellence des idées et de la méthode qu'il tient de son maître Largillierre( pi. 15). Perronneau, comme pour montrer que lui aussi pourrait être élève de Largillierre au sens large du mot, s'est plu à entourer le véné-
(1) Jean-Baptiste Oudry, né à Paris en 1689, élève de son père et de Largillierre, membre de l'Académie royale de peinture en 1719, directeur de la Manufacture de Beauvais, surinspecteur de la Manufacture des Gobelins, mort le 30 avril 1755.
PI. i3
Ci £ k
rable Oudry d'une symphonie de verts sourds rompus d'or, vibrant, se répondant à l'infini, à égayer l'habit de cérémonie, le jabot et les manchettes de dentelle du vieux peintre, de la fantaisie débraillée d'un mouchoir de priseur, sortant de la poche.
On se souvient encore d un double portrait de la collection de M. Camille Groult, prêté à l'Exposition de Cent Pastels. Les deux vieillards, un homme et une femme, lui assis devant une table de travail et dessinant dans l'ovale d'une miniature, elle, regardant par dessus son épaule, passèrent aux yeux de M. Groult pour M. et M""" Perronneau, jusqu'au jour où, en comparant le portrait de M"" Desfriches mère et la figure féminine de ce double portrait, il crut qu'il représentait M°" Desfriches la mère. Les rédacteurs du catalogue de l'Exposition et la plupart des critiques s'en tinrent à cette attribution. Nous avions supposé nousmêmes qu'il s'agissait de M. et de M"" Oudry. Or il s'agit de Philippe Cayeux et de sa femme Jeanne d'Humières (1).
En effet, il existe au musée d'Arras une peinture h l'huile qui représente ces deux personnages. Au dos de la toile, on lit cette inscription, tracée au pinceau : « Philippe de Cayeux, nat' du V»^ d'Humières, sculp"^ en ornemens renomé à Paris, chéri et très bien venu céans. En sus Mad° honesta sa très aimée et très digne épouse. »
« Philippe Cayeux (2), né en 1688 à Humières (Picardie) était un sculpteur d'ornements très réputé à Paris. Sa spécialité semble avoir été les bordures et les boiseries. Installé de très bonne heure dans la capitale, paroisse Saint-Roch, il habite d'abord dans la rue Saint-Honoré, ensuite rue Villedo où il meurt en 1769. Officier de l'Académie de Saint-Luc, continuellement en relation
(1) Communication de M. Jean 1 ocquin à la Société de l'Histoire de l'Art fr.inç!\is (3 décembre 1909).
(2) « Cayeu,\ (Claude-Philippe), sculpteur, reçu le 22 septembre 1722, rue Villedo, conseiller {Liste, pp. 21, 25); + 1769 (Méni., Paris; Scellés, t. II, p. 150). » Liste générale des maîtres peintres et sculpteurs de la Communauté de Saint-Luc de la ville de Paris (I3fil- 1789), publiée par Jules Guiffrey dans VHistoire de l'Académie de Saint-Luc.
avec les meilleurs artistes de son temps auxquels il fournissait des cadres, il était très achalandé. Il avait commencé de bonne heure, dit Rémy, à rassembler « une des belles collections (en dessins et estampes surtout) qu'il y ait à Paris ». Diderot la connaissait bien et il l'avait « couchée en joue » pour le compte de Catherine II ; mais le brave Cayeux y tenait plus qu'à un monceau de pièces d'or et n'avait voulu s'en défaire à aucun prix. Artiste de talent, ami serviable et amateur avisé, il était presque un personnage au XVIir siècle ; bien qu'il fût d'une famille bourgeoise apparentée à des « maîtres rôtisseurs » et à des « marchands pâtissiers », il occupait une assez jolie situation pour donner le change et mériter qu'on lui prêtât par mégarde une particule. Il comptait parmi ses intimes Noël-Nicolas Coypel, Charles Parrocel, Carie van Loo, Boucher, Natoire, Taraval, Chasle et aussi Cochin, Desfriches et vraisemblablement leur ami commun Perronneau. Un dessin de Cochin, gravé par Lempereur et représentant Philippe Cayeux de profil, confirme l'identification fournie par l'inscription de la toile d'Arras. Le front droit, le nez fort, cassé, le pli accusé à la naissance du front, la bouche aux lignes fermes, le double menton, le cou très court, le regard un peu dur, tous les traits du profil de Cayeux par Cochin se retrouvent dans les portraits de trois quarts d'Arras et de la collection Groult.
Il reste encore la question d'attribution à résoudre. Qui est l'auteur du pastel et de la peinture ? Probablement le même artiste (1). »
Ce double portrait nous montre une certaine qualité d'émotion, la sentimentalité d'un Perronneau tâchant d'exprimer le rêve dont il fera l'année suivante une réalité. Quel précieux document n'est-ce pas là de la vie des artistes de ce temps! Ne fait-il pas songer à cette familiarité charmante des familles qui abritaient
(1) Communication de M. Jean Locquin. Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art français, 1909, p. 243.
leur existence sous les vieux toits du Louvre? Ne voilà-t-il pas de quoi évoquer le mot du prince de Ligne à propos d'une vieille femme : « L'amour a passé par là ! »?
Le Louvre possède le portrait au pastel du savant ingénieur hydrographe Pierre Bouguer (1), daté de 1753. L'artiste semble y affirmer sa prédilection pour ces contrastes de lilas et de jaune, lilas de l'habit et du gilet, jaune des fonds et du visage bilieux. De même, dans l'étude de ces traits accentués et comme taillés à coups de hache, il parvient à la même force expressive que dans les portraits de Chevotet, du père Chambroy ou du bénédictin.
Le catalogue de l'Exposition de Cent Pastels donnait la même date, que nous n'avons pu voir et dont nous n'avons pas eu confirmation, au portrait de la comtesse Jacquette d'Arches, née de Loupes. Au charme de cette harmonie de gris taupe et de bleu, que la poudre des cheveux et le blanc de la modestie rend plus délicat, s'ajoute un intérêt iconographique. En effet, un d'Arches a été conseiller au Parlement de Bordeaux, au xviir siècle ; aux environs de la ville existe un château d'Arches, qui remonte au XVir siècle, et dans la même région, se trouve le village de Loupes. Perronneau a-t-il fait un voyage à Bordeaux à cette époque ? Cela n'est pas impossible. Même date encore inscrite en haut du portrait au pastel du président Bignon, malheureusement abîmé, que nous avons pu voir, en 1908, dans la collection de M"° Véry, à Mantes ; c'est Armand-Jérôme Bignon, né à Paris en 1711, reçu avocat général du Grand Conseil en 1729, maître des requêtes en 1745, bibliothécaire du roi, prévôt
(I) Pierre Bouguer, hydrographe du roi, mathématicien, astronome, membre de l'.Académie royale des Sciences, de la Société royale de Londres, né en 1698 au Croisic (Loire Inférieure). Le 22 décembre 1756, les Affiches, annonces et avis divers annoncent: n La Manœuvre des vaisseaux ou Traité de Mechaniqae et de Dynamique, par M. Bouguer, de r.\cadémie royale des Sciences, de la Société royale de Londres, Honoraire de l'Académie de Marine, ci-devant hydrographe du Roi au Port du Croisic et au Havre-de-Gràce. .A Paris, chez Guérin. 1757, in-4''. M. Bouguer est déjà l'auteur du Traité du navire. »
des marchands, conseiller d'Etat, membre de l'Académie fran çaise, grand ami des lettres, mort le 7 mars 1772.
