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POKTKAIT li'ilOMMli llli LA l'AMII.LK Joi'KNU
Pastel. Sisné. 1767?
(Ancienne collection Demotte)
ceroit au métier s'il falloit qu'il accouchât tous les jours de pareil nés. Il y trouve autant de finesses que Marcel trouve de choses dans un menuet. Il ne luy reste que l'habillement à achever. L'habit de soye bleue qu'il me taille relève on ne peut pas mieux sa figure. La tête sort de la toile et menace de l'épigrame quiconque la regarderoit de travers. Je ne scais si vous n'entendes pas le stile métaphorique. J'aurois dû pourtant vous y habituer. Je vous dis cela à propos de ce que vous ne me dittes rien des frais qu'il faut nécessairement faire pour me mettre en état de paroître décement au Salon. La glace et la bordure sont, je pense, une affaire de 30 ou 36 L. Il n'est pas naturel que Peirronneau les tire de sa poche ; j'en ferai les avances... J'emporterai là-bas le prologue de Boucher et, si la verve m'en dit, je le finiray en Brie. Je n'iray pas aujourd'hui chés Peirroneau parce que comme amateur j'ay une loge de retenue à la grève pour assister au spectacle que doit nous donner un graveur de mes voisins qui s'est avisé il y a eu hier huit jours d'assassiner de douze coups de poignard un huissier au Parlement dont il besognoit la femme. »
La troisième est de 1759 :
« Je serois inconsolable si quelqu'un vous faisoit sa cour avant moi. M*^ Thibout, à qui j'ay lu votre lettre et qui vous attend comme Vernet fait les gens, je veux dire les bras ouverts, vous prie de vous prêter de bonne grâce à cet arrangement... Mon bon Ange me fit dernièrement faire au Luxembourg la rencontre de Peirroneau. J'étois avec M" Thiboust. Je ne manquay pas à me plaindre bien haut du martire qu'il me fait souffrir en me tendant depuis sept ans sur le chevalet sans me donner le coup de grâce. Il sentit ce que cela vouloit dire et sur le champ le jour fut pris pour reprendre et continuer ma figure. Cochin est mon camarade de Grève, nous sommes sur le chevalet à côté l'un de l'autre. Trois vacations passées sur mon ébauche ne l'ont plus rendu reconnoissable. Je me vois sur la toile comme dans un
miroir. Il a volu que je lui récitasse des vers pendant sa connposition et je le voiois saisir avidement et transporter rapidement sur la toile tout le feu qui sortoit de ma déclamation. Son intention est de me pendre au Salon en regard avec Mons Cochin et il compte que nous ferons deux pendus d'assés bonne mine. Vous y verres aussi Verney qu'il a rendu avec toute l'âme qu'y auroit mis La Tour, et quelques autres que vous ne connoissés pas et qui sont très bons à voir. Le fâcheux de l'aventure c'est que ce n'est pas pour moi que Monsieur travaille et que c'est à vous que ce portrait est destiné de façon que je n'auray pas même le plaisir de vous en faire le cadeau. Ecoutés, M"^ mon oncle, quand je me donne, je me donne in puris uaturalibus, c'est à vous à faire les frais de ma friperie si vous ne voulés pas voir à votre neveu les postères en un état d'indécence qui vous feroit honte. Je suis enchanté que M' le Noir ait réussi à peindre aussi parfaitement ma Germaine aînée. Est-ce que nous ne verrons pas aussi le malin petit chat guettant sa proie sur la toile ? Il ne manque que cela pour compléter la famille. »
Le portrait de Robbé de Beauveset, fait pour Desfriches qui l'estimait 72 livres — au prix du temps — se trouve au musée d'Orléans. Le poète porte un habit bleu et l'habituel tour de cou en linon blanc avec un jabot de dentelle ; le nez est, en effet, caractéristique, et nous ne doutons pas que Perronneau ait dû en « souffrir les douleurs de l'enfantement ». Le « gracieux minois de Cochin » reste inconnu. Si l'on en croit la lettre de Robbé, le dessinateur tenait « le bras gauche tendu, ayant un portecrayon entre l'index et le pouce », avec « une casaque de soye ». La dernière phrase de cette lettre : « Je vais chés mon peintre à dix heures, pour recevoir ma dernière façon d'habit, après quoi l'on enchâsse le nouveau saint, dont la translation dans votre Musœum se fera après qu'il aura été exposé un mois à la vénération publique », prête à la confusion. Robbé vient de dire qu'il pose au lieu et place de Cochin; il se pourrait que le portrait de
Cochin ait été fait pour le cabinet de Desfriches. On ne connaît pas davantage la destinée du portrait de Vernet. A en croire son Livre de Raison, ce peintre quitta Paris de 1753 à 1759, pour peindre la suite des ports de France, et il séjourna notamment à Bordeaux de 1757 à 1759. Il est probable que Perronneau a exécuté son portrait dans cette ville, soit en 1757, soit en 1758, avant ou après le Salon de Toulouse.
Il y a dans les notes manuscrites de Mariette, conservées au Cabinet des Estampes, un joli croquis de Laurent Cars, le fils : « Cars, ami des artistes, les réunissait souvent chez lui, son esprit vif et agréable était parfois caustique, mais sa douceur faisait disparaître cette erreur de l'esprit. Nous rappellerons ici un trait qui en peignant sa vivacité offre une preuve de sa bonté naturelle. Son père en son absence ayant fait des corrections à une planche qu'il gravait, en avait gardé plusieurs parties ; à son retour le jeune artiste emporté par un mouvement involontaire efface avec colère la place où les travaux avaient été changés ; à peine rappelé à lui, la crainte et la douleur d'avoir manqué à son père lui fit une telle révolution qu'il en tomba dangereusement malade. Les qualités de son cœur étaient encore préférables à celles de son esprit. » Le pastel de Perronneau, entré au Louvre avant 1781, révèle ce double caractère du personnage, esprit et bonté(pl.22). L'œuvre enchantait Concourt qui vantait «le ragoût des petites touches, le modelage dans le tapotage,le travail artiste, léger, spirituel, le verdâtre corrégien des demi-teintes d'où s'enlèvent des tons de santé et le rose du front, du nez, des pommettes, du menton, l'animation riante de toute la tête ». La Chalcographie possède la belle planche qui en a été gravée par Miger, exposée au Salon de 1779, et achetée en 1782 par l'Académie Royale de peinture et de sculpture pour la somme de 300 livres. En mai 1904, à la vente de la collection de la princesse Mathilde, un autre portrait de Laurent Cars, une peinture sur toile était adjugée 12,500 francs à M. David Weill ;
on y voyait le peintre, en robe de chambre couleur gorge de pigeon, perruque poudrée, un mazulipatam de soie rayée de bleu et de puce, négligemment noué autour du cou, et laissant apparaître l'extrémité du col de la chemise; Thomme semblait avoir pris en vieillissant une physionomie plus soucieuse et décidément abandonné la raillerie pour une bonté un peu grave.
Les envois du pastelliste ne plurent pas à tous. Un folliculaire de 1759 (1) le reprend ainsi: (f M. Perronneau donne dans un autre excès ; ses Portraits quoique dessinés avec esprit sont d'un ton gris qui leur ôte une partie de leur mérite. » Les Annonces, affiches et avis divers, se bornent, en les mettant sur le même plan, à citer « plusieurs portraits en pastel de M. de la Tour et de M. Perronneau ». h'Année littéraire se montre plus satisfaite: Ci M. Perroneau dans ses pastels joint à une exécution spirituellement détaillée une couleur vraie et séduisante. » La Feuille nécessaire insère la rectification suivante : « Vous avés mis par erreur M. Tocqué au nombre des peintres en pastel ; c'est sans doute M. Peironneau dont vous vouliés parler ; cet artiste a donné à ses pastels toute la vie et toute la grâce dont ce genre est susceptible. »
1760 Du 23 août 1759 au 3 septembre 1763, Perronneau ne signe pas aux procès-verbaux de l'Académie. On relève, d'autre part, dans la liste annuelle des membres de l'Académie Royale, son adresse à Paris de 1760 à 1763, rue Notre-Dame-des Victoires, la cinquième porte cochère à droite en entrant par la place. Nous avons les preuves d'un séjour de l'artiste sur les bords du Loiret en 1760: ce sont deux pastels représentant François Pinchinat, écuyer, conseiller secrétaire du Roi, et Avoye Seurrat, son épouse (pi. 23) ; François Pinchinat et sa femme habitèrent durant
(1) Lettre critique à un ami sur les ouvrages de MM. de l'Académie exposés au Salon du Louvre, 1759.
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POKTKAIT DE ncMMK DlC I.A l'AMII.I.E JoURNU
Pastel. Sicile. 1767?
(Ancienne l'ullcction Dcniotte)
toute la fin du XVIIT siècle la terre de La Fontaine, près d'Olivel, qui appartient aujourd'hui à M. d'Illiers, l'un de leurs descendants. Ces pastels, restés sur les bords du Loiret, et dans la même famille, se trouvent aujourd'hui chez le comte de Richebourg. Tous deux ont subi, dans le courant du XlX" siècle, des transformations destinées à leur donner la forme de l'ovale empire. On a recollé du papier sur les fonds et, à ce jeu, toute signature a disparu. Toutefois, à droite et en haut du pastel de M"" Pinchinat, on a réécrit au crayon « Perronneau » et la date 1760. A défaut de cette indication, la facture des pastels dénote suffisamment la main du maître pour que nous n'ayions pas hésité un instant à les lui attribuer. Les lettres de Perronneau à Desfriches, montrant son intimité avec la famille Pinchinat, confirment cette attribution. M"" Pinchinat a mis son bonnet de dentelle, un collier de perles et une robe de soie bleue agrémentée d'une dentelle noire. Son mari porte un habit de soie rose avec un jabot de dentelle.
