‹ J.-B. Siméon ChardinChapitre 17 sur 308 · COLLECTION. D} M'4DURU Y · texte numérisé non relu

COLLECTION. D} M'4DURU Y

que Françoise-Marguerite Pouget, veuve de Charles de Malnoë et seconde femme de Chardin, celle-là même dont Chardin, en sa vieillesse, laisse un pastel si vigoureux et en même temps si délicat: c’est une bourgeoise fine, encore jeune, au regard intelligent, avec un pli de la bouche qui indique quelque mélancolie, et quelque expérience de la vie.

L’Aveugle, «un aveugle qui tend son gobelet aux passants», est une silhouette très heureuse d'attitude, mais au visage très peu poussé. Il a été exposé au Salon de 1753, puis a figuré à la vente de Vassal-Saint- Hubert en 1773, au prix de 1.700 livres, à celle du chevalier de Cène en 1786, à 500 livres, à la vente Duclos-Dufresnoy, à la vente du 2 prairial an VII, à la vente Laperlier en 1867 où il a atteint le prix de 570 francs. Puis il passa dans la collection de M" la baronne Nathaniel de Rothschild. Présentement, il fait partie de la collection du baron Henri de Rothschild, la plus riche du monde entier en chefs-d'œuvre de Chardin.

La Blanchisseuse, que nous connaissons en France par une gravure de Cochin’, s'est vendu avec la Fontaine, au prix de 164 livres à la vente du chevalier de La Roque, en 1745. À la vente Crozat, ce tableau ou une variante passa en Russie, en 1775; il figure actuellement au Musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg. Une autre réplique atteignit le prix ridicule de 17 livres 6 sols, à la vente de Chardin en 1780; et enfin, une troisième, ou quatrième réplique, se trouverait au Musée de Stockholm.

Ces renseignements nous donnent pour ainsi dire la formule du goût public, ils nous montrent notamment que les tableaux de Chardin, négligés, ou presque, en France, étaient recherchés, comme d’ailleurs tous les objets d’art français du xvur' siècle, à l'étranger, en Prusse, à Vienne, en Angleterre et même en Russie. Toutefois ce mouvement d’émigration artistique est particulièrement sensible sous la Révolution, à partir de la vente des biens nationaux; c'est le moment où se sont constituées beaucoup de grandes collections étrangères, par exemple la collection Koeschoubey, qui par suite des événements politiques que l'on sait, fut vendue cette année

1. Pour tous les tableaux non répertoriés au Musée du Louvre, et pour tous ceux qu'il est difficile de connaître, soit en raison de leur éloignement, soit en raison de la réserve des collectionneurs, voir le chapitre intitulé l'Œuvre gravé de Chardin. Par la gravure, nous pouvons connaître beaucoup de tableaux perdus ou ignorés.

même, en France, à l'Hôtel Drouot; une révolution avait condamné ces objets à l'exil, une révolution les réintégra au pays natal.

De même les Bouleilles de savon, ce tableautin qui représente un jeune homme faisant des bulles de savon, après avoir figuré au Salon de 1730, et dans la collection de M. Crozat, a été vendu en Russie, en même temps que la Blanchisseuse. Un autre tableau, avec le même sujet, a passé à la vente Trouart en 1779, à la vente Watelet en 1786, à la vente du 16 germinal an IX, puis enfin à la vente Laperlier, en 1867, au prix de 820 francs. Il figure en ce moment, si je ne me trompe, dans la riche collection de M. David Weill. Il y a au Musée de Bourg, un tableau attribué à Chardin, et représentant des jeunes garçons (et non plus un seul) faisant des bulles de savon.

La Dame cachetant une lettre, si gracieuse d’attitude, de geste, d’impatience, est vraiment une des compositions les plus poussées quant aux figures; le tableau original avait été exposé à la place Dauphine en 1734, à l'Exposition de la Jeunesse, et au Salon de 1738; il est aujourd’hui perdu. Mais une réduction, exécutée par Chardin lui-même, a passé à la vente Beaujon en 1807, puis à la vente d’Houdetot, en 1759, où elle atteignit seulement 271 livres! Heureux temps que celui où les Eudoxe Marcille, où les La Caze réunissaient leurs plus beaux joyaux! Les Goncourt signalent ainsi une esquisse qui existait dans le cabinet de M. Peltier: «Le manteau de lit de la femme est d’une étoffe à bande verte et blanche, la bande verte accompagnée d’une bande rouge. La jupe est bleue. Des tons rompus, d’un violet tendre, jouent dans la houppelande du domestique. Le profil de la femme, cerclé de noir, est d’une brutale indication; mais sa joue et son cou ont la coloration sanguine et dorée des chairs du maître. Ce petit tableau a été acheté à la vente d'Houdetot. Il provient de la vente Hubert-Robert (5 avril 1809) où il était catalogué avec cette note de l'expert Paillet: «Dans un appartement, deux figures, dont une dame se disposant à cacheter une lettre, tandis que son valet lui allume une bougie ». Le costume, qui tient à celui de feu M" Geoffrin, rend ce morceau curieux et original. »

Le Dessinateur, si amusant, par le naturel, la spontanéité, l'humour, de ce jeune homme dégingandé, assis devant son modèle, a été vendu avec l'Ouvrière en lapisserie, à la vente du chevalier de La Roque, en 1745,