Quel fut cette année le sentiment de la critique ? Le Mercure de France (1) déclare que « M. Peronneau a mérité des applaudissemens par la légèreté de sa manière et celle de ?a touche dans les sept portraits qu'il a présentés. » L'abbé Le Blanc n'est pas moins élogieu.\ (2) :
« Le public est tellement accoutumé à ne voir au Sallon que des chefs-d'œuvre de M. de La Tour qu'il ne peut plus l'étonner que par la multiplicité et c'est l'effet qu'ont produit les dix-huit tableaux qu'il y a mis cette année. Les différens Portraits de M. Perroneau sont autant de preuves des progrès qu'il fait journellement dans son art. On voit qu'il cherche la nature en homme qui en connoit tout le prix. L'exemple de plusieurs peintres prouve que les yeux du corps ne suffisent pas pour l'apercevoir, on ne la saisit bien que des yeux de l'esprit. Elle ne peut échapper à quelqu'un qui a tout celui qui fait le mérite de la touche de cet Artiste. »
L'abbé Garrigues de Froment (3) nous renseigne sur l'impression que produisirent sur les académiciens les deux morceaux de réception d'Adam et d'Oudry :
« M. Aved me ramène à M. Perronneau. Peut-être aurois-je dû le nommer immédiatement après M. de la Tour, parce que leur genre de travail est le même, parce qu'ils sont les seuls ou presque les seuls qui peignent au Pastel ; mais je vous ai demandé, et je crois avoir obtenu de vous, monsieur, la permission de suivre plutôt le fil de mes idées, ou celui de mes sensations, que l'analogie des talens, leur ordre ou l'ancienneté des Artistes.
(1) Octobre 1753.
(2) 1753, Observations sur les ouvrages de MM. de l'Académie de peinture et de sculpture, exposés au Salon du Louvre, en l'année 1753, et sur quelques écrits qui ont rapport à la peinture. A .Monsieur le Président de B...
(3) Sentiments d'un amateur sur l'Exposition des takleau.x du Louvre et la critique qui en a été iaite.
LAMiiiiicr-Suiisiiiiui Adam, i-'aIm; Peinture (morceau do roception). i-53.
(Alusce du 1-ouvtcj
Je reviens à celui qui a été l'objet de ma nouvelle digression. Le Dessein de ses portraits est toujours fin, toujours gracieux et spirituel ; mais en revanche, il est souvent maniéré ; le bleu domine dans toutes les ombres de ses têtes de femmes ; partout ailleurs à force d'être reflétées et trop peu décidées, elles lui font perdre son effet. J'ajoute que le ton trop colorié des fonds de ses deux portraits d'homme, efface, détruit celui de ses deux têtes. Un autre parleroit des deux Morceaux de Réception du même Auteur, des deux portraits de MM. Oudry et Adam l'aîné ; un autre en diroit tout le bien qu'il y a lieu d'en dire. Quant à moi, qui suis au fait des éloges que ces deux tableaux lui attirèrent de la part de ses Confrères, quand il les présenta à l'Académie, du bruit et du plaisir qu'ils y firent, je m'en tiens au silence ; c'est toujours le parti le plus sûr, quand les Maîtres se sont énoncés aussi positivement, aussi clairement, d'aussi bonne foi, qu'ils le firent en faveur de M. Perroneau. »
Fréron (1), lui, réplique:
« M. de la Tour reçoit l'encens qui lui est dû. Mais dire qu'il scait par son tact subtil et magique saisir et fixer le sel volatil de l'esprit, si facile à s'évaporer des mains de qui que ce soit, et de ceux même qui le possèdent, outre que ce n'est là qu'un précieux galimathias, c'est pousser l'hyperbole au dernier degré. Oui est-ce qui croira jamais, par exemple, que le principe qui pense, et qui a dicté à M. de la Chaussée tant de Comédies morales, soit identifié avec le Pastel, et réside sous la glace de son portrait?... M. Aved est pourtant de quelque utilité à notre Auteur; il lui sert de transition pour parler de M. Péronneau auquel il reproche d'être trop maniéré. »
Et ailleurs, dans son Année littéraire, il ajoute ceci :
« Outre les deux morceaux de réception de M. Peronnean
(I) Lettre sur quelques écrits de ce temps au sujet des tableaux exposés dans le Grand Salon du Louvre en 1753, en réponse à l'abbé Garrigues de Froment.
qui sont les portraits de Messieurs Oudry et Adam l'aîné, ce peintre a donné plusieurs têtes en pastel qui sont fort belles. Il étudie avec fruit la manière de M'" Rosalba de Carriera. » L'admiration de Huquier fils (1) va plus loin: « M. Peronneau suit de près M. de La Tour. Ses deux Portraits de réception pour l'Académie sont universellement admirés ; l'un est celui de M. Oudry, et l'autre celui de M. Adam l'aîné. Professeur de la dite Académie. Le dessein l'emporte sur le pinceau ; quoique l'un et l'autre soient très bien, le Pastel est son genre, il y brille encore d'avantage ; la légèreté de la touche, la fraîcheur du coloris, et le caractère du dessein, tout y est rassemblé, je n'en veux d'autres preuves que le portrait de M"" la princesse de Condé, et celui de M. Julien Le Roy; j'ose dire que ce dernier le dispute à M. de la Tour: l'art et la nature y sont employés et réunis admirablement bien. » L'abbé Laugier se montre plutôt sentimental (2) : « M. Perronneau, Académicien, a exposé le portrait de cet aimable artiste (Oudry). Le plaisir que j'avois eu à considérer tant de jolis Ouvrages, m'a donné beaucoup de goût pour ce portrait qui est bien peint... »
Estève estime que « M. Perronneau a été jugé plus ressemblant à lui-même et sa couleur moins variée que celle de M. la Tour. Cet artiste a donné cette année deux morceaux de réception qui ont été applaudis. »
Lafont de Saint-Yenne (3) s'intéresse surtout à Julien Le Roy.
« Le S' Perroneau, loin d'être oublié dans cette classe, mérite
beaucoup d'éloges. Ses pinceaux et son pastel ont de la finesse
et des beautés singulières. Parmi plusieurs de ses portraits, on a
(1) Lettre sur l'Exposition des Tableaux au Louvre, avec des notes historiques.
(2) Jugement d'un amateur sur l'Exposition des tableaux. Lettre à M. le marquis de V...
(3) Sentimens sur quelques ouvrages de peinture, sculpture et gravure. Ecrits à un Particulier en Province, à l'occasion de l'Exposition de 1753. mais qui n'ont paru qu'en 1754, année qu'il ne se fit point d'exposition.
distingué ceux de deux grands Artistes: MM. Oudri et Adam qui sont peints jusqu'aux genoux, et avec les enseignes honorables de leurs professions et de leur célébrité. On a vu avec plaisir celui du S' Julien le Roi, cet artiste si renommé dans les deux mondes, et qui a porté l'art de l'Horlogerie à un si haut degré de perfection que les nations, même les plus jalouses de notre supériorité, ont été forcées de l'accorder à ce savant homme. Ce que j'estime en lui bien au delà de sa science et du rang qu'il tient dans sa profession, c'est une probité invariable avec beaucoup de simplicité et de modestie. »
Lacombe, auteur du Dictionnaire portatif des Beaux-Arts, opine, dans son Salon de 1753, que les tableaux de Perronneau ont paru dignes de sa réputation.