Nous estimons que les portraits de M. Boyer, armateur, d'une jeune femme « inconnue )> et d'un enfant en costume de hussard bleu, que M. Arthur Veil-Picard avait prêtés à l'exposition de Cent Pastels, doivent remonter à la même époque, et cela pour une raison tirée de l'histoire du costume. Les cheveux poudrés de l'enfant, bouclés en ailes, débordent du shako ou bonnet de hussard dont la pointe allongée, renversée sur l'épaule droite, se termine par des pompons et de petites boucles de métal qui indiquaient, dans les régiments, combien de têtes avait coupées chaque hussard avec son grand sabre recourbé. Il est revêtu du dolman, c'est-à-dire de la veste bleue à manches plates, relevée par des brandebourgs et des boutons d'or. La pelisse de drap bleu, doublée de peau de mouton, jetée sur l'épaule gauche et retenue par un simple cordon, est décorée de ganses, de tresses et d'olives également en broderie d'or. Ce manteau se mettait du côté que venait la pluie. L'enfant porte une bandoulière de
soie, galonnée comme elle l'était pour les corps d'élite, et allant de l'épaule droite vers le côté gauche; une petite cravate de linon blanc rayé met un nuage très doux à ce visage rosé. Ce n'est que vers 1760, après maints changements, que le costume, jusque-là étranger, se francisa, et qu'en 1760 que le costume fut bleu de ciel, dit « de hussard », pour devenir ensuite vert avec shako et culotte rouge. Or, le charmant petit hussard est le fils de M. Boyer, armateur, si agréablement vêtu d'un habit et d'un gilet vieux rose, avec un tour de cou en linon blanc et un jabot en point d'Angleterre ; peut-être sa mère est-elle la « femme inconnue » qui lui ressemble étrangement, accompagne sa grâce mutine d'un charme jeune encore, et harmonise, comme lui, à sa joliesse blonde, des tonalités bleues ou noires. Avec M. Boyer. nous pénétrons dans la société bordelaise du XVllf siècle. M. Boyer, armateur, était l'ami de Le Kain. Les archives de la Gironde ont publié des lettres de Le Kain à Boyer. Le Kain vint même à Bordeaux pour lui recommander son fils, désireux de s'embarquer pour l'île Bourbon. A cette époque, Perronneau demeura quelque temps à Bordeaux.
•763 De là, il se rendit en Hollande. La Hollande était fort à la mode dans ce temps chez les artistes et chez les amateurs de France. Comme la France, elle avait ses Lally Tollendal, ses Suffren, et cherchait à compléter l'exiguité de son territoire par la hardiesse de ses entreprises. Rien d'étonnant à ce que les Boucher, les Desfriches, les La Tour, les Perronneau aient voulu voir ce pays où se retiraient des nababs, où les navires débarquaient les trésors des Indes mystérieuses, où Rembrandt, Hobbema et Ruysdaël avaient vécu. C'est là qu'en 1766 Boucher accompagnera l'amateur Randon de Boisset. C'est à Amsterdam qu'en 1766 Desfriches achètera des tableaux hollandais de M. Fouquet, marchand. C'est à Utrecht, dans le même temps, que La Tour, hôte de la famille de Tuyll, au château de Zuylen,
fait le portrait d'Isabeila Agneta Elisabeth van Tuyll, dite Belle, de Zuylen, la future Madame de Charrière. C'est à La Haye ou à Amsterdam que Perronneau, en 1761, court après la fortune (1).
Le portrait de Gérard Meerman (2), conseiller et syndic de Rotterdam, au muséum Meermanno-Westreenianum de la Haye, pourrait-il dater de 1747, année pendant laquelle Meerman se trouvait en France ? La tête est-elle bien celle d'un homme de vingt-cinq ans, Meerman étant né en 1722 ?
Puis ce fut le tour du baron Daniel Hogguer, échevin d'Amsterdam. Il s'intéresse à notre artiste, héberge La Tour ; il semble avoir assuré aux Français de passage à Amsterdam une hospitalité cordiale, une table « hollandoise » et avoir tenu pour eux, avec eux, une véritable cour d'amateurs. C'est dans son entourage que Perronneau a dû connaître ses autres modèles et notamment un autre échevin d'Amsterdam, Gérard Arnout Hasselaer (3), bourgmestre de la ville, né en 1690 et mort en 1766. Cet Hasselaer est sans doute « M. Hasslard, gentilhomme hollandois », auquel Joseph Vernet, dans son Livre de Raison, consigne avoir livré six tableaux en toile de quatre palmes de large. Le portrait qu'en a tracé Perronneau est bien dans la manière
(1) La date de ce premier voyage est donnée par une lettre de Perronneau à Desfriches en 1772.
(2) Gérard Meerman est l'auteur d'un ouvrage, en deux volumes, intitulé : Origines tvpographicœ, Gerardo Meerman auctore, 1765. Trois années auparavant, il avait fait paraître un : Plan des origines typographiques, traduit du latin en français. Amsterdam et Paris, 1762, in-S" de 124 pages.
(3) Nous devons à l'obligeance de M. Staring, communication des précieuses indications suivantes:
Ce Gérard Arnout Hasselaer (1690-17C6), fut plusieurs fois élu bourgmestre d'Amsterdam (notamment en 17fil, 1702, 1764). F.n 1763, il a 73 ans; c'est bien l'âge du modèle du pastel de M. Kronig. Sa fille Catharina Elisabeth épousa, en premières noces, Lieve Geclvinck, mort en 1757, fils de Nicolaas Geelvinck, seigneur de Castricum (1706-1764), élu bourgmestre d'Amsterdam en 1747, mais déposé l'année suivante par le Stadhouder. C'est le « Guelwin » du livret du Salon de 1763 ou, peut-être, un de ses fils, Nicolaas (1732-1787), ou Joan (1737-1802).
M™" Lieve Geelvinck, née Hasselaer, grande amie de Belle, de Zuylen, appartenait (comme
grave qui sied à un échevin d'Amsterdam (1): le visage aux traits pinces s'encadre d'une perruque de magistrat bouclée avec une régularité volontairement monotone, et le rabat blanc tranchant sur la robe noire écarte toute idée d'indulgence et de fantaisie (pi. 24).
Ce sont deux autres grands bourgeois de là-bas que Nicolas Geelvinck et Œgidius Willem Tolling, avocat à Amsterdam, né en 1699, mort en 1778. On peut voir encore, dans la collection du baron van Lynden van Nederhorst, à Soestdijk, quatre portraits, dont trois au pastel, certainement de Perronneau, remontent aux mois de mars et d'avril 1763 et dont le quatrième, une peinture, est du même artiste et de la même date, selon toute vraisemblance. Celui de Arent van der Waëyen, fils de Arent van der Bruyn, né le 16 janvier 1684, mort le l"août 1767, est signé et daté de mars 1763 : le personnage a donc 78 ans ; depuis longtemps il fait fi de toute coquetterie ; le portraitiste a exprimé à merveille le chiffonnement flasque des joues, du menton et des gencives déchaussées, la solennité et l'ennui de cette perruque de procureur, le négligé de ce foulard ou plutôt de ce cache-nez( pl.25) . Celui de Sara Hinlopen, née le 14 août 1688, son épouse depuis le 15 mai 1710, fille de Frans Hinlopen par Sara van Reygersbergh, et morte le 1" juin 1775, porte la même date ; cette bonne vieille dame a donc 74 ans ; les années semblent l'avoir recroquevillée douillettement dans sa robe de chambre, où s'épanouit largement la flore du damas des Indes; son visage auréolé d'une
les Rendorp de Marquette et les Boreel) à un cercle intéressant de Hollandais nobles ou patriciens, aux sympathies cosmopolites, mécènes par excellence des bons portraitistes venus en Hollande (La Tour, Perronneau, Liotard), qui cherchaient la compagnie des diplomates, des officiers étrangers et qui, avec les banquiers internationaux d'Amsterdam, encourageaient l'influence française ou anglaise sur la « bonne société ».
M. Staring suppose que les portraits de M. et de M™" Hogguer seraient les pastels, attribués à Perronneau, qui se trouvent au Musée de Genève. 11 est d'avis que si le portrait de M""' Hogguer peut, en toute vraisenihlance, être donné à Perronneau, celui de M. Hogguer, au contraire, doit être attribué à La Tour.
(I) Ce pastel se trouve dans la collection de M. Kronig, à La Haye.
POKTHAIT d'hoMMK I)K LA FAMILLE JoURNU
Pastel. SisiK'. 1737?
Ancienne collection Demotte)
cornette s'incline doucement vers la terre et le fichu de linge blanc, croisé sur la poitrine, évoque une guimpe monacale(pl.25). Le portrait de leur gendre, Antoni Warin, échevin, fils de Nicolas Warin et de Magdeleine-Christine Lestevenon, né le 12 décembre 1712, marié le 12 décembre 1742 à Jeanne-Marie van der Waëyen et mort le 10 novembre 1764, porte lui aussi une date précise: avril 1763. Antoni Warin a donc 51 ans : il est vêtu comme ses beaux-parents, comme les Hollandais ses contemporains, à la française: habit, tour de cou en linon blanc, jabot de dentelle, perruque poudrée et frisée. Nous pensons que le portrait à l'huile, d'une femme, conservé dans la même galerie, de par la convenance de l'âge, par la ressemblance physionomique avec M" Arent van der Waëyen, par le costume, par le fait qu'il a toujours, chez le baron van Lynden, héritier de la famille Warin, accompagné les trois autres portraits, est aussi de Perronneau : tel est l'avis de M. Staring qui, d'après la coiffure du modèle, assignerait à ce portrait une date beaucoup plus avancée que 1763.
Au Salon du Louvre, Perronneau rapportait de son voyage, suivant le livret: « M. Asselart, Bourguemestre d'Amsterdam. M. Guelwin, M. Tolling, M. Hanguer, Echevin d'Amsterdam ». Il y avait ajouté « Madame Perronneau, faisant des nœuds », c'est-à-dire occupant ses mains avec le fil de la frivolité et jouant avec la navette, ce « petit magasin des grâces » ; M"' de Tourolle, probablement celle qui avait signé à son contrat de mariage, parmi les amies de sa femme, enfin M. et M'"" Trudaine de Montigny.
