‹ J. Barbey d'Aurevilly; impressions et souvenirsChapitre 5 sur 12 · L'ABBÉ LÉON D'AUREVILLY · texte numérisé non relu

L'ABBÉ LÉON D'AUREVILLY

Si l'auteur de YFnsorcelée, du Prêtre mari'é^ des iDiaboliques ; si le critique des Œuvres et des hommes, ;t le poète de Poussière, est arrivé à la célébrité au déclin de sa vie, n'ayant point reçu les ardents rayons du soleil d'été, non plus que les suaves et légers reflets du soleil de printemps, mais seulement les tristes et languides et jaunes clartés des soleils d'automne, il a néanmoins conquis la célébrité, c'est-àdire vaincu la chimère, et son nom désormais immortel scintillera dans les fastes littéraires de ce temps, avec ceux des plus hauts et des plus hautains, parmi les immortels. Il n'a voulu rien être que lui, et c'est assez.

I L'aîné obtint donc sans efforts, il ne la cherchait * Une grande partie des matériaux qui composent ce chapitre sont empruntés à un ouvrage en voie de publication sous ce titre : Un poète-apôtre, ou Vie du B. P. Léon Barbey d'Aurevilly, avec un dioix de ses œuvres poétiques, par le R. P. Dauphin, de la congrégation des Eudisles. L'auteur a bien voulu noiis communiquer l'esquisse et les principaux documents de son livre; à notre regret, il ne nous permet pas de publier la lettre de Barbey d'Aurevilly qui servira de préface à çelui-çi,

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point, cette notoriété qui est l'antichambre de la gloire, car la gloire \eut être toujours posthume. Mais le cadet est mort, tout à fait ignoré de la foule, et son frère, qui l'aimait tant, ne l'a désigné à ses contemporains que par cette préface de son livre les Philosophes et les Historiens religieux, dans laquelle il lui disait : « Tu as le grand honneur d'être prêtre, et le grand avantage de ne pas écrire. Tu agis sur les âmes de plus haut que nous, vulgaires écrivains... Voilà pourquoi je te dédie ce livre sur les philosophes et les philosophies de ce temps. Je te le dédie à toi, théologien que les choses qu'il contient regardent et qui as mieux que du génie pour en connaître, puisque tu as grâce d'état pour en juger. »

Léon-Louis-Frédéric Barbey d'Aurevilly, plus jeune d'une année que son frère, naquit à Saint-Sauveur-le Vicomte, le 28 septembre 1809. Il fit ses premières études dans la maison paternelle, les acheva la dernière année au collège Stanislas de Paris, et rentra à la maison paternelle pendant que son frère, allait à Gaen, en 1828, pour y suivre les cours de la Faculté de droit.

Mais Léon quitta souvent Saint-Sauveur pour se rendre à Gaen où l'attirait son frère et oii il trouvait, plus qu'à la campagne, le moyen de satisfaire son goût pour les études littéraires.

Il s'y lia de bonne heure avec Trébutien, alors modeste bibliophile, avec Alphonse Le Flaguais, et plusieurs autres jeunes gens d'élite, parmi lesquels son talent pour la poésie, son amabilité, son entrain lui gardaient la première place. Dès 1830, ardent légiti-

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miste,il se lançait dans la lutte avec une ardeur que nous ne comprenons plus, nous qui n'avons point vu la révolution de Juillet ni souffert de ses conséquences. Les agitations politiques au milieu desquelles la France se débat depuis vingt ans, et les événements qui, pendant ces terribles années, se sont succédés coup pour coup, ont émoussé tous les enthousiasmes. Les histoires d'hier ne sont plus celles d'aujourd'hui, et les opinions intransigeantes ne sont point acceptées par notre jeunesse positive et pratique. Léon d'Aurevilly, étudiant frondeur, plein de cette belle humeur du Normand qui se souvient des annales de ses ducs, chansonnait avec une verve impitoyable Louis-Philippe, la cour, les ministres, la charte, la politique du juste milieu. Et les journaux royalistes de Gaen, VAmi de la vérité, le Pilote, publiaient ces chansons caustiques où personne n'était épargné, et dont l'une rappelait l'immortel Tartufe.