Et Baillet de Saint-Julien, dans son Ode sur la peinture, proclame qu'il « admire le génie pittoresque des Perronneau ».
Mariage de Perronneau. — Ses envois aux Salons de Paris et au Salon de Toulouse. — Séjours à Lyon, à Bordeaux, à Abbeville, à Orléans. — Voyages en Hollande et en Italie. ■ — Lettres à Desfriches.
1754 En 1754, il n'y eut pas de Salon. L'année est d'ailleurs fort bien remplie. Perronneau se marie au mois de novembre et il semble avoir pris son amour si fort à cœur qu'il en oublie de travailler. En effet, il ne signe guère que trois fois aux procèsverbaux de l'Académie, le 5 janvier, le 23 février et le 7 décembre. Nous imaginerions volontiers que lartiste fit l'école buissonnière du printemps à l'automne, n'étaient le portrait de Hubert Drouais de la collection Daniel Halle (pi. 16), et un pastel de Jacob van Kretschmar que possède M. le jonkheer J.-A. van Kretschmar van Veen à Utrecht (pi. 17). Van Kretschmar, en habit bleu clair, soutaché d'or, portant cuirasse, les cheveux poudrés, vu de trois quarts, tourné vers la gauche, paraît âgé de trente ans (1). On lit en haut du tableau l'inscription: Perronneau, peintre du Roy, en 1754, à La Haye. On verra plus loin que Jacques van Rynweld, « hollandois », signe au contrat de mariage du peintre. Ainsi, dès 1754, Perronneau s'acheminait vers la patrie de Rembrandt.
(1) Jacob de Kretschmar, seigneur de Wijk, Aalburg et Ween, plus tard général d'infanterie au service des Provinces Unies, né en 17?1 et mort en 1792. Le pastel mesure O^GO de hauteur sur 0™46 de largeur à l'intérieur du cadre.
PI. i5
J. B. OlDRY
reinliue (inorceaii de récoplion). 1753.
(Muscc Un I.oiivrc)
II épousait Louise-Charlotte Aubert. fille de Louis-François Aubert. Nous ne connaissons pas de pastel ni de peinture de cet Aubert, dont Lazare Duvaux appréciait fort le travail, et qu'un brevet autorisait « à se dire et qualifier peintre en émail du Roy ». Il faut le distinguer d'un autre Aubert, joaillier, qui laissa une collection de tableaux précieux, dessins, gouaches, estampes dont le catalogue a été rédigé par A. Paillet. Nous ne pouvons affirmer s'il s'agit de M. Aubert, de l'Académie de Sainf-Luc (1), dont le cabinet contenait une superbe collection de différentes branches de l'histoire naturelle et principalement de coquilles. Suivant une adresse gravée par Choffard en 1756, « Aubert, marchand et graveur, rue Saint-Jacques, près la fontaine Saint- Séverin, à l'enseigne du Papillon, donne avis qu'il a trouvé la véritable façon de fabriquer les papiers veloutés ou papiers d'Angleterre en façon de damas et velours d'Utrecht, en une ou plusieurs couleurs, propres pour tapisseries, écrans à pieds, et devants d'autels, à Paris. » Louis-François Aubert, comme tous les miniaturistes, était fort occupé, à cause de la mode qui voulait qu'on introduisît des portraits dans les bijoux ; on relève dans le journal de Lazare Duvaux, en avril 1754, un beau spécimen de son travail, une tabatière d'écaillé piquée, en cage, à contours, la garniture en or émaillé de rose par Aubert, au retour d'une vieille garniture d'or, dont M"' de Pompadour avait fourni le dessin, et que l'antiquaire estime à 920 livres.
Le contrat (2) fut signé le 3 novembre, par devant Maître
(1) ce Aubert (Louis-François), peintre en émail du Roi, reçu le 23 septembre 1747, rue du Four-Saint-Germain {Liste), t 29 octobre 1755, rue du Four. (Son scellé, t. Il, p. 215). » Liste générale des maîtres peintra et sculpteurs de la Communauté de Saint-Luc de la ville de Paris, publiée par Jules Guiffrey dans VHisioire de l'Académie de Saint-Luc.
(2) Contrat de mariage de Jean-Baptiste Perronneau (à peu près in-extenso) :
Actes Mariage des
3 novembre 1751. Not. de Paris.
Fait en parchemin. (Dix sols.)
Par devant les Conseillers du Roy, Notaires au Chastelet de Paris soussiRnés, furent présens sieur Jean Baptiste Perronneau de l'Académie Royalle de Peinture, majeur, fils de
Desmeures. Les futurs époux reconnaissaient un apport de six mille livres deniers, quatre mille livres en meubles et linge, seize mille livres de douaire. On retrouve dans les signataires du contrat la même variété de situations sociales que dans les modèles du portraitiste, et de précieux indices pour les portraits qui n'ont pas encore été identifiés: Jean-Louis de Gontaut-Biron,
feu sieur Henry Perronneau, bourgeois de Paris et de Damoiselle Marie Geneviève Frémonf cy-devant son épouse, à présent sa veuve, ses père et mère de laquelle d" sa mère le d. sieur Jean Baptiste Perronneau a dit avoir le consentement pour son mariage cy-après ; demeurant à Paris rue Fremanteau, parroisse Saint-Germain l'Auxerrois pour luy et en son nom d'une part.
Et sieur Louis-François Aubert , Peintre du Roy en émail et damoiselle Marie-Antoinette Rapilliar Duclos son épouse qu'il autorise à l'effet des présentes, demeurant à Paris place Dauphine, parroisse Saint Barthélémy, stipulant tant en leurs noms que pour Damoiselle Charles Louise Aubert leur fille mineure demeurante avec eux à ces présentes et de son consentement pour elle et en son nom d'autre part.
Lesquelles parties, en la présence et de l'agrément de Très haut et très puissant seigneur Monseigneur Jean-Louis de Gontaut de Biron, Duc de Biron, Pair de France, abbé de Moisac et de M"' JV.ichel Bouvard de Fourqueux, Procureur général de sa Majesté en sa chambre des Comptes comme aussy en 'a présence et du consentement des parens les amis du d. sieur et de la dite d«"<^, futurs époux, savoir dud. futur époux de: M. Louis Jean Gaignat, Ecuyer, conseiller secrétaire du Roy, Maison couronne de France et de ses finances, Receveur général des Consignations des Requestes du Palais, M''' Louis Félix de Boustancourt, Ecuyer prestredocteur de Sorbonne, M"' Barthélémy Augustin. Blondel Dazaincourt, Lieutenant colonel d'Infanterie, chevalier de l'ordre royalle militaire de Saint-Louis, Intendant des Menus- Plaisirs du Roy, sieur Charles Girard, marchand orphèvre, sieur Jean Baptiste Massé, Conseiller de l'Académie Royalle de Peinture et sculpture, sieur Peter de Pape, bourgeois de Paris, d" Marie Agnès Dubois, son épouze, sieur Isaac van Ryneveld, holandois, sieur Louis Depape fils, sieur Jean Baptiste Lafontaine, sellier des petites Ecuries du Roy, sieur Jean Louis Barante, bourgeois de Paris, s'' Louis Daniel, banquier à Paris, sieur Laurent Cars, graveur du Roy, M'' Gérard Baudet, avocat au Parlement, sieur Julien Leroy, horloger du Roi, sieur Philippe Charles Legendre de Villemorien, administrateur général des Ports, sieur Jean Laroche, arquebuzier du Roy, sieur Sauveur Laroche, aussy arquebuzier du Roy, sieur Jacques Billaudel, intendant ordonnateur des Bastimens du Roy, controlleur du chastenu de Choisy, s'' Charles Duruisseau avocat au Parlement, tous amis.