Ici nous pénétrons dans un milieu nouveau, la brillante société du Temple. Dans une lettre à Desfriches, du 2 janvier 1770, Perronneau écrit : « Je n'ay pu voire M. de Fourqueux qui me veut du bien, qui est à sa terre... M. de Fourqueux msiste pour que je soient stable à Paris. » Et dans une autre lettre de Paris, le 14 mai 1772, au même correspondant: « Aussi n'ai-je veu
personne que M. de Fourqueux, mon ancien amie et protecteur; j'y ay diné avec un Monsieur Cadot, j'i ay aprie le mariage de madame votre cher fille. M. de Trudaine est à Montigny ; j'ignore si je le voirray avant mon départ. »
Michel Bouvart de Fourqueux, conseiller d'Etat et successeur de Galonné au contrôle général, que Perronneau avait peut-être connu par l'intermédiaire de Desfriches, et qui signait à son contrat de mariage, avait épousé la fille de M. Montyon, celle-là même qui se plaisait, dans son salon, aux mystifications du « fameux Goys jouant le personnage et le sexe de la chevalière d'Eon ». Il en eut deux filles, dont l'une épousait, en 1761, Jean-Charles-Philibert Trudaine de Montigny, intendant des finances, et l'autre, en 1769, Etienne Maynon d'Invault, contrôleur général en 1768 et prédécesseur de l'abbé Terray. Du château de Montyon au château de Montigny Lancoup, l'un et l'autre dans les environs de Provins, le chemin était court.
Que dire de M. Trudaine, sinon qu'il donnait aux arts tout le temps qu'il n'accordait point aux affaires de l'Etat ou aux demoiselles de l'Opéra. Il amassait à Paris, dans sa demeure de la rue des Vieilles Haudriettes, les tableaux, dessins, estampes, terres cuites, bronzes et bijoux qui furent vendus au mois de décembre 1770. Comme les portraits de M. Hauguer, de M. Guelwin et de M. Tolling, comme ceux de M""' Perronneau faisant des nœuds, et de M"" de Tourolle, son amie, les effigies de M. et de M™ Trudaine de Montigny se sont égarées. On le voit, lui, dans l'exquis tableau d'Olivier, le « Thé à l'Anglaise », causant avec le prince de Conti, bien connu pour sa répugnance à se laisser peindre, et qui avait consenti, par grande faveur, pour que le tableau comprît tous les familiers de ce salon aux boiseries blanches, à la lumière si délicate, aux grands rideaux roses, à montrer la perruque et le dos du maître de maison.
Que pensait la critique ? M. du P***. académicien associé, dans une Lettre sur les arts a M. d'Yfs, de l'Académie des Belles-
Lettres de Caen, lui dit : (c Vous auriez sçu gré au pinceau de M. Perroneau d'avoir rendu avec vérité les traits d'un jeune Magistrat pour lequel vous avez la plus grande estime et qui est digne de l'affection que vous lui portez ; il ne vous en faut pas davantage pour reconnaître M. de Montigny. » Le témoignage de Mathon de la Cour est plus précieux et nous apprend l'existence d'un portrait non mentionné au catalogue (1) : « Je n entrerai pas, Madame, dans beaucoup de détails sur les ouvrages de M. Perronneau ; ce sont des Portraits en pastel. Celui de M. Hanguer, Echevin d'Amsterdam, et celui d'un jeune enfant ont beaucoup de caractère. La ressemblance fait sans doute le principal mérite des autres ; mais c'est un mérite dont je ne saurois juger. » L'abbé de la Porte est du même avis (2) : « Plusieurs portraits en pastel, par M. Perronneau, sont vus avec satisfaction, tant pour les vérités de ressemblance que pour d'autres parties qui méritent l'attention des connoisseurs. » On lit dans les Affiches, annonces et avis divers du 14 septembre : « Quelques bonnes têtes de M. Perronneau et de M. Greuze. »
Dans le Mercure de France du mois d'octobre: ft Plusieurs portraits en pastel par M. Perronneau sont vus avec satisfaction tant pour les vérités de ressemblance que pour d'autres parties qui méritent l'attention des connoisseurs. »
Dans V Avant-Coureur : « M. Peronneau s'est en quelque sorte surpassé cette année, plusieurs portraits en pastel de sa façon sont admirés des gens de goût. »
Dans l'Année Littéraire: « Monsieur Peronneau se distingue toujours par une manière de peindre très spirituelle et par les détails rendus avec légèreté. »
Le Journal encyclopédique : « Entre plusieurs morceaux du
(1) II" lettre à M""' "" sur les peintures, les sculptures et les gravures e^cposées dans le Salon du Louvre en 1763.
(2) Description des tableaux exposés au Salon du Louvre, avec des remarques par une sociHc d'amateurs (F.xtraordinjire du Mercure de septembre).
sieur Peronneau on distingue les portraits en pastel de Monsieur et Madame Trudaine de Montigny et celui de Madame Peronneau faisant des nœuds. Les ressemblances en sont bonnes ; mais il semble que cet artiste ait négligé la forme de la couleur qui était son partage. »
Seul Diderot se montre aigre-doux (1) : « Ce peintre marchait autrefois sur les pas de La Tour ; on lui accorde de la force et de la fierté de pinceau. Il me semble qu'on n'en parle plus. »
La même année, il exécutait le portrait (présumé) de M°" Miron (2) dont l'arrangement et la couleur ne diffèrent pas sensiblement de sa manière préférée : cheveux poudrés, un esclavage de perles autour du cou, large décolleté ; la mantille de tulle noir, garnie sur les bords d'une dentelle de Chantilly, laisse transparaître la nuance bleue du corsage en taffetas ; un devant de corselet en soie rose s'orne du « parfait contentement » ; la modestie voile la chair opulente de cette personne mûre ; c'est une harmonie de bleu, de rose, répondant aux fonds jaunes.
y64 En 1764, il n'y eut pas de Salon. Perronneau change de logis, et vient habiter rue de Cléry, vis-à-vis la rue du Gros-Chenet, où il restera jusqu'en 176Q. Il signe aux procès-verbaux de l'Académie, le 23 août et le 31 décembre.
765 En 1765, l'académicien ne signe pas une seule fois aux procèsverbaux. Par contre, le livret du Salon mentionne, de lui, quatre portraits à l'huile et trois au pastel. Que sont devenus les quatre premiers? M. Maujé, peut-être un procureur du présidial de Rennes; M"" Perronneau, la sœur de l'artiste; M. Denis, probablement le trésorier général des Bâtiments du Roi, qui poussait souvent dans les ventes pour le compte de M"" de Pompadour ; une tête, en ovale? Le sort des trois autres reste aussi
(1) Salon de 176.'».
(2) Ce pastel a passé à la vente des 11-12 juin 1920 (Galerie Georges Petit).
Laurent Cars Pastel. i7?9-
[Musée du Louvre}
mystérieux: M'" de Bossy, M'" Pinchinat en Diane, qu'on se souvient avoir vu dans la famille d'illiers (1), descendante des Pinchinat. Seules, la date et la signature du portrait de femme de l'ancienne collection de M. Camille Groult nous font supposer qu'il s'agit de M"" Miron.
Perronneau eut une « bonne presse w.
Les AfficJies, airnonces et avis divers, du 11 septembre, déclarent: « Le Salon est à l'ordinaire amplement garni de portraits. Ceux de M. Perroneau, tant à l'huile qu'au pastel, se font toujours remarquer.» Mathon delaCourécrit(2) : «M. Perroneau a fait exposer plusieurs portraits à l'huile et au pastel, qui paraissent dignes de soutenir sa réputation. Celui de Mademoiselle Perroneau est peint avec beaucoup de hardiesse. » Mathon de la Cour fils (3) ne se compromet pas davantage : « M. Perronneau, académicien, a aussi donné plusieurs portraits à l'huile et au pastel, qui ont fait plaisir et d'un heureux succès. » Le Mercure de France, dans son numéro de novembre: « M. Perroneau en avait mis plusieurs tant en huile qu'en pastel et tous méritaient de justes éloges. « De même, l'Année littéraire: « M. Peronneau en a exposé tant au pastel qu'à l'huile qui sont très spirituellement dessinés et du faire le plus facile et le plus léger. » De même, le Journal encyclopédique : « Aussi passons-nous rapidement sur... plusieurs portraits à l'huile de Monsieur Peronneau, distingués par la correction du dessin et par l'ensemble d'une tête mais à qui l'on reproche de négliger un peu la couleur jusques dans ses pastels, qui n'ont ni l'éclat ni le brillant dont cette manière de peinture est susceptible. » Diderot s'incline : « Parmi ses por-
(1) M. Cailleux, expert, possède un pastel de jeune femme tenant un arc. qu'il dit être celui de M"" Pinchinat, en Diane.
(2) 11^ Lettre à M. "' sur les peintures, tes sculptures et les gravures exposées dans le Salon du Louvre, en 1765.
(3) Critiques des peintures et sculptures de MM. de l'Académie royale, l'an 17(i5. Lettre à un amateur de la peinture.
traits, il y en avait un de femme qu'on pouvait regarder, bien dessiné, et mieux dessiné qu'à lui n'appartient. Il vivait et le fichu était à tromper. »
Perronneau semble avoir passé à Orléans une bonne partie de l'année 1765. Il y avait pour modèles M'" Pinchinat, M. Robert Soyer et M. Raguenet. Robert Soyer, l'ami Soyer, comme on disait dans la famille Desfriches, ingénieur des Ponts et Chaussées, né à Paris en 1717 et mort à Orléans en 1802, y avait construit, de 1751 à 1760, sur les plans des inspecteurs généraux Pitrou et Hupeau, le pont sur la Loire où, dit-on, M"" de Pompadour fut la première à passer et dont la représentation des travaux a été plusieurs fois fixée par le crayon de Desfriches. Son attitude indique sa profession. Sous son bras, il a passé un carton vert, et de la main gauche il tient le compas traditionnel. Ici, comme dans le jeune homme aux trois roses, c'est une harmonie de rose et de vert, lilas-rose de l'habit, vert du fond, égayés comme à l'habitude d'un tour de cou en linon blanc et d'un jabot de dentelle. L'habit doublé de fourrure semble prouver que le portrait a été exécuté en hiver.