Ce n'était pas bien méchant, mais la polémique n'avait point encore enfanté Louis Veuillot ni Henri Rochefort. En 1832, Léon d'Aurevilly fonda, avec M. Berruyer et quelques autres amis, le Momus Normand, journal satirique en vers, dont l'un des premiers numéros contenait, à propos de l'infâme trahison du juif Deutz et de l'incarcération de madame la duchesse de Berry, un sixain qui se terminait par ce vers :

« Tout est perdu, fors l'honneur. »

Le juge d'instruction, Marcelin Hubert, mandait Léon d'Aurevilly à sa barre, pour répondre d'une

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protestation contre l'emprisonnement de la mère du roi, qu'il avait fait signer à quatre-vingt quatorze habitants de Saint-Sauveur-le-Vieomte, et l'accusé avouait que trois enfants avaient signé ce document, ajoutant qu'ils étaient * fort en état de comprendre la raison de leur signature, car ils sont de l'âge de Henri V 5. Mais les gouvernements n'aiment point les satires, si spirituelles qu'elles puissent être, et si méritées qu'elles soient. Le Momus Normand gênait les préfets du Calvados, dont s'esbaudissaient les châteaux, et que le peuple ne respectait que par crainte du gendarme. Les esprits s'échauffaient, le pamphlet perdait toute mesure, et un beau jour Léon d'Aurevilly fut traduit en cours d'assises pour une ode à la duchesse de Berry. Bien défendu, il fut acquitté, — comme il convient, puisqu'il était de l'opposition, — et le lendemain la jeunesse des écoles lui offrait un splendide banquet. Néanmoins le M omus IS ormand ne fit pas vie qui dure ; son dix-huitième et dernier numéro parut en juillet 1833, et ce n'est peut-être que dans la bibliothèque ducale de Chantilly qu'on en trouverait la collection complète, aussi introuvable que le premier recueil de vers du jeune étudiant, Amour et Haine\ chansons politiques dans le goût du

* Extrait du catalogue mensuel, numéro 56, de Bernoux et Cumin, à Lyon :

« 2019. Léon d'Aurevilly. —Amour et Hai?ie, ipoé?,ie?, politiques et autres. Caen, au bureau du Momus Normand, s. d., in. 8" broclié, couverture imprimée, bel exemplaire : 8 francs.

« Romantique peu commun. Publié vers 1834, quelques-unes des pièces contenues dans ce recueil firent poursuivre le livre devant la cour d'assises. » Pour dire vrai, il eut fallu écrire ïauteur à la place du licre, La préface de ce volume, qui pa-

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lis pur romantisme, avec de fort belles pièces, au

ilieu d'un fatras à' actualités.

La politique a ses enchantements et ses déboires, plus encore que la littérature. Léon d'Aurevilly s'était fait peut-être l'illusion que les partis et les princes connaissent la gratitude. Il fut bien vite détrompé; et s'aperçut à ses dépens que, lorsqu'un instrument devient inutile, on le dédaigne, si on ne le brise pas. Abandonné à lui-même dans le procès

u'il eut à soutenir, il se dégoûta promptement de la olitique militante. Il se tourna vers Dieu, et Dieu

i apparut si grand et si beau qu'il resta du côté de

leu, comme il le disait plus tard au chanoine Do, de '''" Bayeux. Parmi ses amis, se trouvait un jeune officier, M. Léopold de Saint- Auban, dont' la vie sérieuse et la solide vertu faisaient contraste avec les habitudes mondaines des jeunes gens ; et comme Léon d'Aurevilly lui demandait d'où lui venait de résister ainsi aux séductions du monde. M. de Saint-Auban ouvrit, dans sa chambre, la porte d'un cabinet, au fond duquel se dressait un grand crucifix attaché à la muraille, et lui dit : « Voilà Celui pour qui je fais peu de cas du reste. » Cette parole alla jusqu'au fond du cœur

ide Léon. Sans doute, il n'avait jamais été l'esclave d'aucun vice grossier. Sa simplicité et sa. candeur ne îui auraient jamais permis de faire un mensonge. Il jdéplorait une éclipsede sa foi, sa dissipation mondaine, celle indifi'érence des choses religieuses qui atteint

Ik

rut en realité an commencement fie 1833, contient la relation du procès de Léon d'Aurevilly en cours d'assises, antérieur à sa publication.