Et de la part de la damoiselle future épouze, de M' François Joseph Marteau, graveur des Médailles du Roy et de d" Geneviève Girard son épouse, oncle et tante, d""" Marie Françoise Aubert fille, sœur, M. Charles François Aubert de Rigny, Procureur au Parlement, cousin; D""' Geneviève et Victoire Marteau, fille et cousines, d"" Geneviève Colin, fille, sieur Jean Ducrottoy, marchand orfèvre, sieur Jacques Charlier, Peintre du Roy, sieur Michel Ange Charles Challe, Peintre ordinaire du Roy, d"° .Madelaine Nérot, sieur Claude Charles Dominique Tourolle, d*' Charlotte-Félicité Tourolle et de d<' Marguerite Françoise Cocquelin fille, tous amis.
Ont volontairement reconnu, fait, réglé et arresté les conventions du futur mariage d'entre
duc de Biron, pair de France, abbé de Moissac ; Michel Bouvard de Fourqueux, procureur général de Sa Majesté en Sa Chambre des comptes; à distance respectueuse, les témoins de l'époux: Louis-Jean Gaignat, écuyer, conseiller secrétaire du Roy ; Louis- Félix de Boustancourt, écuyer, prêtre docteur de Sorbonne ; Barthélémy-Augustin Blondel d'Azincourt, lieutenant-colonel
les d. s. Jean-Baptiste Perronneau, Charles Louise Aubert, selon le contrat qu'il s'ensuit. C'est à savoir que les d. sieurs Louis François Aubert et d"'^ Marie Antoinette Rapilliart Duclos son épouse ont promis donner la d. d"« Charles Louise Aubert, leur fille au d. sieur Jean-Baptiste Perronneau qui promet la prendre pour sa femme et légitime épouze par nom, foy et loy de mariage et de luy faire faire les solennités de l'autorité de notre mère Sainte Eglize catholique, apostolique et Romaine, le plutost que faire se poura et aussitost qu'il en sera requis. Pour estre les d. sieur et demoiselle futurs époux au d. mariage vus le commun en tous biens meubles et conquets immeubles, suivant la coutume de Paris, au désir de laquelle leur future communauté sera régie et gouvernée et le partage des biens d'icelle fait quand bien même ils feroient cy après leurs demeures ou des acquisitions en Pays Régis par loix, usages, de dispositions contraires, auxquelles est pour le regard dérogé et renoncé. Ne seront néanmoins les d. sieur et d"^ futurs époux tenus de dettes et hypothèques l'un de l'autre antérieures à leur mariage, et si aucunes se trouvent, elles seront payées et acquittées par celuy des d. s. et d'^" futurs époux qui en sera débiteur et par ses biens sans que l'autre des biens ni ceux de la d. communauté en soient aucunement tenus garans ni responsables.
Le d. sieur futur époux se marie avec les biens et droits qui luy apartiennent. (Rayé cy endroit deux lignes entières et seize mots comme nuls du consentement et de la réquisition des parties).
En considération du d. futur mariage, les d. sieur Louis François Aubert, et d" Avarie Antoinette Rapilliart Duclos, son épouze, constituent en dot à la d"'= Louise Charlotte Aubert future épouze, leur fille, la somme de dix mille livres que lesd. sieur et d» Aubert, père et mère, promettent et s'obligent solidairement et sous les renonciations ordinaires au bénéfice de droit pa>eur, fournir et remettre au d. sieur et d"° futurs époux la veille de leurs épousailles .savoir: six mille livres en deniers romptans et espèces sonnantes et quatre mille livres en meubles meublans, effets mobiliers, habits, linge, hardes et bijoux à l'usage de la d. D"» future épouze. Au moyen de laquelle dot et du payement et fournissement d'icelle, les d. sieur et d"" futurs époux, leurs enfans et autres les représentans ou étans en leurs droits ne pouriont demander au survivant des d. s. et d^ père et mère de la d. d"' future épouze aucun compte ni partage des biens du prédécédé d'eux à la charge par le survivant de faire faire bon le fidèle inventaire et encore sous la condition que les d. s. père et mère de lad. d"« future épouze feront faire cette soumission par leurs autres enfans lorsqu'ils les établiront. Desquels biens apartenans aud. sieur futur époux et de la d. somme de dix mille livres constituée en dot à la d. d"' future épouse, il en entrera de part et d'autre en la communauté cy dessus stipulée la somme de mille livres et le surplus sera et demeurera propre à chacundes d. s. et d"» futurs époux et aux siens de son côté et ligne, ensemble, tout ce qui aviendra et échoira aux d. s. et d"' futurs époux pendant leur mariage tant en meubles qu'immeubles à quelque titre que ce soit. Le d. sieur futur époux a donné et donne à la d. d"" future épouze de la somme de seize mille livres de douaire, préfix une fois payé
d'infanterie, chevalier de Saint-Louis, intendant des Menus- Plaisirs; Ch. Girard, orfèvre; J.-B. Massé, conseiller de l'Académie de peinture ; Pierre Peter de Pape, bourgeois de Paris, et Marie- Agnès Dubois, son épouse ; Louis de Pape fils ; Isaac van Rynweld, « holandois » ; J.-B. La Fontaine, sellier des Petites-Ecuries du Roi ; Jean-Louis Barante, bourgeois de Paris ;
lequel sera propre aux enfans qui naîtront du mariage en cas qu'il en existe lors de l'ouverture du d. douaire, mais sera sans retour et en toute propriété au profit de la d. future épouze s'il ne se trouve point d'enfans vivans au mariage lors de l'ouverture du douaire, même dans le cas qu'ayant enfans ils décèdent avant d'avoir ateint leur majorité ou sans laisser de postérité. Le survivant des d. s. et d"" futurs époux aura et prendra par préciput et avant partage faire des biens, meubles de la communauté cy dessus stipulée, tels d'iceux qu'il voudra choisir suivant la prisée de l'inventaire qui en sera lors fait et sans crue jusqu'à concurrence de la somme de quatre mille livres où la d. somme en deniers comptans au choix et option du survivant. En outre, si c'est le d. sieur futur époux qui survit, il reprendra encore au d. titre de préciput, ses habits, linge, hardes et autres choses étant à son usage personnel en particulier, le tout jusqu'à concurrence de la somme de deux mille livres seulement, et si c'est la d">^' future épouze qui survit, elle reprendra encore au d. titre de préciput ses habits, linge, hardes, diamans et autres choses étant à son usage personnel particulier, le tout aussy jusqu'à concurrence de la somme de deux mille livres seulement. Le remploy des propres aliénés de part et d'autre pendant le mariage, sera fait suivant la coutume de Paris, et, aura ia d. d"' future épouze son indemnité sur les biens propres dudit s. futur époux si ceux qui se trouvent dans la communauté cy-dessus stipulée ne se trouvent pas lors de la dissolution d'iceile suffisans pour opérer à son égard le d. remploy, l'action duquel sera et demeurera propre, cy immobilière, à celuy des d. sieur et d"" futurs époux qui aura droit de l'exercer et aux siens de son côté et ligne.