On voyait autrefois, dans un château des environs d'Orléans, un portrait d'homme, signé et daté de la même année (1): le personnage, M. Raguenet, d'Orléans, vu de trois quarts, portait l'habit de velours rouge brique un peu passé, et un jabot de dentelle ressortant sur un fond gris vert. La collection de Madame Fellows contient un autre portrait d'homme, vêtu d'un habit bleu à galons et à boutons d'or, d'un gilet de la même
(1) D'après une déclaration de M. Raguenet de Saint-Albin, descendant du modèle de Perronneau, rapportée par le docteur Garsonnin, au cours de la séance du 13 juin 1913 de la Société archéologique de l'Orléanais, ce tableau n'était pas signé quand il quitta la famille Raguenet de Saint-Albin. D'autre part, dans une note parue dans le Bulletin de la même société (année 1913), M. P. Jouvellier indique que Raguenet de Saint-Albin n'était pas échevin en 1765. « De 1760 à 1775, il n'occupe aucune fonction municipale. Auparavant, sans doute, pas davantage. En 1776, un M. Raguenet, demeurant rue des Minimes, est députénégociant à l'Hôtel de Ville. En 1777, il devient échevin et l'est encore en 1779; sa rue s'appelle alors rue d'Illiers. »
nuance, tenant sous le bras un bicorne galonné, et coiffé suivant une mode que le peintre ne nous a pas encore montrée : les pans de la coque qui noue les cheveux en catogan se prolongent et viennent entourer le cou en larges ondulations pour se perdre dans le jabot ; ce sont, en quelque manière, des dragonnes de rubans, des « chacones » comme on disait alors, en empruntant le nom d'un air de ballet qu'un danseur de l'Opéra avait esquissé en laissant flotter ainsi ses rubans.
Par une coïncidence singulière, il existe dans la collection de M. René Benjamin un portrait d'homme qui offre quelque analogie avec le précédent. Quoiqu'il s'agisse d'une peinture à l'huile et non plus d'un pastel, d'un cadre rectangulaire et non d'un ovale, d'une figure de face et non de trois quarts, le personnage porte à peu près le même âge, un habit de la même tonalité — ce délicieux bleu vert familier à Perronneau — , avec les mêmes galons et boutons d'or (pi. 26). La figure est coupée à mi-corps, mais on ne voit plus cette fois de tricorne passé sous le bras, ni de décoration par dessus le jabot de dentelle qui s'échappe du gilet entr'ouvert. Il semble bien aussi qu'il y ait plus de plénitude dans les traits, plus de bonhomie et d'esprit, un nez et des lèvres plus sensuelles. Sur le fond rompu d'or, en haut et à droite, on lit la signature de l'artiste ainsi orthographiée : perronneau, et la date de 1765. M. René Benjamin, que nous avons questionné, n'a pu que nous indiquer que ce portrait provenait du château de Sache, près de Tours, le fameux Sache d'où est datée une partie de la correspondance de Balzac, à 7 kilomètres d'Azay-le-Rideau, c'est-à-dire dans une région où on a retrouvé d'autres oeuvres de l'artiste.
Une communication de M. Paraf à la Société de l'histoire de l'art français, en 1910, complète heureusement les indications que nous possédions déjà sur l'année 1765, en même temps qu'elle précise l'identité de l'homme aux trois roses qui date de 1756: (' L'homme aux trois roses ne serait autre que M. Tassin de la
Renardière. En effet, il existe un autre tableau du même personnage, exécuté par Perronneau en 1765, et dont la pose est presque identique à celui de la collection Groult ; l'habit est bleu avec un gilet rose, mais il n'y a pas de roses sur l'habit ; le tableau ovale a pour dimensions O^ôô x 0°50. Une inscription manuscrite, au verso, donne le nom cité plus haut et y ajoute que le personnage représenté était le père de M. Tassin d'Authon. Il fait pendant au portrait de sa femme, de mêmes dimensions, également daté de 1765, au verso duquel se trouve l'inscription manuscrite: M"" Tassin de la Renardière, née Seurat. On voyait dans la collection Groult deux autres pastels de Perronneau représentant les portraits présumés de M. et de M"" Miron. Or, dans la famille orléanaise oij se trouvaient les pastels de M. et de M"" Tassin de la Renardière, il y avait deux tableaux — non ovales — de dimensions 0"57 x OMS, l'un d'homme, l'autre de femme, ce dernier absolument semblable à celui de la collection Groult, à quelques variantes près (le collier de perles est remplacé par un nœud bleu). Derrière le portrait de femme, on lit ceci : « Portrait de M""' Miron de Portioux, fille d'Etienne Seurat de la Barre, propriétaire du château de Coudray, morte le 6 décembre 1824. » Elle était donc la sœur de M"' Tassin de la Renardière. Ce tableau est daté de 1765 et il est, sans conteste, celui du Salon de la même année ; car s'il s'agissait de celui de la collection Groult, le livret du Salon l'aurait indiqué comme ovale. Le pendant représente M. Miron de Porthioux (mort le 16 mars 1797) ; il est daté aussi de 1765 ; il offre de nombreuses ressemblances avec celui de la collection Groult ; mais je ne puis certifier que les deux tableaux représentent le même personnage Ces tableaux proviennent des descendants des Tassin et des Miron. »
La même année est enfin marquée par deux événements domestiques : le 29 décembre 1765, Perronneau acquiert au prix de 16.000 livres une maison située à la barrière de Montreuil,
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et attenant à l'abbaye Saint-Antoine, probablement une maison de campagne pour l'été, « une folie », puisqu'en même temps il venait occuper, en ville, un autre appartement, rue du Boulois, près de l'Hôtel de Hollande, où il demeurera jusqu'en 1769.
C'est encore à ses amis d'Orléans qu'il va en 1766, à Le Nor- 1766 mant du Coudray (1) et à M°" Fuet (2).
Nous ne dirons pas de cette femme qu'elle nous inspire, comme beaucoup d'autres modèles bourgeois de l'artiste, une confiance illimitée. Il y a tant de finesse dans le souiire, dans le regard des yeux gris mélangés de bleu, abrités de sourcils bruns très accentués ! Cette finesse s'accompagne d'une recherche rare dans le costume et l'attifement: parmi les cheveux poudrés et coiffés en tapé, quelques fleurettes jetées çà et là, un esclavage de perles attaché sur la nuque par un nœud de ruban blanc, une robe de soie jaune mouchetée de pastilles, une modestie en marli rayé qui épouse la naissance de la gorge, la bande de fourrure noire qui encadre le décolleté pur et souple, les trois échelons de fourrure qui barrent le corselet de soie jaune, tout cela est d'une saveur étrange.
Dans le portrait de Charles Le Normant du Coudray, personnage déjà portraicturé, nous l'avons vu, en 1747, l'accord se résout par les complémentaires bleu et jaune. Le costume offre beaucoup d'analogies avec celui de Desfriches: une robe de lampas bleu sur laquelle un mazulipatam négligemment se noue ; le carton que retient la main droite, et sur lequel on lit en toutes lettres « Recueil d'Estampes », les rayons de la bibliothèque que laisse voir une tenture soulevée, tout indique les goûts du personnage ; c'est un fonctionnaire de province qui occupe ses loi
(1) Jusqu'en 1909 dans la collection de M. Doisfau ; adjugé 18.500 francs à la vente de celui-ci.
(2) Musée d'OrléaD8.
sirs, comme Desfriches, à collectionner des estampes et des livres.
Le même maintien, la même physionomie nous donneraient à entendre que le portrait d'homme, peint à l'huile, qui se trouve dans la collection de M. Potin, représente le même personnage. Nous aurons d'ailleurs l'occasion d'y revenir à propos de l'année 1767, puisqu'aussi bien c'est la date de ce dernier portrait.
Nous connaissons quatre autres pastels de la même année. Deux d'entre eux, représentant chacun une femme, n'ont pas d'état civil. L'un se trouve dans la collection de M. Chévrier, l'autre faisait partie de l'ancienne collection de M. Groult, le père. Le premier est une harmonie de bleu et d'or: le corsage décolleté s'ouvre sur un « corps » bleu garni du parfait contentement, dont les coques s'étalent sous une modestie ; un fichu de gaze bleue mat, barré de raies satinées jaunes est jeté sur les épaules ; la physionomie spirituelle s'encadre d'une cornette de dentelle aux barbes retroussées ; le cou s'orne d'un esclavage de perles. Le second est une recherche de rose et de noir: un corsage rose, une mantille de soie noire à pois, un « corps » de satin blanc, voilà pour faire oublier la corpulence et l'air absent.