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les jeunes gens jetés dans le tourbillon du monde. Et le bonheur d'avoir rencontré un ami comme Léopold de Saint-Auban, il l'attribua à la dévotion toute spéciale qu'il avait conservée pour Notre-Dame de la Délivrande, le célèbre sanctuaire normand. C'est à elle qu'il faisait remonter le bienfait de sa conversion, car il se convertit avec fougue, avec emportement. Il voulait alors faire un pèlerinage à cette chapelle, s'y rendre à pieds, et pieds nus. « Je voulais ainsi, disait-il plus tard au chanoine Do, rompre une bonne fois avec le monde, et m'armer contre tout respect humain. »

Léon d'Aurevilly qui ne connaissait pas encore sa voie, passa une année entière à Saint-Sauveur-le-Vicomte, toujours occupé de ses compositions et rêveries poétiques. Très affectionné de ses parents, et sollicité de se fixer auprès d'eux, il avait consenti à demander la main d'une jeune personne d'une haute distinction, riche et pieuse. Le mariage allait se conclure, quand le jeune homme crut remarquerdans sa fiancée quelque répugnance à épouser un désœuvré. Cette circonstance le détermina à entreprendre l'étude du droit afin de se faire recevoir avocat, et dans ce but, il rentra à Gaen en octobre 1834, au moment où son frère venait de quitter cette ville.

C'est là que sa vie devait tout à coup changer, et qu'il devait entendre l'ordre mystérieux et mystique : Ascende superius. Après dix-huit mois d'incertitude et de luttes, le jeune étudiant résolut de briser tous les liens qui l'attachaient au monde pour embrasser l'état ecclésiastique.

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Lorsqu'il fit part de cette détermination à Trébu-

jtien, celui-ci, tout ému de ce qu'il appelait une perte

limmense, lui demanda la permission de faire impri-

imerune collection de sonnets qu'il en avait reçus, et

de les distribuer comme souvenir à ses nombreux

amis. Bien qu'il lui répugnât d'occuper encore le

monde de sa personne, Léon ne voulut point contris-

ter par un refus l'ami de son cœur, et les Sonnets

parurent au commencement de 1836, en un petit

volume in-18 de 72 pages.

Ce fut en octobre 1836 que Léon d'Aurevilly entra au séminaire dç Goutances ; il était alors âgé de .vingt-huit ans.

On sait quelle est la vie du séminaire : beaucoup de devoirs accumulés, de nombreuses pratiques de piété coupant le travail, une existence monotone, silencieuse, qui ne puise de joies que dans les satisfactions de l'àme et la paix de la conscience, une discipline combinée pour exalter jusqu'à l'héroïsme la volonté humaine vis-à-vis de soi, pour la rompre jusqu'à la passivité vi3-à-vis des autres. Cette vie, pour être digne du sacerdoce, il faut la subir trois ou quatre années.

L'abbé d'Aurevilly reçut la plénitude des ordres sacrés, en 1839, et fut employé, au sortir du séminaire, aux missions diocésaines. Il fut dès lors un véritable apôtre, ardent et zélé. A cette époque, il improvisait toutes ses conférences ; il se traçait son plan, l'étudiait dans la méditation au pied de son cruel-

fix.; puis, tout plein de son sujet, brûlant de Tamour de Dieu et du désir de sauver les âmes, il se livrait à son inspiration, et presque toujours il enlevait son auditoire.

c Je viens de voir mon frère, l'abbé d'Aurevilly, Il est venu prêcher des religieuses de Saint-Paul à Montfort-rAmaury.

... Vous connaissez Tarmure D'Amaury, comte de Montfort !

c Je suis allé le voir dans ce pays perdu et charmant comme bien des choses perdues, et j'ai eu une de ces émotions qui font croire à l'immortalité de notre âme. Savez-vous qu'il y avait neuf ans que je ne l'avais vu? Que je ne l'avais pas vu depuis qu'il est prêtre ? Je l'ai trouvé changé, oh! oui, mais transfiguré aussi; c'est la perfection même des voies spirituelles. Pour le monde, il est moins bien, c'est un capucin qui s'est fait prêtre, parce que les capucins n'existaient pas dans son pays; mais pour l'humilité, la saine et forte éloquence, l'ardeur de la prière, le travail apostolique, c'est un capucin, et je ne souris point en vous écrivant cela. Pour tout ce qui pense, sinon pour tout le monde, il est donc mieux qu'il n'ait jamais été.

