Autre, M. Huquer d'Orléans
128. Autre, peint à l'Huile, représentant Madame de Villeneuve les mains dans son Manchon.
129. Autre représentant M. C*** (une autre édition porte: Autre représentant M^ tenant un éventail).
129bis. Le fils de M. Huquer, tenant un Lapin.
On s'est rapidement prononcé en identifiant le numéro 125 avec le portrait de la collection Groult. Le possesseur n'était pas aussi affirmatif. Il le considérait comme étant celui du jeune Le Moyne âgé de 5 ans. Ce pastel qui est signé dans le bas, à droite n'est pas daté. Au dos, on lit, de l'écriture du temps: »Ce pastel a été fixé par Loriot. « Le fait qu'il repésente un charmant petit garçon au minois éveillé et fûté ne démontre pas suffisamment l'identité supposée. Cependant on retrouve les traits de l'enfant dans une héliogravure du portrait, par Louis Vigée, de Jean Baptiste Antoine Le Moyne, fils aîné du sculpteur, né à Paris le 17 août 1742, mort à Port-au-Prince le 14 mars 1781. 1
Il existe d'autre part, dans la collection de M.Albert Lehman, un pastel d'enfant, signé en bas à droite: Perronneau pinx. 17 47 et que son possesseur a prêté à l'Exposition des Cent pastels (1908) en le donnant comme »un portrait présumé d'un fils de Le Moyne, sculpteur du roi«.
Sur le numéro 126, l'incertitude est encore plus grande. Une édition du livret porte: M*** en habit de bal. Une autre porte: M*** en domino. Dans les deux cas, il s'agit d'un costume de divertissement, d'une parade. Ce M*** ne désignerait-il pas le fameux Manelli, premier bouffon chantant de la troupe des Italiens qui avait débuté à l'Opéra par le chef-d'œuvre de Pergolèse, la Serva padrona, et qui avait divisé Paris en deux partis, lullistes et bouffonistes, »plus échauffés, dit J. J. Rousseau, que s'il se fut agi d'une affaire d'état ou de religion; l'une composée des grands, des riches, des femmes soutenait la musique française, l'autre, plus vive, plus fière, plus enthousiaste, était composée de vrais connaisseurs, de gens à talents, des hommes de génie«?2
Mais c'est là une simple hypothèse. Nous ignorons la destinée du portrait de M"5? de Villeneuve, une orléanaise,3 les mains dans son manchon, du portrait représentant, suivant une édition du livret, M. C***, et suivant une autre édition, tenant un éventail. Par contre, sur le numéro 127, M. Huquer, d'Orléans, et le numéro 129bis, le fils de M. Huquer, tenant un lapin, nous avons de précieuses indications. Le portrait d'Huquier le père (collection André Lazard) ne prête pas à la discussion. Le pastel, remarquable en tous points, est signé au milieu à gauche »Perroneaie en 1747, Février*.
Il s'agit de Jacques-Gabriel Huquier, dessinateur et graveur, né à Orléans en 1695, qui s'établit à Paris comme marchand d'estampes, dessina des ornements dans le goût chinois et grava à l'eau-forte d'après Boucher, Gillot, Watteau, et autres maîtres français. Il avait réuni une nombreuse collection de dessins et d'estampes qu'il ouvrait certains jours de la semaine aux artistes et aux amateurs. On lit dans une lettre de Jombert, adressée à Desfriches, après la mort d'Huquier, en date du 12 Juillet 1772: » On va faire
1 Cabinet des Estampes.
2 La Tour expose au Salon de 1753 un portrait de Manelli, dans le rôle de Collagian, entrepreneur d'opéras, maître de musique, intermède en deux actes de Pergolèse, représenté, le 17 Septembre 1752.