Sera permis à la d. d"" future épouze et aux entants qui naîtront du mariage de renoncer à la communauté cy dessus stipulée, ce faisant de reprendre franchement le quittement de tout ce que la d. d"» future épouze aura aporté au d. mariage, ensemble. Tout ce qui lui sera avenu et échu pendant iceluy, tant en meubles qu'immeubles à quelque titre que ce soit, même la 3. d"" future épouze survivante et exerçant la d. faculté de renoncer, reprendra ses douaires cy préciput tels qu'ils sont ci-dessus .stipulés sans par la d. d"' future épouze ni ses d. enfans être tenus d'aucune dette et charge de la d. communauté, encore que la d. demoiselle future épouze y fut obligée ou condamnée dont, du tout la d'= demoiselle future épouze et ses enfans seront acquittés et indemnisés par les héritiers et par les biens dudit sieur futur époux. Pareille faculté de renoncer à la d. future communauté cy-dessus stipulée est accordée par les présentes aux s. le d. père et mère de 'a d. demoiselle future épouze et aux survivants d'eux Et pour le sieur futur époux donner à la d. d"= future épouze premières marques de la sincérité de son estime, il a fait et fait par les présentes à 'a d. d"' future épouze ce acceptant, même, ce acceptant pour elle par les dis parents de la d"« ses père et mère, donnation entre vifs et irrévocable la somme de quinze mille livres à prendre sur les plus clairs et apparens biens qui se trouveront estre dans la succession du dit sieur futur époux le jour de son décès. Pour que la d"" future épouze, dans le cas où elle survivra le dit sieur futur époux recueillir l'effet de la présente donnation, le jouir faire et dispose en toute propriété de la d. somme de quinze mille livres, pourvu toutefois qu'au dit jour du décès
PI. i6
IIi:i;iciîT DlioUAlS l'iislil. Sij;né et dalo 1754.
(A M. Uaniol ll:illc)
Louis Daniel, banquier à Paris ; Laurent Cars, graveur ; Gérard Baudet, avocat au Parlement ; Julien Le Roy, horloger du Roy ; Philippe-Charles Legendre de Villemorien, administrateur général des postes ; Jean Laroche et Sauveur Laroche, arquebusiers du Roi ; Charles-Jacques Billaudel, intendant ordonnateur des Bâtiments du Roi, contrôleur du château de Choisy ; Charles Duruisseau, avocat au Parlement.
Du côté de Louise-Charlotte Aubert : François-Joseph Marteau, graveur des médailles du Roi et Geneviève Girard son épouse, ses oncle et tante ; Marie-Françoise Aubert, sa sœur ;
du d. sieur futur époux il n'ait aucun enfant vivant nez ou à naître du d. futur mariage et s'il y en a et qu'ils viennent à décéder avant d'avoir aleint leur majorité sans ettre pourvus par mariage, sans laisser de postérité et sans avoir valablement disposé de leurs biens, la présente donation reprendra sa force et vertu et sortira son plein et entier effet au profit de la d. d"" future épouze. Pour l'exécution de toutes les clauses et conventions du présent contrat de mariage, il y aura hypothèque acquise et formée dès aujourd'huy. Pour faire et justifier ces présentes où besoin sera, les parties ont fait et constitué leur procureur, le porteur auquel elles donnent à cet effet tout pouvoir requis et nécessaire, promettant obligeant chacun en droit les dits sieurs et d. père et mère de la d. futur épouze solidairement comme dessus reconnus.
Fait cy après à Paris, en la demeure des d. sieurs pèie et mère de la d. d""^ future épouze cy devant désignée; l'an mil sept cent cinquante quatre le trois novembre avant midy et ont signé: Perronneau - Aubert — Rapilliart du Clos — Aubert — Collin - Marteau — Aubert — Ducrottoy — Girard — J. B. Massé — Peter de Pape — Ryneveld — Dubois de Pape — L. de Pape fils — G. Girard — Geneviève Marteau — Charlier — M. A. Challe — M. Victoire Marteau — M. Nérot et Tourolle — C. Tourolle — Félicité Tourolle — H. Coquelin — La Fcntaine — Babauit — Gaignat — Billaudel — de Boustancourt — Cars — Laroche — Baudet — Gontaut de Biron — duc de Biron — J. Laroche — Julien Leroy — de Villemorien — Blondel Dazaincourt — Duruisseau — Raguenau — Desmeures.
et le quatorze décembre mil sept cent cinquante cinq est comparu devant les Conseillers du Roy, notaires au Chastelet de Paiis, soussignés le dit sieur Jean Baptiste Perroneau de l'Académie Royale de Peinture, nommé en son contrat de mariage cy-dessus et des autres parts demeurant à Paris, Place du Palais Royal, paroisse Saint Germain l'Auxerrois, lequel a reconnu avoir reçu en plusieurs et différentes fois; des f. Louis François Aubert, peintre du Roy, actuellement décédé et dame Marie Antoinette Rapilliart-Duclos — son épouse à présent ?a veuve qui lui ont payé du vivant du sieur Aubert la somme de dix mille livres dont six mille livres en deniers comptans et espèces sonnantes et quatre mille livres en effets le tout pour la dot par eux constituée 3 demoiselle Charles Louise Aubert leur fille, à présent épouze du d. sieur Perroneau de laquelle somme de dix mille livres, il quitte et décharge le feu sieur Aubert et la d. demoiselle son épouze, à présent sa veuve et s'en charge envers la d. dame son épouze promettant, obligeant.
Fait et passé à Pr.ris en l'élude le jour et l'an désignés cy-dessus.
Geneviève et Victoire Marteau, ses cousines ; Charles-François Aubert de Rigny, procureur au Parlement, son cousin ; Jean Ducrottoy, marchand orfèvre ; Jacques Charlier, peintre du Roi ; Michel-Ange Challe, peintre ordinaire du Roi ; Geneviève Colin ; Madeleine Nerot ; veuve Tourolle ; Claude-Charles-Dominique Tourelle ; Charlotte-Félicité Tourolle ; Marguerite-Françoise Cocquelin ; « Tous amis ».
Le père et la mère de la mariée habitant place Dauphine, le mariage fut célébré en l'église Saint-Barthélémy, leur paroisse, le 9 novembre ; Perronneau et sa jeune femme s'en allèrent habiter leur appartement de la rue Fromenteau, qu'ils durent occuper jusqu'en 1756. 11 semble que les charges nouvellement assumées aient provoqué l'instabilité de notre artiste. En fait, sa vie pourrait se diviser en deux parties: l'une presque entièrement vécue à Paris ; l'autre, à dater de son mariage, faite de déménagements, de pérégrinations, sans trêve, jusqu'à sa mort.
L'année 1755 inaugurait cette série d'épreuves. Un envoi considérable au Salon trahissait une recrudescence de travail. La mort de son beau-père, survenue le 20 octobre 1755, dans son nouvel appartement de la rue du Four, en la paroisse de Saint- Sulpice, lui créait une situation difficile. Il fallait partager l'héritage entre la veuve, les deux filles et le fils mineurs. Cet héritage comprenait trois catégories de biens : les meubles usuels ; les métaux et bijoux, prisés par Hubert-Léon Cheval de Saint- Hubert, orfèvre, quai des Orfèvres, et Barnabe-Augustin Mailly, peintre en émail, quai des Morfondus , enfin des biens en Champagne, qui précisément allaient bientôt mettre Perronneau dans le plus grand embarras.
