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d'œuvre délaissés vers le milieu du xvur siècle, l'attention fut éveillée par les recherches tenaces de ces collectionneurs que nous avons cités, par l'abandon des théories de David, et les nouvelles tendances des peintres français, plus épris de couleur et de lumière que de mythologie clinquante. À tel point que l’histoire de la curiosité est en quelque manière l'histoire du goût: le prix d’une œuvre d'art est significatif au même degré que la récompense accordée à telle époque, à tel artiste. Et dans ce nouvel engouement, dans ces enchères parfois excessives devant les œuvres d’art du xvur siècle, enfin honorées comme il convenait à la plus belle époque de l'art français, ne faut-il pas voir comme une corrélation des efforts tentès par les peintres français, vers une palette plus claire, plus chaude, et surtout des efforts éclatants de l’école communément appelée «impressionniste ».
Au xx siècle, beaucoup d'artistes ont suivi la voie ouverte par Chardin, Decamps (1803-1860) a été particulièrement attiré lui aussi par les secrets de la lumière, la belle matière, et le «beau morceau». Il y a dans son œuvre, je ne parle pas ici des grands ensembles, comme la Défaite des Cimbres, des jeux de reflets, de la belle pâte émaillée, analogues à ceux de Chardin; et je songe en l’écrivant aux morceaux de lui qui sont au Musée Condé à Chantilly, à la collection Wallace à Londres, à ceux qui sont dans les collections Thomy-Thiéry et Moreau-Nélaton, au Louvre. Charles Jacque (1813-1894) s’est, lui aussi, complu aux sujets les plus humbles. Félix Bracquemond a bravement fait d’un «Battant de porte» une œuvre admirable, et enfin, de nos jours, l'exposition Fantin- Latour a révélé au public un artiste très près de Chardin, dans son étude attentive de la nature morte, et spécialement des fleurs et des fruits. C'est ici, en effet, de beaucoup, la partie supérieure de son œuvre, et celle qui lui survivra le plus longtemps. Une des plus pures joies artistiques de l’année 1906, a été d'avoir pu considérer un pareil ensemble, d'une telle qualité de peinture et d'exécution. Et quelle leçon se dégage du succès définitif qui va à ces tableaux humbles, et qui ne valent que par l'habile conscience du métier et la qualité admirable de la matière! Vérité, solidité, beauté de matière et d'exécution! Les qualités techniques plus que les qualités littéraires assurent la durée définitive d’une œuvre d'art. Voilà pourquoi Chardin est immortel.