Nous avons des raisons de croire que les deux portraits à l'huile, naguère conservés dans la collection Jacques Doucet, oij ils se faisaient pendant, sont ceux de M. et de M"° Blondel d'Azincourt.Tout d'abord, ce portrait de femme nous fit songera M""' de Villeneuve, les mains dans son manchon, du Salon de 1747. Mais la date de 1766, inscrite en haut et à droite du tableau, à côté de la signature, nous fit renoncer à cette première hypothèse. Certains détails du costume et l'âge du personnage, dans le portrait d'homme, nous amenèrent à penser qu'il s'agissait de Barthélémy- Augustin Blondel d'Azincourt, lieutenant-colonel d'infanterie, chevalier de Saint-Louis, intendant des Menus- Plaisirs, celui-là même qui signait au contrat de mariage de Perronneau. En effet, il porte, épinglée sur son habit, la croix de
chevalier de Saint-Louis, la croix pattée qui rappelle par son rayonnement non plus la forme sévère des anciennes croix de Malte et des ordres croisés, mais l'une des formes de l'étoile. 11 porte cette croix suivant l'habitude militaire, puisque dans la vie civile, on se contentait du joyau suspendu à un nœud de ruban bleu. Enfin, une plume blanche, la plume des lieutenantscolonels d'infanterie, ressort à la pointe du tricorne sous le bras. Ce Blondel d'Azincourt qui possédait, entre autres charges, celle de « garde des pierreries de la couronne », était le fils du fameux Blondel de Gagny, curieux et connaisseur en dessins et coquillages, dont Pierre Rémy, en 1770, dispersa la collection. Il avait formé lui-même, rue Notre-Dame de Nazareth, près le Temple, dans le quartier du Marais, un cabinet « très intéressant par la variété et le choix des objets ». 11 s'attachait à y rassembler principalement des tableaux modernes, de belles esquisses, une très grande quantité de dessins, « au nombre desquels, nous dit le Dictionnaire pittoresque et historique de Hébert (1), on en doit surtout remarquer près de cinq cents de Boucher. On trouve aussi, dans ce cabinet, cent-soixante pierres gravées en camée, tant égyptiennes qu'étrusques, grecques et romaines, dont presque toutes viennent des princes de Palavicini, et ont été substituées, pendant des temps infinis, dans cette illustre maison. M. Narcisse de Thoret en fit l'acquisition en 1699. C'est aux connaisseurs qu'il est réservé d'en sentir toute l'importance et le mérite. Le temps les a respectés parce que la vraie beauté n'est pas soumise à son inconstance. Des bronzes bien choisis, des porcelaines anciennes également montées, du lacq de la plus grande finesse, et une multitude infinie d'objets séduisants pour les yeux, laissent aussi dans l'imagination une sensation qui prouve incontestablement qu'il faut que l'agrément soit d'accord avec l'art, et que la perfection consiste dans leur réunion. C'est
(1) Dictionnaire pittoresque et historique de Hébert, 1766, t. I, pp. 81-8.1. Ce cabinet était déjà cité par VAlmanach des Beaux-Arts de 1762, p. 200, mais sans description.
dans la nature même que l'on peut chercher et que l'on découvre certainement ce principe. Il est facile de s'en convaincre sans sortir de ce cabinet, qui renferme des choses aussi rares que curieuses, qui sont une suite de minéraux, de cristallisations, d'agates, de pierres précieuses, de madrépores, de coraux et de coquilles dont la parfaite conservation, la beauté des formes et la richesse des couleurs sont fort au-dessus de nos idées, etc. ( 1 ) . » Ici Perronneau revient au rouge et noir, habit de velours noir, gilet naccarat, tour de cou en linon blanc, jabot de dentelle, cheveux poudrés, frisés à marteau et noués en catogan ; la pose est familière, une main passée dans le gilet, le visage regardant de face, le corps de profil, une demi-figure. Le portrait de M™ Blondel d'Azincourt est d'un arrangement plus original : elle est prête à sortir ; elle a mis sa cornette de dentelle légèrement gaufrée, dont la passe de ruban se noue en papillon sur la « physionomie » ; le fichu palatine en gaze dont les larges raies satinées se détachent sur un fond mat ; la pelisse de soie bleue mouchetée de noir, doublée de petit gris et garnie d'un coqueluchon, qui se rabat dans le dos et qui protégera la trame nuageuse de la dentelle ; le nœud qui sert d'agrafe ; le passe-caille, ruban qui maintient à la hauteur de la taille le manchon de queues de martre, où s'engagent les mains gantées de mitaines blanches ; le manchon si grand qu'une petite chienne gredine, aux oreilles longues, à queue soyeuse, aux pattes grêles, un de ces chiensmanchons qu'on vend rue du Bac, peut s'y blottir.
'767 Si nous en étions réduits au seul livret du Salon, nous ne saurions rien ou presque rien sur l'année 1767. Comment énumérer « plusieurs portraits sous le même numéro « ? Les critiques, qu'on avait voulu contraindre à signer leurs observations, s'abstiennent
(1) Cf. aussi la Conchyologie de Dargenville, édition de 1780, t. I, p. 247; l'Almanach des Artistes, de 1776, p. 200. — La vente Blondel d'Azincourt eut lieu en 1783.
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Pastel. Salon de i-ôS.
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de tout commentaire. C'est tout au plus si Fréron (1) déclare: « M. Perronneau s'annonce toujours par une touche légère et spirituelle. » Bachaumont (2) ajoute: « M" Perronneau, Roslin, Drouais le fils sont en possession de nous enrichir de Portraits »... Diderot est plus dédaigneux : « Perronneau fut quelque chose autrefois dans le portrait (3). » On trouve un autre écho de l'opinion publique dans les oeuvres de De Piles (4), qui datent de 1767: «La peinture en pastel a bien autant de partisans que la miniature. Plusieurs peintres de nos jours, tels que MM. de La Tour, Roslin, Lundberg, Perronneau, etc., ont porté cette sorte de peinture à un très haut degré de perfection, et leurs portraits au pastel ne le cèdent en rien aux portraits peints à l'huile, tant pour la vérité avec laquelle ils ont rendu la nature, soit pour la force et la vivacité des couleurs. » Et cependant, en 1767, nous trouvons la trace du passage de l'artiste à Orléans, à Bordeaux, à Abbeville. Si, comme nous l'avons indiqué plus haut, le portrait de la collection Potin est bien celui de Le Normant du Coudray, il justifierait du voyage de Perronneau à Orléans. En tout cas, c'est une oeuvre d'une belle venue (pi. 27). Le personnage, vu de trois quarts dans un ovale de pierre, porte un manteau de taffetas du même bleu vert que la gamberluque d'Adam l'aîné ; la collerette entr'ouverte, les doigts repliés sur un portefeuille indiquent bien le désordre studieux d'un amateur d'art. La toile (5) est signée et datée, en haut de l'ovale, légèrement à droite: Perronneau, 1767. A Orléans également, c'est un portrait de femme, conservé au musée de cette ville, auquel il a été offert par M. Gatineau, d'après une inscription fixée au dos du pastel. Cette femme porte au-dessus du front l'étoile du matin. Ses doigts nacrés s';ip-
(1) Année littéraire, par Fréron, 1767, t. VI, lettre IV'. Exposition de peintures, sculptures et gravures de MM. de l'Académie royale.
(2) Mémoires secrets, Salon de 1767, lettre 11.
(3) II aitiibue à Perronneau un portrait de femme fait par Roslin.
(4) De Piles, Œuvres diverses, 17G7, t. III. De la peint ire en pastel.
(5) Ce tableau provient de l.i cnllectinn de M"'" Boursin.
puient sur un coq qui, s'éveillant dans la lumière, chante son cri de joie. Son large décolleté s'accompagne de draperies blanches et violettes, les unes argentées de lumière, diaphanes comme les vapeurs de l'aube, les autres, sombres et opaques, rappelant les demi-rêves de la nuit, que l'Aurore « aux doigts de rose » fait doucement s'évanouir. Tout ce charme frais flotte pour ainsi dire sur un fond vert, perlé de gris, imprécis et vaporeux. D'après certaines notes consignées sur un inventaire de la collection de Desfriches, cette « Aurore » ne serait autre que M"' Perronneau représentée ici suivant la mode mythologique de l'époque.
On lit dans les Affiches, annonces et avis divers de Bordeaux (1), en cette même année: « Il a été perdu le 25 mars, entre la Bourse et le Château-Trompette, un étui de chagrin verd contenant un compas, un porte-crayon et un équerre d'argent et oià il y a écrit: par Butterfield. On prie ceux qui l'auront trouvé de le faire tenir à M. Perronneau, peintre du roi, place du Marché-Royal, chez M. Lagarde, rue du Parlement, vis-à-vis la rue des Lauriers; il remettra douze livres à celui qui le rapportera. » C'est à cette époque que Perronneau a exécuté le grand portrait à l'huile de BonavenLure Journu (2). Le portrait de Journu est signé et daté 1767, en bas, à droite. Le personnage porte un costume de taffetas bleu, un foulard de mazulipatam rayé ; il est tourné de gauche à droite, et regarde de face Assis,
(2) h'Almanach des Curieux mentionne que: » M. Journu, négociant et juge de la Bourse, possède de très bons tableaux d'anciens maîtres, ainsi que des modernes comme de M. Vernet. II a formé un des plus beaux cabinets d'histoire naturelle qu'on puisse trouver en province. On doit à son honnêteté la satisfaction de le voir quand on veut ». Il est également cité dans le Livre de raison de Joseph Vernet.
Ces portraits, ainsi que ceux que nous signalons à l'année 1757, ont été trouvés chez les descendants de la famille Journu, dans trois ou quatre châteaux des environs de Bordeaux ou dans des hôtels privés à Bordeaux même. Ils ont été achetés par l'antiquaire Demotte et vendus en partie à New-York.
les jambes croisées, il se détache sur un fond de tenture, désignant de la main droite, dans l'écartement de cette tenture relevée, des bocaux, des coquillages et des coraux (pi. 28).
Il n'est pas impossible qu'on doive aux mêmes circonstances le portrait à l'huile de Frédéric Hausen de Liliendahl, consul de Danemark à Bordeaux ( 1 ) , que conserve la bibliothèque de l'Université de Copenhague (pi. 29). Le personnage, d'un certain âge, est vu de face dans un ovale de pierre. 11 porte perruque grise et visage à bajoues. L'habit et le gilet d'un rouge assourdi sont bordés de skungs ; un jabot de dentelle se rattache au col de lingerie. Un tricorne est passé sous le bras. La peinture mesure 0"88 de hauteur sur 0"70 de largeur.