3 Dans sa lettre du 10 Avril 1773 Perronneau écrit à Desfriches: je saline nos amis et particulièrement Monsieur Soyer, Monsieur de Villeneuve et Madame son Épouse.
un nouveau catalogue des desseins et estampes restans dans le cabinet d'Huquier et comme son recueil de mille desseins choisis des plus grands maitres des trois écoles sera détaillé ainsi que les estampes de son œuvre de Le Clerc, cela fera encore un catalogue assés ample;* et, dans la même lettre, quelques lignes auparavant: »Vous scavês que ce pauvre Huquier est mort il y a près d'un mois; le scellé est encore sur tous ses effets; comme on ne reçoit point de nouvelles de son vaurien de fils qui est en Angletterre, et à qui l'on écrit inutilement tous les ordinaires, on s'est déterminé à appeller le substitut du procureur du roy qui tiendra lieu de la présence du fils et l'on compte commencer demain l'ouverture du scellé; il me paroist que le bonhomme Huquier n'est pas mort si riche qu'on le pensoit et une partie de son héritage s'en ira en frais de justice et de procédure. La veuve, le gendre, les enfans, ne sont jamais d'accord et vivent ensemble comme chiens et chats. Cela vérifie le proverbe, ce qui vient de la flûte, s'en retourne au tambour. «
Cette lettre est curieuse puisqu'elle nous fait pénétrer dans un intérieur d'artiste au XVIIlL siècle, qu'elle effleure sa probité d'un soupçon; mais surtout elle transforme avec les années, le fils de M. Huquier, tenant un lapin (Nl 1 29bis du Salon, 1747) Gabriel Huquier Graveur, en »un vaurien de fils«. Voilà en tous cas, Perronneau, portraitiste attitré des Orléanais, et des nombreux amis de Desfriches.
La critique ne se montra pas plus circonspecte que l'année précédente, et l'abbé Leblanc, lui-même, le panégyriste de La Tour, avoue, dans sa lettre sur l'Exposition des ouvrages de peinture, sculpture, etc. de l'année 1747, faisant allusion au portrait de Huquier le père: »Près de ce tableau (une marine de Le Bel) ou voit un portrait en pastel, par un jeune homme nommé M. Perroneau, qui est plein d'esprit et de vie et qui est d'une touche si vigoureuse et si hardie qu'on le prendrait pour être d'un Maître consommé dans son Art. Que ne doit-on pas espérer de quelqu'un qui marque tant de talents dans ses premiers Ouvrages?«
Nous connaissons un pastel de Perronneau qui vaut l'effigie d'Huquier le père et qui porte l'inscription: Perronneau, pinx. No^ 1747, mais qui ne figura pas au Salon de la même année. C'est le portrait du comte de Bastard (collection J. Doucet). Il constitue pour nous un document signé, de la plus grande valeur. En effet, il y a eu à Toulouse au XVIIrl siècle, une famille de parlementaires portant le nom de Bastard de l'Estang, et il y existe encore aujourd'hui, parait-il, des représentants de cette famille à Agen. Citons dans cette généalogie: Dominique de Bastard, seigneur de la Fitte et de Pominet, né le 18 Janvier 1683, reçu conseiller au parlement de Toulouse en 1704, Doyen en 1753, premier président nommé en 1762, conseiller d'État en 1774, mort au mois de Novembre 1777.
François de Bastard né à Toulouse le 1 6 Décembre 1 722, successivement conseiller au Parlement de Toulouse, maître des requêtes, premier président du parlement de Toulouse — Conseiller d'État — Chancelier Garde des Sceaux de S. A. R. Me le Comte d'Artois, mort à Paris le 20 Janvier 1 780.
Le costume lui-même concorde avec ces indications: Le personnage porte en effet une perruque poudrée environnée de frisures et dite de »procureur« par cette raison que les gens de robe conservèrent longtemps encore sur leurs épaules la crinière du XVII* siècle. Perronneau serait-il allé à Toulouse en Novembre 1747?
1748 Au Salon de 1748 Perronneau exposait:
95. Celui du Révérendissime *** abbé Régulier de Paris, peint à l'Huile.
96. Autre au pastel, de M. Olivier en Habit de velours, appuyé sur une Table.
97. Celui de Madame Son Epouse, habillée d'une Robbe de Pequin.