Cette année, il signe cinq fois aux procès-verbaux de l'Académie, le 30 août, le 6, le 10 et le 28 septembre, enfin le 31 décembre. Donc, jusqu'au Salon, qui s'ouvrait le 25 août, il ne donne pas signe de vie Même obscurité en ce qui concerne
ses envois. N'étaient les comptes-rendus des folliculaires contemporains, nous serions bien embarrassés. Heureusement les Annonces, affiches et avis divers du 10 septembre nous avertissent que « deux portraits de M. Perronneau se distinguent aisément de la foule : ce sont ceux du prince Charles de Lorraine et de la princesse Charlotte de Lorraine, abbesse de Remiremont et de Mons ». En quoi se distinguaient-ils ? La « Lettre d'un particulier à un de ses parents peintre en province, sur le Sallon », datée de Paris, le 19 septembre, nous l'apprend : « M. Peronneau nous a mis sous les yeux un portrait colossal, en cuirasse, n° 92, (respect à part dû au Prince qu'il représente) ce portrait eût pu figurer au plafond du dôme des Invalides, s'il eût été plus fier de couleur. Tous ses autres portraits sont gris et portent un air com.mun. Je vois avec chagrin la décadence d'un si jeune académicien qui avoit paru promettre d'abord. »
Estève (1) s'indigne de l'abondance des portraits, ne reconnaît qu'aux personnages d'importance le droit de se faire portraicturer: « Qu'on peigne M. le marquis de Marigny, c'est le droit des gens, personne n'en saurait murmurer. Il en est de même du portrait qu'a fait La Tour et de plusieurs autres que je pourrais citer, soit de M. Van Loo le neveu, de M. Nattier, de M. Tocqué et de M. Perronneau... Vous voulez donc scavoir. Monsieur, par quels motifs je blâme la multiplicité des portraits qu'il y a cette année dans le Salon. Ma réponse est toute simple. La plupart de ces portraits sont peints si admirablement, que les yeux les moins faits pour s'y connaître en sont blessés. » Et il déclare que « dans le portrait de M""' la princesse Charlotte de Lorraine, Id main qui tient l'éventail est estropiée et la tête fort mal coëffée. »
Dans quel refuge se cachent les portraits de M°'° Vanville tenant un bouquet de barbeaux, de M"' *** et de M'"° *** en
(1) Lettre à un partisan du bon goût sur l'Exposition des tableaux faite dans le Grand Salon du Louvre, le 28 août 1755. — Seconde lettre "i un partisan du bon goût.
chasseresse ? Quels noms dissimulent ces astérisques ? Pouvonsnous au moins ranger parmi « les cinq portraits d'hommes sous le même numéro dont un peint en huile, le docteur Poissonnier, dont G. -P. Benoît a gravé une planche aux frais de Louis- François Rigaut, médecin et physicien de la marine ? Le personnage est vu de face, assis, avec une cravate et un jabot de dentelle, un gilet entr'ouvert, un chapeau passé sous le bras droit ; à gauche, une tenture soulevée laisse voir quelques livres. L'ovale repose sur une tablette où on lit les titres du savant. Né à Dijon, le 5 juillet 1720, le docteur Poissonnier fit ses études à la Faculté de médecine de Paris, succéda en 1747 à Dubois comme professeur de chimie au collège de France, fut premier médecin au.K armées, puis médecin consultant du Roi. Il trouva, nous dit la chronique, un procédé pour dessaler l'eau de mer. En relation avec les écrivains et les savants de son époque, il possédait une belle collection de tableaux, et Boucher, auquel il donnait ses soins, peignit pour lui son dernier tableau. Pendant la Terreur, il fut incarcéré avec sa femme, l'ancienne nourrice du duc de Bourgogne, et il mourut à Paris, le 17 septembre 1798.
En 1755, on découvre enfin la seconde trace des rapports de Perronneau avec la Hollande. En effet, comme Desfriches, cette année-là, demande à un marchand hollandais, un certain Van der Muer, des Hobbema et des Ruisdaël : « J'en ay, lui répond celui-ci dans son jargon, qui sont autant plus bons que cel que j'avai vandu à M. Perronneau que leurs prix est au dessu et vous pouvez bien croire, Monsieur, que pour un des melieurs Reysdal, vous les aurez pas moins cent florins. »
Du 31 décembre 1755 au 26 mai 1759, Perronneau ne signe pas une seule fois aux procès-verbaux de l'Académie.
1756 Cependant la liste que publiait chaque année l'Académie Royale et qui contenait l'adresse et les noms de ses membres.
JArOU Uli IvUETSClÈMAR
Pastel. Signé et daté 1/54.
(A il. Van Kictschmar)
en une petite brochure à couverture dorée, nous apprend qu'il habite, de 1756 à 1759, au bas de la rue des Fossés Saint-Victor. Que s'était-il passé dans cet intervalle ? Chacun se souvient d'avoir vu à l'Exposition de Cent Pastels un délicieux portrait, l'Homme aux trois roses, qui troubla bien des cœurs sensibles et charma tous les yeux. Sur le fond vert tendre s'enlève l'habit souple, flottant, d'un rose « velours de pêche » où les reflets blancs sont à ce tissu ce que la fleur est au fruit ; le revers du col est de satin noir; un flot de dentelles s'échappe du tour de cou en linon et descend en double jabot ; les larges bouillonnes en point d'Alençon font un nuage aux trois roses thé qui sortent d'une boutonnière de l'habit. Comme l'habit est bien le principal personnage ! Comme il efface ironiquement la physionomie un peu efféminée de ce jeune homme aux yeux d'aigue-marine, au nez busqué, au toupet « en vergette », aux cheveux poudrés à frimas, frisés sur le côté en larges boucles qu'on appelait alors des ailes et, sur la nuque, ramassés en catogan par un large nœud de taffetas noir ! A coup sûr, ce joli homme est un galant, un de ces compagnons de plaisir dont une femme aimait à dire : « Son air m'enchante, son ton, ses manières. »
Le premier moment de séduction passé, on s'approchait, et on lisait en haut du tableau la signature et la date 1756. Comme nous le verrons plus tard, à propos de l'année 1765, l'Homme aux trois roses ne serait autre que M. Tassin de la Renardière. M. Groult avait fait sa connaissance aux environs de Bordeaux, dans le château du Petit-Verdus. Voilà qui nous donnerait la date d'un second séjour de Perronneau dans cette ville, confirmé par le portrait au pastel d'un jeune homme appelé M. de Reauséjour, signé et daté, et en possession de M. Laliment, au château de In Touratte, dans la même région. A la même année remonte le portrait de Jean Couturier des Flottes, à l'âge de vingt-trois ans, légué au Musée du Louvre par M. Henri de Fonbrune.