Dans quelle ville a vécu le personnage qui se présente à nous dans un portrait de l'ancienne collection de M. Camille Groult, signé et daté de 1767 ? L'homme est corpulent, la physionomie franche, le ragoût délicat de cet habit en velours rose violacé et de ce gilet en taffetas rose. Abbeville est sur la route de Hollande l2), Perronneau devait s'arrêter dans cette ville où l'on voyait encore, il y a quelques années, chez le comte van Robais, un portrait au pastel par Perronneau d'Abraham van Robais, né le 25 mai 1698, cinquième fils d'Isaac van Robais, et décédé le 31 mai 1779. Abraham van Robais donna ce pastel à son fils
(1) M. Mario Krohn, à la page 207 du tome II de son livre, intitulé: Frai:krigs og Danmarks Kuntsheriske forbindelse i det IS Aarhundrede, indique que ce tableau est signé à droite: Perronneau, qu'il a été vraisemblablement exécuté en 1767 ou 1769, et qu'il est de grandeur naturelle. Nous devons ce renseignement à l'obligeance de M. Léo Swane, conservateur au Musée royal de Copenhague, qui nous met en garde contre l'inexactitude d'un petit livre de C. Desma?és, paru en 1854, et consacré à La Tour. Dans ce livre on assure, ii la page 20, que Perronneau a été en Danemark. Notre correspondant s'inscrit en faux contre cette assertion.
(2) M. Jacques Doucct nous a indiqué qu'il y aurait trace dans le Bulletin d'une ancienne société d'Abbeville du passage de Perronneau en cette ville; Perronneau aurait fait annoncer par le tambour son arrivée et le prix de ses pastels.
Josse Abraham van Robais en 1767 (1), ainsi qu'il était écrit derrière le portrait. Ce pastel, détérioré, puis restauré, passait aux mains d'un marchand, puis dans la collection Groult. Abraham van Robais, ayant neuf enfants, commanda deux répliques de son pastel à Perronneau. L'une fut exécutée en 1767, l'année même du mariage d'un petit-fils d'Abraham van Robais, appelé Samuel ; le pastel passa dans la famille Camp, alliée à Samuel van Robais et demeurant à Montauban, puis dans la collection Jacques Doucet, enfin au musée du Louvre. L'autre a appartenu à M. Henry Michel-Lévy et a été adjugée au prix de 17,000 francs à la vente du 4 juin 1923. Il y a peu de différences entre ces trois répliques, de dimensions sensiblement équivalentes. Celle de la collection Camille Groult est d'une tonalité plus claire ; dans celle de l'ancienne collection Henry Michel-Lévy, la figure semble rajeunie ; celle du musée du Louvre nous paraît typique (pi. 30). En effet, on y remarque dans le fond et dans l'habit de velours lie de vin, la tendance de plus en plus marquée vers les tonalités ambrées, vers les couleurs de soleil, vers la clarté. Et quelle étude humaine il a réalisé dans ce visage d'un vieillard de soixante-neuf ans , dont il marque à merveille le front jaune, le regard sinon éteint, mais refroidi, le plissage des yeux enfoncés dans l'orbite, la bouche qui tourne, qui rentre, parce qu'il n'y a plus de dents, mais dont la déchéance s'enoblit de la majesté d'un jabot de dentelle, et d'une perruque à la conseillère qui retombe sur l'épaule en tire-bouchon, en dragonne.
C'était une dynastie importante d'Abbeville que celle des van
(1) En i754, un Van Robais faisait construire une villa sur laquelle Sedaine a écrit une pièce devers intitulée: « Bagatelle ou description anacréontiqne d'une maison de campagne dans un des faubourgs d'Abbeville ». Vve De Vérité, 1770, in-S". n Cette retraite, écrit-il dans l'Avant-Propos, fei>oit plaisir aux Dieux... mais il n'appartient qu'à la Vertu de l'habiter. Son jardin est un lieu délicieux où le philosophe le moins abstrait douteroit souvent de son existence... c'est une merveille enfin! »
Le 18 décembre 1767, un Théophile Van Robais " entrepreneur de la Manufacture de draps fins établie à .-^bbeville, y demeurant, et Jeanne-Julie-Rosalie Vanrobais, son épouse ", achetaient, à Saint-Maur-Ies-Fossés, une maison bourgeoise avec jardin et dépendances. (Archives de la Seine. ■!
Robais. Propriétaires d'une fabrique de draps fins fondée sous Louis XIV, leur dignité les désignait à héberger les princes de passage en leur ville: « En l'année 1741, dit un manuscrit du XVlir siècle ( 1 ) . le 3 juillet, est arrivé en cette ville M. le Duc de Bourbon, duc de Chartres, fils de M. le duc d'Orléans. On lui a fait une entrée digne de sa naissance ; toute la bourgeoisie était sous les armes en double haie, depuis la porte Marcadée, par où il est entré, revenant de faire son tour de Flandre, jusqu'à la porte d'Auquet (sic) ayant passé le long de la chaussée et traversé îa place de Saint-Pierre et celle de Saint-Georges, ainsi continué par la chaussée d'Auquet, jusque chez MM. de Van Robais où il a été deux jours entiers. » Les van Robais, comme Hogguer d'Amsterdam, aimaient et encourageaient les arts. A plusieurs reprises, dans ses lettres à Desfriches, Perronneau parle de leur hospitalité. Est-ce par eux qu'il a connu les Hogguer d'Amsterdam et qu'il a été introduit dans le cercle hollandais ? Ou, au contraire, est-ce par les Hogguer qu'il a été présenté à la famille van Robais? Il y a un évident trait d'union entre ceci et cela. En effet, en 1745, M"° Marie- Anne van Robais, fille de Samuel, épouse Daniel Hogguer, dont l'aïeul avait été banquier à Paris et dont le père avait encore des intérêts importants en France. Elle mourut jeune, et Daniel Hogguer, dont il a été question précédemment, épousa, en 1751, Henriette de Mauclerc. Plus tard, en 1771, son fils, Jean-Jacques, banquier à Paris, épousa, à Harlem, Madeleine-Sophie van Robais, née à Abbeville en 1756 et fille de Josse Abraham. Toujours d'après les documents fournis avec tant d'obligeance par M. Staring, nous savons qu'en 1773 Daniel Hogguer était nommé ministre plénipotentiaire des Etats généraux près le Kreits de la Basse-Saxonie et les villes lianséatiques h Hambourg.
(1) Notes sur l'histoire d'Abbeville, 1G57-1764, tirées J'un m.inuscrif du xviii" siècU publiées par le comte Le Clerc de Bussy. Amiens, 1876.
Suivant l'opinion de M. Staring, basée sur l'âge des modèles de Perronneau, il faut dater de 1767 ou de 1768 trois pastels qui appartiennent à la famille van Weede de Dijkveld, à Utrecht.
Willem Straalman, seigneur de Ruwiel (1723-1799) demeurait à Amsterdam ; il est représenté en buste, dans un ovale de pierre, tourné de trois quarts vers la gauche, vêtu d'un habit et d'un gilet de velours rose et d'une cravate de dentelle, les chev^eux poudrés, relevés sur les tempes et noués en catogan (pi. 31). Sa femme, Cornelia van Meeckeren ou Mekeren (1722-1783), est montrée en buste également, tournée de trois quarts vers la droite, vêtue d'une robe de soie bleue, d'une écharpe grise, avec un nœud du « parfait contentement », une dentelle modestie sur un décolleté immodeste, où triomphe un collier deperles(pl. 31). Leur fille, Cornelia Straalman (1751-1832) nous apparaît à i'âge de di.s:-sept ou dix-huit ans, de face, en buste dans un ovale de pierre, le visage incliné d'une façon tendi^e qui contraste avec la rigidité de sa mère (pi. 32) ; elle est vêtue d'une robe de soie jaune avec un nœud rose et une écharpe s'entr'ouvrant sur le décolleté que pare un collier de perles ; Cornelia Straalman devait par son mariage, en 1768, devenir M'"' van Weede de Dijkveld.
De l'année 1768, l'exposition de Cent Pastels nous a donné deux témoignages. Le portrait d'homme qui appartient à Madame Fellows nous présente une demi-figure vue de face, une physionomie volontaire, un accord entre l'habit de velours acier à reflets bleu et le fond ambré. Le portrait de M''' Perpétue- Félicité Desfriches, la fille d'Aignan-Thomas Desfriches, née à Orléans le 30 avril 1745, épouse en 1777 de Jean Cadet de Limay, alors ingénieur en chef des Ponts et Chaussées à Tours, morte à Orléans en 1834, porte la même date et complète dignement la famille orléanaise. Des tons tendres, heureux ; la palatine en réseau soyeux, garnie de cannetilles satinées et de « blondes »,
laisse transparaître, comme une trame de jour, la robe de taffetas ciel. Quelle légèreté dans ce tulle, quelle harmonie dans la robe qui semble faite d'un pan d'azur, d'où se détache, délicieusement chiffonné, le nœud pékiné bleu et blanc du « parfait contentement ». On dirait une écharpe tissée par l'argentin travail du brouillard.
Nous avons reçu, en 1914, une lettre intéressante de M. Abel Jay, de Bordeaux. Il nous signalait qu'il possédait un portrait de famille attribué à Perronneau, mais ne portant pas de signature. Ce pastel ovale, de O^SS x 0'°47, dans un cadre ancien, représentait, sur fond gris-bleu, une jeune fille, les cheveux relevés et poudrés, un ruban noir autour du cou, un corsage blanc décolleté bordé d'une dentelle, avec une écharpe de mousseline rose sur les épaules. Derrière le cadre, sur le papier ancien qui garnissait le fond, on lisait ceci : « Mademoiselle Corrégeolles, la troisième, peinte par M. Peronneau de l'Académie de peinture, fait à Bordeaux au mois d'avril 1768 ». M. Jay nous assurait que ce portrait n'était jamais sorti de sa famille et nous donnait quelques renseignements précieux sur le personnage et le milieu auquel il appartenait. Il avait relevé dans l'ancien registre de l'église protestante de Bordeaux la mention suivante:
« Le 14 décembre 1774. Mariage de Jacques Clamageran, négociant, fils de Jean Bourgeois, avec Marthe Courrégeolles, fille de feus Isaac et de Marg. Biré. Présents: J.H. Baour, fils, Marg. Courrégeolles de Balguerie, Baour fils aîné ».
