‹ J. Guadet et les aveugles: sa vie, ses doctrines, ses écritsChapitre 18 sur 27 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ecrits adressés aux élèves et aux maîtres de l'Institution

C'est dans ses discours prononcés aux distribulions de prix, que Guadet s'adressait aux maîtres et aux élèves de l'Institution ; le premier date de 1846, puis, il nous faut aller jusqu'à 1855 pour trouver le second ; mais, à partir de cette époque, ils furent très fréquents. On y rencontre peu de ces banalités si communes dans les harangues qu'il est d'usage de prononcer pour ces solennités scolaires.

Voici, d'ailleurs, les sujets de ces allocutions. On verra qu'ils étaient bien choisis :

1846 Efforts que doivent faire les élèves ;

1855 Devoir des professeurs et des élèves de l'Institution ;

1856 Hommes distingués sortis de l'Institution ;

1857 Mérite des professeurs de Wnstitution ;

1859 De la tenue et des manières qu'il convient d'apporter

dans le monde ;

1861 Respect dû aux maîtres par les élèves ;

1863 Capacité et situation des aveugles ;

1865 Respect dû aux traditions ;

1867 Organisation de l'enseignement de l'Institution de Paris ;

1868 De la condition des aveugles instruits.

Quelquefois, dans ses discours, Guadet descendait à des détails un peu intimes qui auraient

no J. GUADET

mieux convenu, à une réunion exclusivement composée des maîtres et des élèves de rinstitution, qu'à une distribution de prix, dont l'auditoire n'est pas toujours restreint aux parents et aux amis les plus intimes des élèves. Il me semble, par exemple, que s'il avait traité, en conférence privée, le sujet très important d'ailleurs, de la tenue et des manières qu'il convient d'apporter dans le monde, il aurait pu approfondir cette question, appuyer, insister beaucoup sur des détails, qu'il ne pouvait qu'effleurer en public.

Dans toutes ses allocutions , Guadet relevait beaucoup les aveugles, les encourageait à travailler; il leur racontait ce qu'avaient été les principaux élèves de l'école, et puis il s'écriait : noblesse oblige, ce que vos devanciers ont fait, vous pouvez, vous devez le faire, il faut marcher sur leurs traces.

Il savait stimuler les eJBforts des élèves, leur montrer brillant le but qu'il voulait leur faire atteindre, et ne craignait pas de leur dire : l'aveugle qui arrive à gagner sa vie par son travail mérite l'admiration de tous. Quelques uns penseront peut-être qu'il est dangereux d'agir ainsi, que l'on risque de griser ces tètes d'écoliers, et de développer, chez elles, un. amour propre, un orgueil démesuré. Oui ! sans doute, c'est dangereux si Ton n'a pas le soin de montrer bien vite à cette jeunesse le revers de la médaille que l'on vient de frapper en son honneur ; mais n'est-il pas plus dangereux encore de risquer l'avenir de

l'aveugle ? Quand on s'occupe d'individus qui ont à surmonter dans la vie de grandes difficultés, qui auront besoin, pour réussir dans le monde, d'être plus instruits que leurs concurrents, cependant mieux favorisés qu'eux , eh bien ! je le demande, ne faut-il pas pour réclamer et obtenir de ces enfants aveugles l'énorme somme de travail qu'il est nécessaire d'exiger d'eux, pour en faire, en huit ans, des musiciens complets; ne fautil pas les enlever, les soutenir par un vigoureux élan, et est-ce un bon moyen d'y réussir que de commencer par les écraser, en leur montrant leur situation sous son jour le plus défavorable ? C'est très bien sans doute d'inspirer l'humilité ; mais il faut la donner en temps et lieu opportuns, et sous prétexte de ne pas rendre orgueilleux les enfants aveugles, il faut prendre bien garde de ne pas étouffer le germe de vie sociale qui est en eux, de ne pas éteindre la flamme du travail qui s'allume facilement chez la plupart des jeunes aveugles intelligents. (1)

{1) Voici les lignes que j'ai été heureux de trouver sur le même sujet, dans le rapport de 1883 (p. 18) du collège de Worcester for Blind sons of Gentlemen.

Elles sont extraites d'un rapport de M. Wilnore Hooper, conférencier à l'université de Durham, sur les examens qu'il a fait passer aux élèves.

« n est un point sur lequel j'aimerais à m'étendre, quoique cela sorte un peu de mes attributions officielles ; j'ai examiné ce point avec la plus grande attention ; je veux parler de l'esprit qui anime cette école, du principe fondamental sur lequel elle est basée. Cet esprit est exactement le même qui faisait agir Saint- Paul, c'est le principe de ne plus penser au passé irrémédiable, pour porter tous ses efforts vers les possibilités de l'avenir.

Hî J. GUÀDET

Guadet comprit très bien ce devoir, lui et Mlle Caille, son élève à cet égard, furent toujours dans ces idées hautes et larges ; et je ne crois pas m'aventurer en disant que c'est à l'esprit dont il sut ranimer tout le corps enseignant de l'Institution, que cette école doit, presque autant qu'à sa situation exceptionnelle, les beaux résultats qu'elle a obtenus dans l'instruction des aveugles.

C'est dans ses discours que Guadet a le plus d'élan ; il en a même quelquefois beaucoup ; et ils sont remarquables, en ce sens qu'il a su joindre aux enseignements utiles, l'enthousiasme, la chaleur, la vie.

Deux de ces allocutions, celles de 1855 et de 1856 furent réunies par Guadet à son volume « de la Condition des aveugles en France » ; mais je trouve que, si jamais on rééditait quelques unes de ses œuvres sur les aveugles, c'est le discours

11 me semble que le collège des aveugles de Worcesler diffère beaucoup sur ce point des autres institutions d'aveugles.

Dans les asiles ou les ouvroirs consacrés à l'industrie» les aveugles trouvent une sympathie maladroite qui leur présente sans cesse leur infirmité comme un obstacle à tout progrès futur, continuellement, ils s'y rappellent qu'ils sont privés de la vue, et qu'ils ne peuvent rien faire aussi bien que leurs frères clairvoyants. Au collège de Worcester, au contraire, l'aveugle est aidé avec bienveillance, mais avec discrétion. l\ y est traité avec une sage et salutaire négligence qui lui apprend à oublier sa cécité, et ainsi on fait table rase du passé pour ne plus s'occuper que de l'avenir. On lui fait comprendre qu'il est un homme, que ses hautes facultés sont demeurées intactes, et au lieu d'en faire un être sans énergie, sans force et dépendant, on le prépare à devenir un membre de la société, libre, et sachant se suffire à luimême, >»

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de 1863 qui devrait être choisi de préférence à beaucoup d'autres, parce qu'il donne précisément le résumé de toutes ses opinions sur les aveugles ; en quelques pages, on trouve un raccourci de tout ce qu'il a pensé et écrit sur cette question.

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