‹ J.-B. Siméon ChardinChapitre 33 sur 55 · MADAME CHARDIN, NÉE POUGET · texte numérisé non relu

MADAME CHARDIN, NÉE POUGET

Portrait gravé par Léopold Flameng, membre de l'Institut, d'après le pastel de Chardin (Masée national du Louvre.)

été autrefois. Je ne sais pas d'œuvre plus mélancolique que la figure de cette vieille bourgeoise qui n'a pas beaucoup souffert dans son existence et qui s'en va parce qu'il faut s'en aller. Elle n'est ni triste ni résignée : elle est simple, presque vulgaire et cette vulgarité même fait son élo-

quence. C'est la vieille femme et pas autre chose — mais quoi de plus pénible que la vieillesse de la femme aimée. Si ce n'était pas un blasphème, je dirais presque que Chardin a eu tort de nous la montrer avec ses tempes amincies, sa bouche rentrée où manquent hélas bien des dents, ses yeux semblables comme ceux des vieillards, à des vitres troubles, et celte peau surtout, cette peau étonnante comme usée par l'âge et où courent les minces ruisseaux des veines bleues. Ce jour-là, à force de vérité et de précision, Chardin fut cruel. Mais il n'avait connu Marguerite Pouget qu'à trente-quatre ans : elle était veuve. Eût-il été aussi impitoyable, si elle eût vécu, pour sa première femme ?

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