M. Jay nous rappelait que Perronneau vint à Bordeaux à cette époque et qu'il y exécuta des portraits pour plusieurs riches familles protestantes qui étalent à la tête du commerce de la ville, notamment les Couderc et les Drawman.
L'année 1769 est féconde en renseignements. Perronneau écrit 1769 à Desfriches le 2 janvier 1770: « J'ay esté bien mortifiez de ne
vous avoir point embrassé à Paris où je suis arivé très bien portant malgré les fatigues d'un assé Ion voiage, mais comme M"" Perronneau croiait que j'allois en Espagne elle avoit quitté le logement de Paris et a esté demeuré au petit Charonne. Cela m'a beaucoup fatigué de venir à Paris souvent à pied, ne trouvant pas toujours des fiacres au barières du faubourg St. Antoine... Je pence que cela (voyager) me seroit plus sûrement fructueux que de m'instalé avec un logement cher à Paris où je serois seul car le bacanal d'enfant me distroiroit. »
Ce passage nous donne une indication sur la vie domestique de l'artiste lequel quitte son logement de la rue du Bouloir pour venir s'établir à sa maison du Petit Charonne qu'il avait achetée en 1765 ; cette indication concorde avec la liste annuelle des membres de l'Académie Royale. Perronneau fait allusion à un projet de voyage en Espagne qu'il ne peut réaliser entièrement. Il devait s'arrêter à mi-chemin, à Bordeaux, et son séjour en cette ville se place dans les premiers jours de l'année puisque le portrait de M"" Journu, la mère, figura au Salon du Louvre qui s'ouvrait au mois d'août. Ce portrait, à l'huile, signé eî daté en haut et à doite : 1769, apparaît, au milieu de la grâce un peu superficielle du XViir siècle, comme une étude exceptionnelle de gravité et d'humanité profonde ; par là, il s'apparente aux portraits de l'école hollandaise et à ceux que l'artiste a exécutés en Hollande. M"" Journu est vue de face, les mains dans son manchon, les épaules couvertes d'une mantille noire, le visage auréolé d'une cornette blanche par-dessus laquelle est jetée une écharpe noire dont les pans viennent se nouer sur la blouse blanche, un peu au-dessous du collier de perles dont l'éclat paraît mourir auprès des chairs vieillies. Par un artifice ingénieux de mise en page, qui place la tête très bas dans le cadre, le modèle paraît affaissé en une attitude lourde et pesante. Et tout l'intérêt, toute la clarté se portent sur le visage pétri de vieillesse et vidé, sur les yeux de bonté qui illuminent le grand front (pi. 33).
POUTRAIT D llOMMli
Peiiiliire. Signi'e et datce 1765.
(A il. Ren6 lîenjamin)
Le portrait présumé de M. Darcy (1) est aussi une peinture à l'huile. Quoiqu'il ne soit ni signé, ni daté, il offre toutes les apparences d'authenticité désirables (pi. 34). C'est une œuvre d'un grand caractère ; rien n'égale la dignité et l'allure distante de cet homme, dont le visage tourné, comme le buste, de gauche à droite, regarde cependant de face et obliquement. Les cheveux poudrés et frisés à marteau auréolent la physionomie autoritaire, le front lumineux et le regard fin. Le rabat, par-dessus le large ruban bleu auquel pend la croix de Saint-Louis, est l'accompagnement attendu de cette figure, dans la psychologie qu'elle suppose.
Il faut ajouter à ces chefs-d'œuvre les portraits de M""" Râteau, d'une jeune fille et d'une petite fille qui se trouvaient dans la collection du docteur Azam, à Bordeaux, jusqu'en décembre 1899, pour se faire une idée de la moisson de Perronneau dans cette ville. Le livret du Salon mentionne celui de M" Journu la mère, tableau à l'huile de deux pieds trois pouces sur un pied dix pouces ; celui de M. Darcy, de même grandeur, à l'huile aussi ; celui de M. le Normand du Coudray, tableau d'un pied dix pouces sur un pied six pouces (au pastel), celui de M"" Gaugy, tableau d'un pied huit pouces sur un pied cinq pouces. Il convient d'y joindre M"" Desfriches, ainsi qu'il ressort d'une lettre de Perronneau à Desfriches (2) : « Madame est bien bonne d'avoir eu égard aux instances que je lui ay fait au sujet du portraict de Mademoiselle, et, vous, monsieur, de l'avoir aporté. Il a esté encore mieux placé que les piemiers jours. Monsieur Chardin m'a dit qu'il vous le renvoiroit, je vous fait bien mes remerciment à ce sujet. » En effet, Chardin, « concierge » du Salon, se charge de la réexpédition, comme en témoigne un
(1) 11 ne saurait y avoir aucune identification entre ce portrait en buste et le portrait en oied qui figura au salon de 1769 et que Saint-Aubin a consigné, dans ses croquis, en marge de son livret de ce Salon conservé au Cabinet des Estampes.
(2) 2 janvier 1777.
billet de M"'* Chardin à lamateur Orléanais (1) : « Le 7 octobre 1769. — Monsieur et ami, j'ay envoyer hier vendredy, après midy, au carrosse d'Orléans, riie Contrescarpe, la quais qui renferme le portrait de Mademoiselle votre fille à votre adresse, il vous arrivera sûrement à bon port. »
Sur son exemplaire du livret, conservé au Cabinet des Estampes, Saint- Aubin a croqué les œuvres exposées par Perronneau ; on reconnaît M"" Journu, les mains dans son manchon, M. Darcy debout, Le Normant du Coudray (au crayon, Saint- Aubin a ajouté : tenant un recueil d'estampes), M'" Gaugy, tenant des fleurs, M"° Desfriches, et en note: « la joiie brûllée ». Que signifie cette remarque ? Peut-être le commentateur a-t-il entendu par là l'accentuation des tons préférés, des tons ambrés répondant aux tonalités bleues de la robe ?
On ne trouve un supplément d'informations que dans le numéro d'octobre du Mercure de France ; dans sa lettre sur le Salon, Boulmiers déclare que « les Pastels de M. Peronneau ont un véritable mérite ; et, quoique le Faire de l'Artiste y disparoisse moins entièrement que dans l'exécution de M. de La Tour, ils satisfont néanmoins beaucoup les Amateurs. Il y a entr'autres une D"° Gaugy, dans laquelle on apperçoit avec émotion toutes les grâces d'une Nature naissante. »
Les autres critiques s'en tiennent aux observations générales. L'auteur de la Lettre sur l'Exposition des ouvrages de Peinture et de Sculpture au Sallon du Louvre de 1769 écrit : « Vous trouvères dans ses Portraits une touche de goût, des finesses de couleur, et un dessein spirituel ; mais il me semble que ce n'est pas en général le ton de la nature, elle n'est pas si heurtée, le local en est trop roux. »
Dans la brochure intitulée : Sentimens sur les tableaux exposés au Salon: « On lit avec plaisir cette manière facile d'écrire la nature dans les portraits de M. Perronneau. »
(1) Collection Ratouis de Limay.
Une Lettre manuscrite adressée aux auteurs du « Journal Encyclopédique » au sujet des ouvrages exposés au salon du Louvre de 1769 nous dit: « L'on reconnoit encore dans les portraits de M. Perronneau quelques restes des talens qui excitaient les applaudissemens du public ; ses pastels sont d'une légèreté de ton qui ferait presque croire qu'ils s'effacent en les transportant des différentes villes où il les a faits. Il est singulier que M. Perronneau se soit déterminé à courir la province avec le talent qu'il a ; le séjour de Paris est le seul pour l'émulation et le bon goût ; et la fortune y réside toujours pour ceux qui la forcent à les favoriser. »
h' Avant-Coureur assimile Perronneau à La Tour : « Cet artiste (La Tour) ainsi que M. Peronneau, dont le salon nous offre aussi quelques portraits peints au pastel et d'autres à l'huile ne se contente pas de rendre la physionomie des personnes qu il peint ; mais il exprime encore leur caractère distinct, et pour nous servir d'une expression familière aux Anglais « leur humeur ».
h' Année Littéraire de Fréron (1) souligne les mêmes qualités avec quelque restriction : « Quelques pastels et deux portraits à l'huile de M. Peronneau ont mérité l'estime publique. Il est peu de peintres qui voient aussi bien que lui dans la nature, et dont l'œil y saisisse autant de finesses de détail. Ses ouvrages demandent à être examinés avec attention pour en sentir tout le mérite. Cependant (qu'il soit permis de le dire) il leur manque ce premier charme qui attire le spectateur, cet effet qui donne de la saillie et de la rondeur. Les lumières paroissent un peu éteintes, et les ombres manquent de vigueur dans plusieurs endroits qui en seroient susceptibles et qui donneroient tout un autre relief à ses compositions. Ce défaut léger ne lui fait rien perdre vis-à-vis des connoisseurs attentifs, mais le commun des hommes ne lui rend pas toute la justice qui lui est due.
(1) Lettre 13.
