‹ J. Guadet et les aveugles: sa vie, ses doctrines, ses écritsChapitre 14 sur 27 · J, GUADET I · texte numérisé non relu

J, GUADET I

la classe organisée à rinstitution par le directeur Dufau, classe ayant pour but de préparer les élèves les plus intelligents à l'obtention du brevet de capacité exigé pour les instituteurs primaires ; certainement il ne désapprouvait pas que les élèves qui avaient fait de bonnes études intellectuelles cherchassent à se procurer ce diplôme qui ne pouvait que les aider même dans leur carrière de musicien, mais il ne croyait pas qu'on pût compter sur ce diplôme pour se faire une position (1).

§ III. Ouvriers

Quant à la vie de l'ouvrier aveugle dans le monde, la question est tout autre, et Guadet a toujours dit qu'on se faisait gravement illusion si l'on s'imaginait que, sauf exception , l'aveugle ouvrier travaillant seul chez lui puisse arriver à gagner entièrement sa vie; il croyait que, terme moyen, l'aveugle ne pouvait arriver à gagner que la moitié de ce que gagnerait un clairvoyant placé dans les mêmes conditions que lui, car le travail matériel de l'aveugle est plus lent ou plus imparfait que celui des clairvoyants (2).

(1) Rapport au ministre, août, 1855, (manuscrit) et df. la condition des aveugles en France, p. 58, ou Instituteur t. II, p- 128-129.

(2) De la condition des aveugles en France, p. 64 ou Instituteur t, II. p. 134 et dictionnaire de pédagogie de Buisson, !'• partie p. 163.

§ IV. Maisons de travail

Aussi Guadet demandait avec instance la création d'ouvroirs ou maisons de travail, dans lesquels les aveugles travaillant et vivant en commun pourraient tirer un meilleur profit de leur travail. Ces établissements, dans sa pensée, devaient être créés et soutenus par l'Etat; plutôt organisés sous forme d'asiles, c'est-à-dire les ouvriers pouvant y manger, y coucher et étant assurés de voir toujours leurs besoins satisfaits, que sous formes de simples ouvroirs où les ouvriers sont externes et ne reçoivent que ce que leur travail produit. Il reconnaissait que le second système stimulait davantage l'ardeur au travail, mais il trouvait aussi que le premier donnait plus entière satisfaction aux besoins moraux de Taveugle, qui souffre dans le monde du manque d'indépendance et pour qui la vie de famille ou au moins de communauté est précieuse (1). Or, comme il croyait que l'homme n'est pas une machine à travail mais un être pensant et aimant, il n'hésitait pas à préconiser l'ouvroir-asile, ou pour parler plus exactement l'ouvroir avec internat.

Toutefois, il aurait laissé libre de vivre chez eux ceux des ouvriers qui auraient été mariés ou qui auraient eu simplement la possibilité de vivre avec leurs parents très rapprochés : père, mère,

(1) De la Condition des aveugles en France, p. 176 ou Instituteur t, UI. p. 12.

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frères, sœurs ; il étendait, quoique avec plus de réserve, cette faculté aux ouvrières aveugles. Il ne jugeait pas qu'on dût le moins du monde empêcher Touvrier aveugle de se marier; mais, trouvant que c'était là une charge lourde, peut-être même trop lourde pour l'ouvrier privé de la vue, il pensait qu'on devait plutôt le retenir que le pousser dans cette voie, et aussi il n'approuvait pas la pratique de certaines maisons de travail d'Angleterre qui se chargent de donner aux femmes de leurs ouvriers du travail dans des conditions favorables.

Le choix des métiers doit être déterminé dans chaque maison de travail par les besoins du pays où se trouve situé l'établissement ; il faut avant tout fabriquer des objets qui se vendent aisément et, autant que possible, aux environs du lieu de fabrication, mais il faut aussi avoir grand soin de choisir des travaux que les aveugles puissent exécuter facilement. Avec du temps et un bon enseignement il est possible d'apprendre à l'aveugle à faire des ouvrages d'une grande finesse et d'une grande perfection, mais cela n'a rien de pratique. Si on veut étonner, émerveiller le public et se contenter d'applaudissements, c'est très-bien; mais, si Ton veut que l'aveugle trouve dans son travail quotidien la totalité ou la plus grande partie de ses moyens d'existence, il faut choisir des travaux simples, plutôt grossiers que fins, que l'aveugle puisse exécuter promptement; car c'est la célérité qui lui fait le plus défaut et, à cause de cela, il vaut mieux qu'il soit un peu

au-dessus qu'un peu au-dessous de la tâche qui lui est confiée. Il ne doit faire sérieusement l'apprentissage que d'une seule profession. La division du travail, si avantageuse pour Touvrier clairvoyant, l'est bien plus encore pour l'ouvrier aveugle; en eJBfet, celui-ci faisant toujours la même partie de la besogne, arrivera, on le comprend, à une rapidité beaucoup plus grande que s'il exécute le travail en totalité. Cette nécessité de diviser le travail est encore une des grandes raisons qui militent en faveur du système des ouvToirs, préférablement à celui consistant, une fois l'apprentissage terminé, à laisser l'aveugle retourner dans sa famille pour y exercer sa profession.

Guadet, dans son plan général d'organisation, place de préférence les maisons de travail à la campagne, il trouve à cela beaucoup d'avantages et aucun inconvénient. A la campagne, la vie, le local, tout est moins cher, et les travaux exécutés par les aveugles ne sont pas de ceux qui ont leur placement exclusif dans les villes, bien au contraire il faut cependant que ces établissements soient à portée de moyens de communication. Puis la campagne présente beaucoup plus de garantie que la ville au point de vue de la moralité de la vie des ouvriers externes. Là, en effet, où tout le monde se connaît, où tout le monde travaille, l'oisiveté a peu d'attraits et entraîne une prompte déconsidération. Il faut que les maisons de travail n'aient rien de commun, autant que possible, avec

les écoles, mais elles pourraient avoir une section consacrée aux apprentis.

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