‹ J.-B. Siméon ChardinChapitre 34 sur 55 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Chardin critique d'art. — Une conversation au Salon avec Diderot. — Déplorable enseignement de l'Ecole. — Nécessité de l'indulgence pour les jeunes ou les médiocres. — Comment le maitre appliquait ses théories. — Fragonard égaré dans l'atelier de Chardin., — Autres élèves de Chardin : ce qu'ils sont devenus.

La plupart des peintres qui ont reçu « du ciel l'influence secrète » sont incapables de raisonner congrûment de leur art; ils produisent des tableaux comme un pommier ses fruits ou comme le bonhomme La Fontaine portait, dit-on, ses fables. Tel n'a pas été le cas de Chardin. Le. peintre était chez lui doublé d'un excellent critique. Sa peinture — ô merveille — ne l'empêchait pas de goûter celle des autres. Il en parlait avec esprit — et ce qui est encore plus rare — avec bonté. Diderot qui appréciait ses jugements pour se les être appropriés plus d'une fois revient sans cesse sur cette bizarrerie. « // entend la théorie de son art^», dit-il quelque part; plus loin a personne peut-être ne parle mieux que lui. de la peinture ^y>. Une autre fois « il faut que vous sachie\ encore que cet artiste a le sens droit et parle à merveille de son art^ ». For-, mules admiratives que Diderot jette en pluie quand il est bien disposé et qui ne nous apprendraient pas grand chose s'il n'avait pris soin d'y joindre, prise sur le vif et comme sténographiée, une conversation tenue par Chardin au Salon avec ses collègues et ses amis. C'est un morceau exquis. Le don de vie intense que Diderot portait dans ses improvisations les plus hâtives lui a permis de nous présenter un Chardin animé, souriant, causant avec cette bonhomie doucement narquoise, mais tou-

1. Diderot, œuv. compl. Ed. Assézat,. t. X, p. 98, (Salon de 1739. ) ,

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