100 livres; à la vente du prince de Conti, en 1779, 120 livres; à la vente de

Bandeville, en 1787, 882 livres; à la vente Sylvestre, en 1811, 24 francs! à la vente Lemoyne, en 1828, 40 francs; à la vente Saint, en 1846, où il était acheté seul, sans l'Ouvrière en tapisserie, au prix de 725 francs, par M. Marcille père; et en 1876, à la vente de M. Camille Marcille, il finissait par atteindre le prix de 3.620 francs! Il ne faut pas confondre le Dessinateur, gravé par Le Bas, avec celui-ci qui a été gravé par Flipart; dans le premier de ces deux tableaux, le jeune artiste est assis sur une chaise; dans le deuxième, il est assis par terre, vu de dos.

L'Écureuse, qui a figuré au Salon de 1739, a été acheté 550 livres par Peters, à la vente du comte de Vence, en 1760, en même temps que le Garçon cabaretier ; puis 42 livres, à la vente de Ménars, en 1782; l'Écureuse seule a atteint le prix de 23.000 francs à la vente de M. Camille Marcille, en 1876. La Bonne éducation, cette jeune fille qui récite son évangile, avait été exposé au Salon de 1753, il passa à la vente de La Live de Jully, en 1759, au prix de 720 livres. La Jeune fille à la raquette, qui date de 1751, a atteint le prix de 5.000 francs à la vente du comte Lazare, en 1875. La Fontaine, qui avait atteint 482 livres, à la vente du chevalier de La Roque en 1745, repassa à la vente Lempereur en 1773, où Cochin l’acheta 205 livres pour en faire la gravure que l’on sait; elle se vend 174 livres 19 sous en 1780, à la vente Le Roy de Senneville; descend à 11 francs en 1811, à la vente Sylvestre (et c'est le cas de tous les tableaux du xvi* siècle après la Révolution, et même après l'Empire), monte à 601 francs, en 1842, à la vente du vicomte d'Harcourt. Il y en a une reproduction originale dans la collection Eudoxe Marcille, et une autre au Musée de Stockholm. Le Garçon cabaretier fit 6.100 fr., en 1876, à la vente C. Marcille. La Gouvernante, jointe à la Mére laborieuse, atteignait 30 livres 4 sous à la vente Chardin, en 1780. L'Instant de la méditation, cette femme qui a quitté sa lecture et qui rêve.est aussi un portrait, comme les Amusements de la vie privée, dont le sujet est analogue. Des épreuves gravées portent la dédicace suivante: «Dédié à M. Lenoir, par son très humble et très obéissant serviteur et son ami J.-B. Chardin. »

Il y a donc tout lieu de croire qu'il s’agit du portrait de M" Lenoir, femme du marchand et non pas du lieutenant de police. Ici encore, le peintre a excellé à rendre une figure d'ensemble, un intérieur, une scène de genre, et il a relégué au second plan ce qui était pour lui une difficulté réelle, l'exécution du visage.

Qu'est devenu le Jeu de l'Oye, qui s’est vendu 35 livres 7 sous, avec Tours de carte, et a été acheté le 29 mars 1782, par M. Toulouze, au prix de 40 livres?... Qu'est devenu la Maîtresse d'école, qui a passé à la vente de Watelet en 1786, puis à la vente Cypierre, en 1845, au prix de 436 francs? D'autres toiles, comme le Négligé ou la Toilette du matin, comme l'Économe, sont au Musée de Stockholm. L'Ouvrière en lapisserie, qui valait 465 francs, à la vente d’Harcourt en 1742, 610 francs à la vente Saint, atteignait 3.420 francs à la vente Camille Marcille... La Ratisseuse de Navets se trouve à Vienne, dans la galerie du prince de Lichtenstein. Sans soucis, sans chagrins, que le Catalogue du Salon de 1737 définit ainsi: «Un petit tableau d'enfant avec les attributs de l’enfance », s’est vendu 31 francs à la vente Lebrun, en 1806. Le tableau que le même Catalogue décrit de la manière suivante: Le tableau de la Petite fille assise s'amusant avec son déjeuner, était le pendant du précédent, et comme lui, avait passé à la vente Lebrun. La Serinette, une dame qui joue d’un petit orgue mécanique, était acheté 631 livres, par M. Tolozan, à la vente du marquis de Ménars en 1782. On la retrouve à la vente Denon, directeur des Musées, où elle passa pour un portrait de M" Geoffrin, et se vend 600 francs; puis à la vente d’Houdetot, en 1859, au prix de 4.510 francs, puis dans la collection du duc de Morny. Il y en aurait, paraît-il, une répétition en Angleterre, dans la galerie Dulwich. Le Toton, qui représente un jeune garçon jouant avec un toton de mie de pain, est, paraît-il, le portrait du fils de Godefroy, joaillier ; la légende de l’estampe de Lépicié indique que le tableau original appartient au chevalier de La Roque; après avoir atteint 25 francs, à la vente de M. de La Roque, il repassa en 1845, chez M. de Cypierre, au prix de 605 francs.

LE NÉGLIGÉ ou.LA TOILETTE: DU MATIN

D'APRÈS LA GRAVURE DE LE Bas

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