Diderot se montre dur: « Il faut que je me débarrasse, et vous aussi, d'une demi-douzaine de pauvres diables qui ne valent pas ensemble une ligne d'écriture: ...d'un Perroneau qui semblait autrefois vouloir être quelque chose et qui a bien changé d'avis comme il paraît par trois ou quatre pastels faibles de couleur, fades et sans effet. »
Même sévérité dans les Mé7noires secrets de Bachatim07Jt (1) : ft La multitude de Portraits, Monsieur, qui se présentent de toutes parts à mes yeux, m'oblige malgré moi d'en parler à présent, et de traiter cette matière aride et monotone que j'avais réservée pour la fin. En vain le Public se plaint depuis longtemps de cette foule obscure de bourgeois qu'on lui fait passer sans cesse en revue... Grâces au malheureux goût du siècle, le Sallon ne sera plus insensiblement qu'une galerie de portraits. Ils occupent près d'un grand tiers de celui-ci ! Encore si l'on ne nous offroit que des hommes importans par leur état ou par leur célébrité, ou de jolies femmes du moins, ou de ces têtes remarquables par de grands caractères, et qu'on appelle têtes à médaille, en termes de l'art. Mais que nous importe de connoître Madame Guesnon de Ponneuil, Madame Journu la mère, M Darcy, M. le Normand du Coudray, M'" Gougy, M. Couturier, ancien Notaire, Madame Couturier, M. l'Abbé Jourdans, etc. Les noms ne flattent pas plus les oreilles que les figures ne plaisent aux yeux. On ne vante pas moins, par exemple, dans les têtes de M. de La Tour, le Roi du pastel, la beauté, le précieux fini de son faire, le grenu moelleux de ses chairs, qui en découvrant les pores presqu'imperceptibles de la peau, ne lui ôte rien de son uni, de son velouté. Ce genre de perfection le distingue infiniment du pastel crû, dur, rembruni de M. Peronneau, dont les portraits à l'huile ont aussi un caractère de rudesse qui doit l'exclure à jamais de peindre les Grâces, mais le rend très propre à tracer les rides de la vieillesse,
(I ) Lettre II sur le Salon de 1769.
l'on l'K.MT d'iIOMMK
Pcinluie. Signée et datée 1767.
lA JI, Julien Folin)
la peau tannée d'une paysanne ou la morgue d'un Turcaret. M. Valade a plus d'aménité dans sa touche... »
Heureusement les Affiches, annonces et avis divers réhabilitent l'artiste, le mettant en bonne compagnie : « On remarque aussi de très beaux portraits de M. de La Tour, de M. Roslin, de M. Peronneau, de M. Valade et de M. Drouais. »
De Paris, Perronneau se rendit à Abbeville avant la fin du 1770 Salon. Il écrit à Desfriches, le 2 janvier 1770, d'Abbeville : « J'ay profité de l'automne pour venir chez Monsieur Théophille Vanrobesse à Abbeville, faire le portraict de leur perre... Donné moy de vos nouvelles chez M. Théophille Vanrobesse à Abbeville. » Il s'agit de l'automne de l'année 1769, ce qui nous donnerait la date et l'origine du portrait de l'ancienne collection Henry Michel-Lévy. Et en 1772, il ajoute: « J'ay fait des choses vigoureuses à Abbeville dont M. Vanrobesse a quatres tableaux à Paris. » Que signifie ce mot à Paris ? Nous l'ignorons, mais le comte van Robais a vu autrefois, à Abbeville, quatre pastels de Perronneau qui pourraient bien être les quatre tableaux précités : le portrait d'Abraham van Robais qu'il possédait ; un portrait de M™ de Richement qui appartenait alors à M. de Boiville . deux portraits de membres de la famille Duchesne de Lamotte. L'un d'eux, le portrait de Marie Charlotte de Buissy, exécuté en 1770 (1), à Abbeville, comme l'indique lui-même l'artiste à côté de sa signature au crayon, peint sur parchemin dans les tons chauds du portrait de van Robais, se trouve en possession d'une descendante du modèle de Perronneau. Dame de Buissy a les cheveux relevés en haut toupet et poudrés. Un filet de velours noir entoure le cou, et par dessus le corsage rouge falballassé de ruchons et de bouillonnes en soie naccarat, elle porte un fichu de gaze blanche.
(I) Une note ancienne, placée .111 dos du portrnii, porte ces indications: « Madame de Buissy, peinte au pastel à 26 ans par J.-B. Perronneau, peintre du Roy. T. C, de l'Academy roval de peinture et sculpture. Abbeville, Janvier 1770 ». Le portrait inesure 0'"64 sur O^SS.
A propos d'une statue du sculpteur Pfaff, les Annonces et ajjicher. de Picardie relatent, dans leur numéro du 20 janvier 1770, la présence de Perronneau à Abbeville : « M. Pfaff, célèbre sculpteur, résidant à Ahbeville (1), vient de terminer la statue de sainte Angèle ; cette figure a six pieds de proportion, est destinée à orner le maître autel de l'église des Ursulines de cette ville, elle est dessinée avec beaucoup de noblesse, son attitude est des mieux saisie, elle est debout auprès d'un priez Dieu tenant de la main gauche un livre ouvert et de la droite un crucifix vers lequel elle se penche affectueusement. La candeur et la modestie sont peintes sur son visage, tout y annonce l'amour divin dont cette vraie religieuse est pénétrée, son corps a toute la souplesse de la nature, il est adroitement balancé sans perdre de grâce, la draperie laisse apercevoir toute l'élégance du nu, les plis en sont simples, larges d'une manière savante. Enfin cette belle figure a mérité non seulement l'applaudissement des amateurs cîes beaux-arts, mais encore un éloge plus distingué de la part de M. Péronneau, peintre de l'Académie Royale de peinture et de sculpture à Paris, qui est actuellement à Abbeville ; c'est d'après cette figure, a-t-il dit à plusieurs jeunes élèves qui lui demandaient la permission de copier quelques-uns de ses portraits, que vous pourrez faire d'excellentes études ; je n'ai rien à vous offrir qui en approche ; à ce trait, on reconnaît le vrai mérite, il met en même temps le comble à l'éloge de M. Pfaff à qui un homme de mérite et distingué par son goût pour les arts a adressé cet impromptu :
« Angèle à ton ciseau doit sa nouvelle vie. »
Il existe, dans la collection de M. Georges Dormeuil, un por-
(I) Simon-Georges-Joseph Pfaff, né en 1715, à Vienne (Autricfie), exilé à la suite d'un duel, vint s'établir à Abbeville en 1752. 11 est l'auteur de deux statues en marbre blanc que l'on voit encore dans l'ancienne collégiale de Saint-Vulfran. — Voir la Généalogie du sculpteur Pfaff, sa vie et ses œuvres, par Cli. VC'ignier de Warre. Abbeville, 1897.
trait d'homme vêtu d'un habit vert bronze à touffes de passementeries et à boutons d'or, les cheveux noués en catogan, la main gauche engagée dans le gilet, signé et daté de 1770 (pi. 35). La physionomie offre une ressemblance frappante avec celle de l'homme aux trois roses, daté de 1756. La différence d'âge concorde avec la différence de date. S'agirait-il du même personnage? Et, dans ce cas, Perronneau serait-il allé à Bordeaux l'année même du voyage à Abbeville ? Cela n'est pas impossible, si l'on en croit une lettre qu'il adresse à Desfriches le 2 janvier 1770, d'Abbeville, et dont nous avons déjà cité quelques passages: « Je voiray d'autres villes et repasseray par Orléans où à mon passage j'aurois l'avantage de voire votre maison et Monsieur du Coudray et i peinderois l'époux de M°° Pinchinée (je ne sais pas son nom) ; de là j'irois à Lion ayant des connoissances pour cette ville, qui est aussi bonne que Bordeaux, mais il faut bien en fille. » Il semble donc que l'année 1770 ait été occupée à un véritable tour de France, d'Abbeville à Orléans, où il voudrait compléter le groupe de M°" Pinchinat et de M"" Pinchinat en Diane par le portrait de « l'époux de M""" Pinchinée », à Lyon, peut-être à Bordeaux, ce que tendrait à prouver le pastel de la collection G. Dormeuil.
Un an après, jour pour jour, Perronneau est à Amsterdam. 1771 Nous en avons la preuve dans une lettre qu'il adresse de cette ville au marquis de Marigny (1) :
'( Monsieur, « Il est de mon devoir de vous présenté mon respect, mes hommages (puisque vous êtes le Ministre du Roy pour nous), mais c'est encore mon inclination qui m'i engage ; bon, juste, éclairé, mêsme avant que le Roy vous eu choisi (puisque vous assossiate à votre voïage d'Italie des hommes d'un mérite très-rare), accoutumé de recevoir tant de sollicitations de personnes qui demande
(1) Archives Nationales, 0', 1952.
et ne mérite pas toujours, vous recevez ces importunités par Etat ; écouté les mienne. Monsieur, avec intérois. Avant, je suis bien aise que vous sachiez une petitte anecdotte.
« Il i a environ cinq années que des personnes de qualitée voulois que je peignissent le Roy et Mes Dammes, mais quelle ne voulois point que ce fut par la voie de Monsieur le Marquis de Marigni (ce sont les termes dont on se servi) ; on prévint Mes Dames et je n'avois qu'à aller à Versailles; je dis oui (ne voulant rien opposé), mais je parti de Paris à cette occasion ; il ût esté atrosse de ma par de l'entreprendre, si vous, Monsieur, ni ussent eu aucune part ; vous este la seul voie, et je ne suis pas capable de vous manqué. C'est la vérité que je vous expose.
« C'est en 1753 que je fus reçeu de l'academy. Plusieurs ont eu par aux bienfaits du Roy par votre Ministère qui n'ont été receû que depuis à tite de grâce et à tite de mérite, accordé moy, Monsieur, les mêmes avantages. Je puis i prétendre (non pas, il est vraie pendant des temps que je m'étoit négligé. Il i a des présomtions pour moy. J'ay perdue la plus grande partie de mon bien et il ne me reste que ma maison du petit Châronne que M"' Perronneau habite, n'ayant plus d'apartement à Paris. Si cela n'étoit, je ne vous demanderois point un petit logement pour recevoir le publique, n'importe où, alors je resterois à Paris pour faire honneur a vos dons et à ma patrie.
« Je suis, Monsieur, avec un très profond respect, votre très humble et très obéissant serviteur.
Perronneau.
A Amsterdam, chez M. Hogguer.
Ce 2 janvier 1771. »
Voici la réponse du marquis de Marigny (1) : « J'ai reçu, Monsieur, la lettre par laquelle vous me faites part du désir que vous avez d'obtenir à Paris un logement qui vous
(1) Archives Nationales, Qi, 1222, fol. 36.