‹ J. Bernard;Chapitre 2 sur 4 · DANSEUSES. BRONZE · texte numérisé non relu

DANSEUSES. BRONZE

Je me méfe d'un artiste qui ne montré que du muscle et je ne peux pas m’habituer à son advers qui est tout en délicatesses et nuances. J'ai l'impression que le premier et le second m'abusent : leur fruit n’est pas constitué à la lettre comme cet Adam génésiaque, fait pour lé Paradis, que l'artiste, en son ordre, a la mission de rétablir et dont il est affirmé au Livre saint que Dieu le créa « mâle et femelle ».

Plus sa puissance est basée, plus il est apte à la cacher, lorsqu'il le veut, sous une courbe tendre, à la convertir en douceur.

L'œuvre qui manque de flexibilité, qui ne joue pas avec sa loi, qui n'est pas affranchie d’un étau rigide ou qui recourt à des moyens solennels qu'elle ne provoque pas, ne saurait être considérée comme une victoire stable.

C'était vrai pour hier, ce le sera pour demain, ce l’est spécialement pour aujourd'hui, Dans toutes les branches, les grands — et il y en a peu, — admis ou contestés, sont ceux qui font preuve d’une solide vigueur alliée à une extrême souplesse. Mais Joseph Bernard répond tellement à ce classement des artistes intégraux que l’on est en droit de se demander si chez lui cette succession régulière des deux modes n’est pas une gageure ou l'effet d'un système. Ceux qui le connaissent déclareront d'emblée que Bernard est indifférent à toute systé-

matisation et qu'il ne préconise en somme la « pierre

directe » que parce qu’elle est une manière de sculpter plus logique et plus haute, et qu’elle est plus appropriée à son travail; si l'expérience la lui fait aimer personnellement jusqu’à la passion, il se garde bien d’invectiver contre les gens qui n'en usent pas.

Bernard a été plus loin : rénovateur de la taille directe et son seul maître en ce siècle, non seulement il n'a pas opposé ses principes à des formules trop lâches, mais il s’est, en outre, bien gardé de s’enfermer dans le donjon qu'il a édifié. Il demeure libre de découper des volumes de plâtre et de les accorder ensemble, pour la gloire d'un mouvement juvénile, instinctif et lumineux — c'est à ce procédé, notamment, que l’on doit la Fille à la cruche, point de départ de toute une sculpture nouvelle, puis la Femme à l'enfant, la Fille à la toilette, Danseuses, etc. — ou, comme aujourd’hui, de poursuivre au ciseau une réalisation préalable en ciment, la plus dure des pierres, m'’a-t-il dit.

Joseph Bernard est donc au-dessus des théories, et les meilleures (en statuaire, la meilleure est évidemment celle de la pierre directe) ne l’embarrasseront pas plus, étant de son cru, que si elles eussent été le lot du voisin.

Sculpteur, il n’a d’autre ambition que d’exprimer à travers la matière ce qu'il contient d'intelligible en lui, tout un monde secret de formes vivantes, libres et Joyeuses. S'il modèle, il dispose des volumes. S'il taille, il les décrit dans le bloc. Mais, en ce dernier cas, il s’attachera à rester, comme les médiévaux, dans les proportions de sa pierre; il lui fera perdre le moins possible de ses dimensions naturelles, s’ingéniant à la

dégrossir, à délivrer, en quelque sorte, la plus belle

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