(( Je l'ai entendu prêcher sur le bonheur d'aller à confesse et je puisdire que je me suis cru au xvn^ siècle. Pas un mot moderne, pas un souffle des préoccupations littéraires ou politiques de ce temps-ci qui infectent nos meilleurs prédicateurs; une solidité, une tendresse, une autorité et çà et là des mouvements d'une foi si sincère qu'ils en deviennent prodigieusement éloquents ; voilà, mon ami, ce dont j'ai été le témoin. Il est le prêtre dans toute la santé de ce robuste mot. Intellectuellement, il incline au scepticisme, mais l'orthodoxie le maintient dans la juste limite sur cette pente*. Dieu m'a pris Léon tout entier, et quel Dieu ! Un Dieu jaloux!... »

' Lettre du 14 août 1847.

l'abbé LÉON D'ATJREflELt

Une autre lettre, datée du 22 septembre I800 :

« J'ai écrit à J'abbé qu'on m"a dit être évangélisant au Bon-Sauveur... Il y a des siècles qu'il ne m'a écrit, et pourtant je lui ai appris dans Je temps que je n'étais plus un parleur creux de catholicisme et que la table sainte a!)andonnée avait revu le gardeur de pourceaux. Concentré dans les joies de Tautel, il ne m'a point parlé de la sienne, et cela a manqué à ma faiblesse... Mais que voulez-vous? C'est un prêtre et dans cette mer de la charité universelle, l'alfection fraternelle tombe sans bruit, et se noie comme une larme d'étoile dans l'autre mer !

« Réponse à votre question : il ne m'a point parlé non plus de mes gouttelettes de sang, — mes poésies. Les a-t-il reçues ? C'est bien probable. Ils auront été exacts, à Avranches.* Mais encore une fois les occupations du prêtre sont un manteau pour envelopper, cacher et étouffer tous les torts... ï

Une fois qu'il eut été élevé au sacerdoce, l'abbé d'AurevillS' , de son propre aveu, avait demandé à Dieu que son amour de la poésie ne lui procurât aucune distraction dans l'accomplissement de ses devoirs quotidiens; et pour mériter cette grâce, il avait résolu de ne pas faire un seul vers pendant un espace de dix ans. De fait, on n'a retrouvé aucune poésie de lui de 1840 à 1850. Mais cette année-là, il recommença quelques improvisations, quelques essais qu'il envoya à M. Trébutien, avec lequel il conservait toujours les relations les plus intimes. C'étaient des poésies reliligieuses sur la Vierge, pour laquelle il avait un culte passionné.

Or, M. Trébutien avait une charmante manie, assez rare en littérature : celle de donner de la célébrité à ses amis. II publia donc ces poésies, en un petit vo-

1 urne à couverture bleue, sous le litre de Rosa mystica * avec une aimable préface, Et non seulement il éditait les vers de son ami, mais encore il les envoyait à une pléiade d'amis de choix, frères et sœurs des Muses, qui devinrent bientôt les amis du poète. Quelques années plus tard, M. Trébutien fît paraître un autre volume de poésies dont le thème unique était les Hirondelles.

« J'ai reçu, lui écrivait. en octobre 1837 M.Barbey d'Aurevilly, j'ai reçu, écrite incomparablement par vous, une poésie intitulée l'Hirondelle délivrée. Elle est signée d'Une âme en peine. Mais je la crois de Léon.

<( Oui, il y a progrès dans sa manière. Il y a de fines beautés dans cette pièce. Cela tienl-il à la disposition actuelle de mon âme ? Il est des moments, disait Sterne, oi^i les flageolets faux vous paraissent si doux !... Je ne crois pas, cependant, le flageolet de Léon le moindrement faux. Cette poésie est réellement touchante, d'un coloris délicieux, et d'un rhythme adorable de langueur. Dites-lui pour moi (cela le flattera davantage) le muy bien! que je disais il y a quelques jours aux Carmen (qui n'étaient pas des poèmes^ du nord de FEspagne. »

Toutes les pièces des ffi'owrfe//es, même celles signées Trébutien ou les Deux Frères, étaient de Léon, mais ces dernières, inspirées par le bibliophile au poète. Le volume eut, après dix ans, les honneurs d'une seconde édition, augmentée du Livre des Oiseaux.

Voici une lettre délicieuse de Jules à son frère, et qui nous est communiquée par M. l'abbé Lefoulon; elle date du lendemain de nos désastres.

* Ce litre a été pris, depuis lors, par l'excellent poète Stanislas de Guaita pour un de ses recueils, dont la préface surtout est un admirable morceau.

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« Mon cher abbé, — tu m'as donné hier, en me quittant, une joie £:rande et aussi du chagrin.

« De la joie, car franchement je croyais que tu ne

'aimais plus comme autrefois , et à tes pleurs, en me [uittant, j'ai vu que tu m'aimais encore.