L'année 1757 reste mystérieuse. Au Salon du Louvre, l'artiste envoyait « plusieurs portraits au pastel », sans plus d'explication. Même incertitude si l'on consulte les contemporains. Le Mercure de France nous déclare en octobre que « M. Perronneau a exposé plusieurs portraits en pastel peints avec facilité. » Les Annonces, affiches et avis divers du 7 septembre observent la même discrétion: « Les pastels de M. la Tour et ceux de M. Perronneau font ici leur effet ordinaire. » Et ce serait tout, du moins quant aux documents officiels, si l'on n'avait fait récemment une découverte que nous considérons comme étant de la plus grande importance. Nous savions déjà que Perronneau avait séjourné et travaillé à Bordeaux et nous avions signalé, dans la première édition de cet ouvrage, un certain nombre de ses portraits exécutés dans cette ville en 1769. Mais voici que l'on vient de trouver chez les descendants de la famille Journu, à laquelle nous avions fait allusion, toute une série de portraits des membres de cette famille dont huit sont de la main de notre artiste et une quinzaine d'autres dus à différents peintres. Le premier en date serait celui d'un fils Journu (1) : le personnage est un ecclésiastique vu de face, en soutane noire et rabat, avec une ceinture montant très haut et reflétée de bleu, tandis que le fond s'éclaire d'un or léger (pi. 18) ; l'œuvre est signée, en haut et à gauche, à la mine de plomb : Perronneau, 1757. S'agit-il d'un des vingt-deux enfants de Madame Journu, de celui qui fut chanoine au chapître de Saint-Dié ?
Faut-il rapporter à cette même année quatre pastels qui ont la même origine? Le premier est un portrait d'homme, vu de face, dans une harmonie de rouge, un tricorne passé sous le bras, avec un col de lingerie blanche, une cravate de dentelle attachée à un ruban de soie noire (pi. 19) ; le deuxième représente une femme dans une harmonie de rose, avec un décolleté en carré,
(1) Collection Demotte.
généreusement ouvert et sur lequel tranche, d'une manière piquante, un ruban noir, noué autour du cou ( pi. 20) ; le visage est gracieusement incliné, avec des yeux à la fois tendres et rêveurs, une expression légèrement ironique, un grand front, auréolé de cheveux poudrés et relevés sur lesquels se pose légèrement une coiffe aérienne de dentelle. Cette œuvre et la précédente sont signées, en haut et à droite, à la mine de plomb. Le troisième pastel (1) figure un homme encore jeune, tourné de droite à gauche, regardant de face et, comme on dit, laissant venir(pl.21) ; les cheveux sont frisés sur les tempes en marteau, noués sur le cou en catogan, les yeux fins, les sourcils bien marqués ; l'habit de velours rose s'agrémente d'un jabot blanc ; le tableau est également signé en haut à la mine de plomb. Le quatrième est loin d'avoir la qualité des trois précédents. Est-ce la faute de l'artiste qui ne semble pas avoir atteint ici à la désinvolture et au brio des ouvrages qui précèdent ? Est-ce au contraire le fait de cette demoiselle Journu qui manque décidément de grâce, malgré la somptuosité de son collier de perles et de son costume bleu encadré de cygne ? En tout cas, cette dernière œuvre n'est pas signée (2).
En 1758 il n'y eut pas de Salon à Paris, mais à Toulouse, et 1758 Perronneau y figurait avec quatre portraits (3). Suivant le livret, l'un d'eux ne portait pas de désignation ; l'autre était celui de M. Dujon, peintre toulousain (4), ami de l'artiste. Deux autres enfin figuraient M. le marquis de Mirepoix, Brigadier des armées du Roi, et M°" la Marquise. M. le duc de Lévis-Mirepoix, leur descendant, a bien voulu nous écrire de son château de Léran
(1) Ces trois pistels faisaient partie de la collection Demotte.
(2) Collection Demotte.
(3) Cf. L'Art à Toulouse. — Les n Salons de peinture ii, par le baron Desazars de A\ontgailhard dans les Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, 1901, in-4''.
(4) Dans l'Histoire de l'Académie de Saint-Luc, par Jules Guitfrey ,est mentionné un peintre du nom de Charles Dujnn, reçu en 1784, rue du Faubourg Saint-Denis, député en 1786.
qu'il possédait plusieurs portraits du marquis de Mirepoix, brigadier des armées du roi et de la marquise, sa femme, et notamment deux très jolis pastels non signés, mais qui peuvent bien être les deux portraits exposés par Perronneau au Salon de Toulouse. Ce n'est malgré tout qu'une supposition et les archives de la famille de Mirepoix ne contiennent aucune indication à ce sujet. Il s'agit probablement de Louis Marie-François-Gaston, marquis de Lévis-Léran, mousquetaire de la Garde du roi en 1744, colonel du régiment royal de Marine-Infanterie, en novembre 1745, lieutenant-général au gouvernement de Bourbonnais, qui se trouvait, avec son régiment, à la conquête de l'île de Minorque, fut fait, en juillet 1756, brigadier des armées du roi et, le 25 septembre 1757, mis en possession de la totalité des biens du maréchal de Mirepoix, dont il était le neveu. Il avait épousé, en août 1751, Catherine-Agnès de Lévis-Château- Morand, sa cousine, née en 1736, fille aînée de feu Charles- François, comte de Lévis, lieutenant général des armées du roi. La mention de M. Dujon, « peintre toulousain » et ami de l'artiste, la participation importante de Perronneau au Salon de Toulouse, son abstention à l'Académie, tout nous fait supposer un voyage à Toulouse en 1758.
«759 Nous sommes mieux documentés quant à l'année 1759. L'Académie, dans sa séance du 16 janvier, reçoit « une lettre de compliment de M. Peronneau, académicien, présentement à Lion ». Dans son Livre de Raison (1), Jacques-Charles Dutilleu écrit: (f C'est en 1759 que j'ai fait faire mon portrait et celui de ma femme (2). » Ce Dutilleu (3), né à Paris en 1718 et mort à Lyon
(1) Publié et annoté par F. Breghot du Lut, Lyon. Imprimerie Mongin-Rusand, en 1886, gr. in-8">, p. 37.
(2) Le portrait du mari est passé entre les mains de M. Lasquin, à !a vente de la collection de M. Jacques Doucet, puis dans la collection de M. Georges Dormeuil ; l'autre se trouve dans la collection de M. Léon Michel-Lévy.
(3) On connaît un autre Dutilleux, peintre, rue Sainte-Marguerite, faubourg Saint-Germain, qui a exposé au Salon de 1753: un panier de pêches, des tulipes, différents légumes et animaux, une corbeille de fleurs et quelques fruits, etc.
PI. i8
L'aubk Jouhnu Pastel. Sisnc et daté 1707.
A il. Demottc)
[e 30 octobre 1777, avait travaillé quelque temps à Paris sous la direction d'Oudry. Dessinateur à Lyon, puis fabricant, sous la raison sociale Dutilleu et C\ il fut inscrit en 1747 sur le livre de la communauté des maîtres fabricants et nommé maître Garde en 1760, par dérogation exceptionnelle aux statuts qui excluaient de cette charge tout fabricant né en dehors des provinces désignées. Sa femme, Benoîte Sacquin, qu'il avait épousée le 8 janvier 1753, naquit à Lyon le 7 mars 1731 ; elle lui donna, avant 1759, trois fils, dont un mort en nourrice, et devait lui en donner un quatrième, à la fin de cette même année. L'homme apparaît à 41 ans, tel que nous le montre son Livre de raison, correct, honnête, cordial, vertueux, si la vertu consiste à dominer sa passion. La monotonie de la composition est sauvée par un arrangement exquis de complémentaires : un habit abricot, un gilet de la même nuance, doublé de fourrure, car l'hiver est rude et la Saône est gelée, un fond de bleu rompu de jaune, un tricorne passé sous le bras, voilà pour encadrer ce visage limpide, aux yeux bleus, dont la franchise s'accommode fort bien du tour de cou en linon blanc et de l'habituel jabot de dentelle. Elle, a vingt-huit ans ; son large décolleté, s'entoure d'une ample draperie bleue, qui rappelle l'Olympe mythologique de Nattier ; un nœud de ruban attache sur le cou un esclavage de perles ; dans les petites frisures des cheveux poudrés en tapé, quelques fleurs rappellent le bleu de la toilette et répondent aux ors du fond. Avec ces deux portraits, nous entrons dans la société lyonnaise du XVlir siècle qu'évoque le Livre de Raison de Dutilleu; car il est probable que Perronneau ne dut pas s'en tenir à in fnmille de Dutilleu.
