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CHAPITRE III Ecrits adressés aux instituteurs d'aveugles

§ I. Collaboration aux revues spéciales

C'est dans les Annales de Véducation des aveugles et des sourds-muets dirigées par Morel, que Guadet commença à publier la longue suite de ses écrits spéciaux dont je vais m'occuper maintenant. Sa collaboration à cette revue fut très assidue et très importante ; si je feuillette la table des matières, je trouve bien que le D'. Ratier, Dufau, de la Sagra, Borg y ont écrit sur les aveugles, mais leur collaboration fût tout à fait accidentelle et ne peut être comparée à celle de Guadet, qui de 1844, date de la fondation des Annales, à 1850, a donné :

1844 Exposé du système d'écriture en points saillants ;

1845 Les aveugles mécaniciens ;

1846 Les aveugles musiciens ;

1847 Société d'encouragement pour l'industrie nationale, M,

Montai ; 1848.-49 Histoire de l'Institut national des jeunes aveugles de Paris ;

Ce fut le dernier travail qu'il fit pour les annales, il est très considérable, et parut en volume en 1850 ; j'en parlerai plus loin.

décorer la première page d'un livre d'une série de noms d'hommes plus ou moins célèbres ; mais nous appelerons de tous nos vœux, la coopération de tous ceux qui savent, Français ou Etrangers, et leurs noms inscrits au bas des lignes qu'ils auront écrites, deviendra, pour notre publication, non plus un patronage suspect, mais une recommandation réelle. Enfin, nous dirons à l'étranger ce qui se fait ou devrait se faire en France pour les aveugles, et nous demanderons à l'étranger de vouloir bien à son tour dire à la France ce qu'il a fait et ce qu'il se propose de faire. De cet échange de communications officieuses sortiront, nous en avons la confiance, plus d'une amélioration dans le sort des aveugles ; car, éclaircir la marche de ceux qui les dirigent, c'est leur assurer tous les avantages que les lumières peuvent produire. » (1)

Quoique un peu long, j'ai voulu citer entier ce document, par ce que c'était le meilleur moyen de montrer dans quel esprit Guadet entreprenait cette lourde tâche.

Esprit pratique plutôt que théorique, s'appuyant surtout sur les faits, ce fut celui qui inspira d'ailleurs tous ses travaux ; il écrivait précisément dans V Instituteur ces paroles si vraies : « à tout raisonnement on peut opposer un raisonnement contraire ; à l'exemple, il n'y a rien à objecter. » (2)

Dans rin^tituteur, on voit que Guadet est fonotionnaire d'une école ; cette .école tient beaucoup

(1) Instituteur.- t.-p. 1.

12) Instituteur, t, IV. (page 139) n- 8.

de place dans ses écrits; elle en tient peut-être même trop, en ce sens que quelquefois V Instituteur semble être tout à fait les annales de l'Institution de Paris ; mais, à cela, il y a beaucoup d'excuses ; Guadet avait sous les yeux cet établissement, qui est sans contredit un des plus beaux et des plus complets du monde ; et il pensait que tout ce qui s'y faisait pouvait intéresser ses lecteurs. Il tint toujours énormément à l'exactitude des détails, des appréciations, et quand parmi ses collaborateurs il s'en trouvait qui, faute d'expérience, embouchaient la trompette pour proclamer très haut, le mérite, la supériorité de tel ou tel établissement, qui citaient, comme très remarquable, un fait assez ordinaire, Guadet ne se gênait guère pour remettre tout cela à sa place et pour dire qu'il ne fallait pas prendre au pied de la lettre toutes ces appréciations.

C'est dans la 2"" année de V Instituteur que fut commencée la publication du grand ouvrage « de la Condition des aveugles en France y), dont je parlerai plus loin ; dans la troisième année, pendant laquelle le Ministère de l'Intérieur avait souscrit pour 150 exemplaires devant être envoyés dans les principales bibliothèques de France, on voit presque à chaque numéro une école de l'étranger écrire qu'elle adopte, tout au moins qu'elle apprécie beaucoup le système Braille ; Guadet est très fier de ce résultat, il le revendique comme étant l'œuvre deV Instituteur] et il n'a pas tort, car la propagande intelligente et active, qu'il ne se

lassait de faire en faveur de notre admirable système dût contribuer puissamment à sa diffusion.

