CHAPITRE II Ecrits adressés À rAdministration
Sans rechercher dans tous les travaux de Guadet ce qu'il y introduisait à l'intention de l'Administration, je ne m'occuperai pour l'instant que des écrits adressés directement à ses chefs hiérarchiques.
Ces écrits sont très nombreux, si l'on parle de tous ses rapports, de toutes ses lettres, de tous ses papiers administratifs restés manuscrits. Seulement, comme ces documents se trouvent enfouis dans les cartons du ministère, je ne puis les analyser ici ; car il m'est impossible d'y renvoyer le lecteur ; il me suffira de dire en général, que tout cela est écrit avec clarté, simplicité, et précision. (1)
Dans ses rapports annuels, Guadet revenait souvent sur les mêmes questions; car ce n'était qu'après avoir demandé longtemps une amélioration qu'il arrivait à l'obtenir.
Parmi ces documents, il en est un moins inédit que les autres, puisqu'il a été autographié et tiré
(1) En 1855, l'année de sa nomination de chef d'enseignement, il adressa au ministre un rapport très important sur la situation de l'Institution.
ET LES AVEUGLES li5
à quelques exemplaires, il a une importance tout à fait exceptionnelle ; c'est < le mémoire sur l'état de l'éducation et de l'enseignement dans l'Institution, adressée M. Dufau, directeur » (1853).
Voici quel était le plan et la division de ce travail : I, Observations préliminaires; II, Education; III, Enseignement intellectuel ; IV, Enseignement musical; V, Etudes; VI Examens trimestriels; VII, Conclusion.
Pour montrer quelle valeur avait ce mémoire, et combien il fut apprécié par des juges compétents, je ne puis faire mieux que citer ici deux lettres, une de M. Dufau, l'autre de M. l'abbé Daras, alors directeur de l'Institution des sourdsmuets et des aveugles de Saint-Médard-les-Soissoins, qui publiait un recueil périodique intitulé: le Bienfaiteur des Aveugles et des Sourds muets. »
« Paris, le 10 août 1853,
« Je viens de lire, mon cher ami, votre rapport, et je ne veux pas tarder d'un instant à vous dire que je le trouve excellent d'un bout à l'autre, pour le fonds comme pour la forme. Je ne voudrais pas qu'un tel travail fût enfoui dans les bureaux. Je crois qu'il est mieux de le faire imprimer ou autographier, (le dernier convient mieux, je crois) et de l'envoyer dans cette forme au ministère, aux inspecteurs généraux; je crois que vous ferez bien de le revoir dans cette pensée, et d'ajouter
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quelque chose sur les travaux (1). Nous en parlerons demain matin.
Adieu, votre dévoué, DUFAU».
Le mémoire vit en effet le jour, et voici ce qu'en pensait l'abbé Daras.
Saînt-Médard-les-Soiasons, le 23 octobre 1853.
« Monsieur, « A mon retour d'une absence notable, j'ai trouvé chez moi votre envoi, et je vous prie de vouloir bien recevoir mes tardifs remercîments. Le rapport sur l'Institution que vous dirigez, sous M. Dufau, a fixé mon attention d'une manière toute spéciale, je l'ai non seulement lu et relu, je l'ai étudié^ et j'en donnerai une étude motivée dans le Bienfaiteur y ce n'est pas seulement le rapport d'une école, c'est un tableau de maître sur la question. Or, cette question est capitale, c'est celle de l'enseignement général des aveugles dans un établissement d'éducation, tel qu'il convient à cet enseignement d'être chez une grande nation.
L'éducation industrielle, artitisque et littéraire des aveugles est envisagée dans votre mémoire avec largeur et fermeté ; il règne, dans tout le cours de ce travail, une sûreté de vue, une indépendance de pensée, et ce que j'appellerai une conscience de la question^ qui donne une valeur toute spéciale à votre écrit ; il mérite d'être connu
(\) Travaux manuels.
de tous les établissements du Globe, et il le sera ; il pose nettement la question et écarte de suite plusieurs points préjudiciels que les écoles Américaines ont méconnus. J'en donnerai un rapport substantiel, raisonné, motivé. »
Ce mémoire joua un grand rôle dans l'œuvre de Guadet, comme écrivain spécial ; il y puisa beaucoup dans la suite. Aussi , un instituteur d'aveugles de l'étranger ayant traduit, dans un rapport imprimé adressé au ministre de son pays, d'importants fragments de ce mémoire, sans citer le nom de Guadet, celui-ci lui écrivit les lignes suivantes, pour revendiquer la paternité de ce travail :
22 octobre 1856,
« Monsieur et cher collègue, »
« J'ai reçu, seulement le 15 du mois courant, avec votre lettre datée du 6 mai dernier, votre mémoire sur les Institutions d'Europe. Je vous remercie beaucoup de cet aimable souvenir et de tout le bien que vous avez eu la bonté de dire de moi. Je vais rendre compte de cet important ouvrage dans mon journal, j'y trouverai le sujet d'un article très curieux sur les Institutions d'aveugles que vous avez visitées, et je ne manquerai pas de rendre témoignage en faveur du mérite de votre œuvre.
Toutefois, je serai obligé de revendiquer quelques parties de votre beau travail ; et voici pourquoi : Votre 3"* partie est une traduction de mou