Le Portrait d'un jeune Enfant habillé en Espagnol
Ces trois tableaux en Pastel, de forme ovale.
Le pastel convient à cette humanité vêtue de velours, de soie, de dentelles, s'harmonise aux étoffes à la mode, aux taffetas changeants, aux mousselines, aux gazes rayées et traduit merveilleusement le physique de ce monde poudré ... Il a quelque chose de vaporeux, de subtil, d'éminemment léger, il semble tombé des corolles des fleurs, des ailes des papillons, ses couleurs sont prises aux ailes des insectes, au pollen, à tout ce que la vie a d'insaisissable et de capricieux. C'est un fard léger, fragile comme une dentelle, un duvet irisé, laiteux, un nuage, un flocon, un arc-en-ciel, c'est le sourire de la fleur, un rayon, une nuance douce, enveloppante, c'est un souffle, un souffle pourrait le détruire; c'est un linon rose tendre, une gaze vue à travers des phosphorescences d'opale, de corail, de céladon, une buée, la fleur des fruits, le velouté impalpable de la rosée matinale; le pastel fait les chairs, les oreilles comme de petits coquillages, des yeux d'aigue marine, donne aux êtres une âme fragile comme une dentelle. Il effleure, il caresse, il frôle. Avec cette poussière lumineuse, Perronneau modèle, gradue ses valeurs, et en badinant, donne à ses figures tous les accidents de la vie. Dans une gamme de l'ombre à la clarté, des fonds obscurs qui remuent sourdement au premier plan lumineux, il amène ses visages au soleil, les enveloppe d'une atmosphère fluide, éclaire çà et là un sourire, une commissure des lèvres, un iris, un menton à fossettes, pose les perles translucides sur la peau duvetée, fouette de rose les chairs nacrées, dessine les ramages, soutache l'habit, enroule des feuilles vermeilles au montant d'un fauteuil, sème des fleurettes sur le taffetas, passequille d'un ruban les fanchons roses, chiffonne les dentelles, soulève les cheveux poudrés, tisse des robes de brocarts aux lourdes cassures, des gazes blanches comme des trames de jour, des taffetas zinzolin, des habits velours de pêche, givre de prune, conquiert les nuances réservées, va de l'aube de la couleur aux opulences du crépuscule et aux draperies mauves de la nuit, sème à profusion des sequins d'or, des boucles d'argent, de l'ambre broyé, des verts fugaces, des pétales de tulipe, des touches d'un bleu presque violet, d'un bleu tournant au vert, éparpille des rose chair, des passe-rose, laisse trainer des vapeurs violettes; comme un funambule avec les boules d'or, il s'amuse avec les reflets, s'attarde aux clartés ambrées, aux pâleurs rosées, éclabousse de miettes d'or blond une surface pailletée, la moire verte, l'acier poli, l'ardoise bleue et répond à toutes les heures du jour, à tous les baisers de l'air.
1771 — CHARDIN, Conseiller et Trésorier de l'Académie. 39. Trois têtes d'étude en Pastel.
CARESME, Agréé.