De Lyon, Perronneau s'en fut en Italie, à Turin, puis à Rome. En effet, dans une lettre (1) à Marigny, de Rome, le 28 mars
(1) Correspondance Jes directeurs de l'Académie de France à Rome avec les surintendants des liàtiments, puhliéc d'après les iii.amiscrits tics Archives nationales, par Anatole de Montaiglon et Jules Giiiffrey. Tome .\I, 1751-I7(!,^, Archives nationales, O^ 1040.
1759, Natoire, directeur de l'Académie de France, déclare: « M . Peronot, peintre en pastel et arrivé depuis quelques jours à Rome; ses affaires l'enpêcheront de faire un long séjour; à paine verat-il les principalle chose. Je suis... Natoire. »
Une lettre (1) envoyée par Perronneau à Dutilleu nous indique de quelles affaires il s'agissait :
« Monsieur,
« Il i a lontemps que j'aurois eu l'honneur de vous écrire si je n'avois eu envie de voire monsieur Bachelier, qui est introuvable, estant à la Cour ou à Sèvres: je l'ay vu et lui ay fait vos compliments, et aussi sur plusieurs de ses ouvrages dont il fait une lotterie ; c'est très beau. Il nous a donné un grand tableau d'une Résurrection, peint d'une manière trouvée par M. le c. de Queylus, qui est de peindre à fraisque et, quand cela est fini, de passer à l'huile par derrière. Je ne croi pas cette façon bonne.
« Je ne vous ay point écrit aussi parcequ'étant arrivé à Paris, j'ay trouvé les affaire de famille pour des partages et arrérages de terre si embrouillé que j'ay esté obligé d'aller en Champagne où tout est terminé et arrangé. J'y ai trouvé de la mauvaise foix, du moins de la négligence pour des orfelins, des maisons point loué depuis quatre ans, des réparations exorbitante, enfin 'e revenu depuis la mort de mon beau-père sans fruit. Quant à Paris, il n'i a point d'argent, beaucoup de manquemant de parolle de gens qui ne paient qu'en parti. Enfin j'ay hâté mon voyage d'Italie affin de terminé mes affaires et aussi de me montré au sallon ; mais je le continuerai peut-estre cet hivert ; je verrai Milan, Gennes, etc. C'est Mgr le prince Charles qui me décidera ; il est fâché que depuis quatre ans son grand portraict ne soit pas fini.
« Je ne puis assé vous remercier à tout égard des bontés dont vous m'avez honoré à Lion ; j'en sens tout le prix. C'est aussi par
(I) Cette lettre appartenait à M. Maurice Tourneux.
le sincère attachement que j'ay pour vous, monsieur, que j'ay été mortifié de ce que vous prite dans un sens moins avantageux la lettre que j'eu l'honneur de vous écrire de Turin, mon intention n'ayant esté que de vous donner le témoignage de ma bonne volonté à vous servire ; je vous doit exactement tout ce que j'ay fait à Lyon ; je vous en proteste ma sincère reconnaissance. Vous auray une teste de moy que je vous priray d'accepter ; je ne puis vous dire quand ; ce ne sera pas pour macquitter, mais comme un tribu de tout ce que je vous doit. Assuré Madame de mes obéissanses ; je lui soitte une bonne santé. Ditte bien des choses pour moy à monsieur Hémard ; je ne puis assé le remercier des marques d'amitiés qu'il m'a témoigné ; j'assure aussi de mes respects Madame Hémard.
« J'ay l'honneur d'estre, monsieur, avec bien de la reconnaissance,
« Votre très humble et très obéissant serviteur.
c( Perronneau.
« A Paris, ce 1" S^^^ 1759.
« Mon adresse est à l'Emperetire Tibère, quay de la Mégissene. Bien des compliments, s'il vous plaist à M. Douet que j'estime à tout égard. »
Perronneau ayant passé par Lyon, Turin, Rome et... la Champagne, était arrivé à Paris au mois de mai ; le 26, il signait au.v procès-verbaux de l'Académie et, le 23 août, il arrivait au Salon du Louvre avec huit portraits, ceux de M. Vernet, de M. Cars, de M. Cochin, de M. Rohbé, et « quatre têtes d'hommes « classées sous le numéro 64, sans plus de commentaires.
Trois lettres de Robbé de Beauveset à Desfriches (1) montrent que les portraits de Cochin et de Robbé étaient commencés
(1) Collection Ratouis de Limay. — Pierre-Honoré Robbé de Be.iuvesct, poète licencieux de l'école de Piron, né à Vendôme, en 1714, mort à Saint-Oerm-iin-en-Laye, en 1792, est l'auteur d'une Satire sur le gnCit de Mon Odyssée ou le Journal de mon retour de Saintonge, poème pour lequel DeRfriclie."!, son oncle par alliance, composa quatre vignettes qui furent gravées par Cochin, et de quantités d'épîtres badines, d'odes, de contes licencieux.
depuis longtemps et nous renseignent sur la méthode de Perronneau.
La première est datée de 1757:
ri Ah, mon cher oncle, que c'est un cruel métier d'être manequin. Ce diable de Peirroneau exigea hier de ma complaisance que j'endossasse la casaque de soye de Mons. Cochin qui pendant ce tems-là étoit aux noces de M'" Jombert dont, par parenthèse, je n'ay pas été prié. M. Jombert jugeant apparament qu'il y avoit assés de beaupères, il exigea dis-je en outre que je tinsse le bras gauche tendu ayant un porte crayon entre l'index et le pouce, et que je restasse dans cette gênante attitude la journée entière, mon diner néanmoins prélevé sur ce tems-là. J'ay cru que le poids du levier que formoit mon bras étendu emporteroit ma clavicule. Jamais Spartiate n'a poussé si loin la patience. Je me suis tenu comme un terme dans cette gênante attitude avec un bon serment cependant de refuser à jamais quiconque me proposeroit de faire de ma carcasse un homme d'ozier et de me manequiniser. Ainsi, mon très cher, quand vous verres le gracieux minois de Cochin qui semble vous parler, vous dires c'est bien la voix de Jacob, mais ce sont les mains d'Esaii. Je vais chés mon peintre à dix heures pour recevoir ma dernière façon d'habit après quoi l'on enchâsse le nouveau saint, dont la translation dans votre Musœum se fera après qu'il aura été exposé un mois à la vénération publique. »
La seconde est de 1758 :
« Nous partons sans faute, mon très cher, en chaise de poste, vendredy matin, pour arriver à diner à Villegagnon où nous ne resterons certainement que dix jours. Vous aurés de mes nouvelles dès que j'y serai arrivé. Ma tête est d'un fini étonnant; pas le plus léger trait ne lui est échappé. La séance de Samedy m'a cruellement fatigué. Peironeau m'a tenu sur les jambes une demi-journée entière, toujours dans la même attitude. Mon nés lui a fait souffrir les douleurs de l'enfantement ; il dit qu'il renon-