< Du chagrin, parce que je te quittais, baigné de larmes, ït que je n'avais pas le temps de te dire combien ces (armes-là m'allaient loin dans le cœur !

« J'aurais bien pu descendre de cabriolet et passer la soirée avec toi. mais il auraitfallu recommencer de partir le lendemain. Seulement j'ai pensé à toi toute la soirée ît voici ce que je veux te dire, mais de vive voix : c'est [ue, si le ciel favorise mes projets, nous passerons nos lerniers jours ensemble, comme les premiers jours, sous le même toit, et ce sera le mien.

« Je m'en rebâtirai un, puisque je n'en ai plus, ou bien ^e mourrai à la peine ; et nous donnerons au monde le spectacle rare d'un vieux pacha et d'un vieux abbé accouplés ! Voilà ce que je te dis ce malin avec la plume, mais ce que je veux te dire de vive voix demain.

« Je ne puis pas te dire quels abîmes de tendresse j'ai dan- le cœur pour toi ; malgré la légèreté de l'esprit, il faut croire un peu à mon âme, sous les turqueries

< De ton

< YuLE Pacha.»

Les missionnaires diocésains résidaient dans un

Iyieux manoir, situé à Villiers, près Saint-James, sur les feonfins de la Bretagne. L'abbé d'Aurevilly aimait cette retraite, d'où il prenait souvent sa course vers le pays B'Armor pour lequel il professait un culte de poète It de royaliste. Mais lorsque Tévêque de Goutances eut appelé les religieux de la congrégation des Eudistes, à Villiers, pour remplacer ses missionnaires diocésains, dont la plupart furent nommés curés, l'abbé

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d'Aurevilly, qui ne se sentait pas de goût pour le ministère paroissial, se retira dans sa famille, àSaint- Sauveur-le-Vicomte, et durant les dix-huit mois qu'il y passa, il occupa ses loisirs à composer un livre sur VUtilité des Missions, qui n'a jamais été imprimé.

L'abbé d'Aurevilly demanda son admission chez les Eudistes. Il avait alors quarante-huit ans, et se soumit néanmoins, comme un simple novice, à toutes les exigences d'une règle assez sévère. Son humilité édifiait tout le monde. Toujours bon, charitable, prévenant, extrêmement aimable pour ses confrères, il continua ses prédications avec un grand succès.

La vie religieuse du père d'Aurevilly fournirait les éléments d'une bien curieuse étude, et si nous disions ici tout ce que nous en savons, nous étonnerions à coup sûr notre lecteur. Un bénédictin de Solesmes, dom Guépin, savant illustre, écrivait peu de temps après sa mort : « Le père d'Aurevilly a été pour moi l'ange du Seigneur qui m'a montré la voie ; et son nom reste mêlé aux plus doux souvenirs de ma vie, à ces jours heureux du printemps spirituel, dans lesquels un amour inconnu jusque-là vous fait battre le cœur et vous transporte jusqu'à l'entrée du ciel. » On lui attribuait même le don des miracles, et ses confrères disaient de lui .qu'il était non seulement un saint, mais un saint aimable, car son bonheur était défaire plaisir.

A partir de 1865, la santé du Père d'Aurevilly commença à décliner, mais pour autant il ne ralentit point ses travaux apostoliques. A l'époque de la guerre, il fut tellement frappé des malheurs de la France que

l'abbé LÉON d'aUREVILLY

la maladie s'aggrava. Il priait continuellement pour la patrie, il disait sans fin son chapelet, qu'il appe- ..- lait sa mitrailleuse de poche.

^K Le supérieur des Eudistes, faisant en mai 1871 la ^Bvisite du couvent oii se trouvait Léon d'Aurevilly,

i Père Barbey d'Aurevilly

snint, simplicité.

^humilité profonde ; prêt à tout. — Souffre beaucoup, ^physiquement et moralement, avec joie pour Jésus-Christ; ne fait plus que prier.-. »

C'est alors que le Père Léon d'Aurevilly sentant sa fin approcher voulut aller finir ses jours oii sa vie mortelle avait commencé, et demanda qu'on le mit à l'hospice de Saint-Sauveur- le -Vicomte. Malgré la règle son vœu fut exaucé; on ne voulait point contrister sa fin. C'est probablement à cette époque que son frère Jules lui adressait ce magnifique poème en prose, si peu connu, qui a pour titre :

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