Au début, afin de bien établir le caractère pédagogique de ce recueil, Guadet faisait commencer les volumes de VInstituteur avec l'année scolaire, c'est-à-dire , au 1"' octobre ; à dater de la 4"' année, jugeant que ce caractère pédagogique était suffisamment établi , il commença au mois de janvier, comme la plupart des journaux. Dans la 5"* année, Guadet annonce qu'il va traiter de l'esprit des écoles d'aveugles, principalement en France, en Belgique, en Angleterre, en Allemagne et aux Etats-Unis. Mais, parle fait, il ne s'étend que sur la France, et surtout sur l'école de Paris, disant qu'elle a servi de modèle à la plupart des écoles Françaises.

Alors il explique dans tous ses détails l'organisation de cette école, son règlement, son plan d'étude, etc. Le fond de ce travail est toujours formé par le mémoire de 1853, seulement rajeuni, mis au niveau de l'état actuel de l'Institution.

Cette étude avec celle a de la Condition des aveugles en France » et celle « de la Première éducation des enfants avjugles, sont les seuls écrits de longue haleine que Guadet ait fait paraître dans VInstituteur.

La publication des Girondins (1861) (1) vint

Cl) Les Girondins t leur vie privée j leur vie publique^ leur proscription et leur mort, par J. Guadet. 2 volumes in-8' (1867). 2 volumes iii-12 (1862). Médaille d'or de l'Académie de Bordeaux. Paris, Didier, éditeur.

troubler celle de VTnstituteur, elle fut cause d'un grand retard dans la composition et dans l'envoi des numéros qui dès lors furent expédiés plusieurs à la fois, et sans aucune régularité ; aussi, à partir de ce moment, VInstituteur perdit son caractère de publication périodique, on ne savait jamais quand il paraîtrait, les collaborations sérieuses devenaient rares, et Guadet, dans ses numéros publiés par groupe, faisait, il faut bien l'avouer, un peu de remplissage, il traduisait les rapports étrangers, il publiait des choses qui n'avaient pour les aveugles qu'un intérêt indirect, telle est, par exemple, la notice sur la langue musicale de Sudre ; il se fatiguait, il s'épuisait, et ne donnait plus des travaux ayant un caractère vraiment personnel. Enfin, quand en janvier 1865, Guadet dit adieu à ses lecteurs, il était de plus d'un an en retard, puisqu'il publiait les derniers numéros de 1863.

Quoiqu'il en soit, VInstituteur des aveugles y fut et demeure une publication spéciale des plus remarquables. Elle a rendu beaucoup de services, a beaucoup participé à la propagation du système Braille, et à l'extension des études musicales, elle a fait connaître à l'étranger ce que nous faisions en France, et a initié la France à ce que l'on faisait à l'étranger

L'Instituteur était tenu en grande estime par les spécialistes de tous les pays, qui en reconnaissaient hautement l'utilité ; voici, par exemple, ce qu'écrivait, en 1866, M. Moldenhawer, directeur

de rinslilut royal de Copenhague, « Mon cher Monsieur Guadet, Il y a longtemps que je n'ai eu de vos nouvelles, ni vous ai envoyé des miennes. Ce n'est pas seulement à cause des sentiments de respect et de dévouement que vous m'avez inspiré par vos travaux et vos ouvrages, dans l'intérêt des aveugles, que je regrette ce manque de correspondance entre nous, c'est aussi la conviction que je pouvais profiter beaucoup par votre expérience et vos bons conseils. Oui, monsieur, il faut bien le dire, la cessation de V Instituteur des aveugles a causé un vide sensible ».

On peut lui reprocher, cependant, d'avoir eu trop la physionomie de la publication d'une personne et de ne pas avoir réuni assez de collaborateurs (1). Guadet était trop seul, et il finit par succomber sous le double fardeau de la dépense matérielle et de la périodicité. Mais, en toute justice, peut-on lui en faire un reproche? Il faut se reporter à l'époque à laquelle cette publication fut entreprise, et, quand on voit la difficulté que

(i) Voici la liste des personnes qui écrivirent dans l'Instituteur. Il faut remarquer que, pour la plupart, chacune d'elle n'y écrivit qu'une fois, ce n'était donc pas des collaborateurs habituels, goupés autour de la direction, qui l'aident et la soutiennent :

Ballestéros, de Madrid. — Ballu, de Paris. — Le comte M. de Bentheim Teclembourg. — Binet de Paris. — Charles ;Bourseul. — Edouard P. Capp, de Pensylvanie. — Le D^ Flemming, de Hanovre. — Gauthier, de Paris. — Miss Gilbert de Londres. Hirzel, de Lausanne. — Le frère Julien, de Bruxelles. — Knie. de Breslau. — Moldenhawer de Copenhague. — Le D'. PoUak, de Saint-Louis-du-Mis80uri. — L'abbé Princi, de Naples, — Schiotte de Copenhague. — Le D*" Sigaud, de Rio de Janeiro,

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Ton a encore aujourd'hui, où l'on s'occupe beaucoup plus des aveugles qu'en 1855, pour arriver à créer et à soutenir un organe périodique consacré à notre cause, on est pris d'admiration pour un homme qui, il y a 30 ans, sut presque à lui seul alimenter pendant 8 années une publication de cette importance qui lui coûtait tant de travail. Auprès de ce que fit Guadet, notre tâche est presque un jeu d'enfant: il a ouvert la voie, il l'a déblayée ; après tout, nous ne faisons que le suivre, que marcher derrière lui, c'est lui qui a semé, c'est nous qui récolterons : honneur soit rendu au semeur !

§ III. Histoire db l'Institution

Le premier ouvrage de longue haleine que Guadet publia sur les aveugles fut celui intitulé: Institut des jeunes aveugles de Paris, son histoire et ses pyocédés d'enseignement (1850), qui avait paru en articles dans les Annales de V Education des sourds-muets et des aveugles, de Morel. Cet ouvrage se divise ainsi :

Chap. I. — Origine et état primitif de rinstîtut,1784-1791 ; Chap. IL — Période de décadence, 1791-1814:

Chap. III. — Régénération de l'Institut, 1814-1840 ; Chap. IV. — Etat actuel de l'Institut.

Dans ce travail, Guadet a le plus grand souci d'être impartial et exact ; il entre dans beaucoup de détails sur la direction du D' Guillé, et discute, point par point, les assertions que ce directeur intelligent, habile, mais un peu charlatan, n'avait

pas craint de faire dans son écrit sur les aveugles. Cette histoire dut lui demander beaucoup de travail, beaucoup de recherches ; elle est en somme aussi complète qu'il était possible de la faire en 1850, et c'est encore là qu'il faut aller chercher des renseignements, lorsqu'on désire étudier l'œuvre d'Haûy.

« Dans tous les cas, dit Guadet en finissant, on ne pourrait relever dans cet écrit que des erreurs involontaires » ; c'est vrai, non seulement dans cet ouvrage, mais dans tous ceux sortis de la plume de Guadet ; il put commettre des erreurs, quel est l'auteur qui n'en commet pas ? mais assurément il fut toujours de bonne foi, et il n'écrivit jamais quelque chose qu'il ne pensa pas. Cette histoire devait avoir une seconde partie, dans laquelle les procédés d'enseignement de l'Institution auraient été décrits ; le titre du livre, et cette phrase finale « reste maintenant à exposer nos procédés d'enseignement » l'indiquent clairement ; mais ce projet ne fut jamais réalisé.

L'exposé des systèmes se trouve sans doute dispersé un peu dans tous ses écrits; mais Guadet abandonna ou n'eût jamais le temps de réaliser l'idée consistant à faire une seconde partie de son histoire, dans laquelle, après la partie historique se serait trouvée la partie pédagogique.

§ IV. — De la première éducation

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