‹ J. Guadet et les aveugles: sa vie, ses doctrines, ses écritsChapitre 4 sur 27 · SO J. GUADET · texte numérisé non relu

SO J. GUADET

sur cette matière. Souvent dans des solennités de l'Institution, distributions de prix, etc., il était chargé de prendre la parole, et il le faisait en connaissance de cause, ne s'en tenant pas à des banalités, à des rêveries sur les aveugles, prenant au contraire une question intéressante et l'étudiant à fond, l'éclairant le plus possible par les lumières que lui fournissaient les expériences faites dans divers pays et à diverses époques. Il sortait peu, travaillait beaucoup, et tout ce qu'il faisait, il le faisait sérieusement. En 1853, par exemple, M. Dufau lui ayant demandé un rapport sur l'état actuel de l'Institution, Guadet écrivit un mémoire qui a l'étendue et l'importance d'un véritable traité de pédagogie spéciale. A cette époque également, il collabora à la publication des Annales de l'Education des sourds -- muets et des aveugles^ do M. Morel Presque tous les articles sur les aveugles qu'on trouve dans cette publication sont dus à Guadet. Mais ce n'est pas ici le lieu de parler en détail de ses écrits, j'y reviendrai plus tard; je voulais montrer simplement que dès cette époque il devenait , en quelque sorte , Vhomme de V Institution. De tous côtés on s'adressait à lui; il était de ceux qui grandissent leur emploi. Un autre, dans la même situation, n'aurait été probament qu'une doublure de Dufau, lui, était Guadet. Tout le monde savait qu'il y avait à l'Institution de Paris deux hommes importants: M. Dufau et M. Guadet; je ne sais même pas jusqu'à quel

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point il ne serait pas exact de dire : M. Guadet et M. Dufau, car le deuxième instituteur était peutêtre plus connu, plus consulté que le directeur.

C'est vers la fin de cette période, que Dufau eut riatention de faire nommer Guadet sous-directeur, pour se soulager plus complètement, et s'assurer un digne successeur. Malheureusement ce projet n'eut pas de suite; Guadet conseilla à son ami d'attendre, disant que l'administration supérieure le connaissait peu, (il était plus connu en Angleterre, en Allemagne et jusqu'au Brésil, qu'au ministère de l'Intérieur) et qu'il aurait peu de chance d'être nommé. L'occasion passa...

Dufau qui renonçait assez vite à une idée, abandonna peut-être trop complètement ce projet, et les événements se présentèrent dans la suite, toujours de telle sorte, que Guadet n'arriva jamais à la direction de cette .école qu'il avait cependant tant contribué à rendre la première école d'aveugles du monde par le mérite de son enseignement, comme elle l'est par son ancienneté.

En somme, cette première période de la vie de Guadet au milieu des aveugles ne fut peut-être pas la plus brillante, mais elle a été la plus méritoire, c'est celle que j'admire le plus. Il eut beaucoup à travailler, beaucoup à réformer, beaucoup à combattre ; ce fut durant ce temps que se prépara la période brillante de sa carrière, période encore semée de travaux et de luttes, mais où le travail était récompensé par des honneurs, par des satisfactions d'amour-propre réelles, quoique

toujours modestes et où la lutte était soutenue pour défendre son système et non pour l'établir. Là, au moins, on est aiguillonné par Tamour de l'œuvre qui a coûté déjà tant de peines, et que l'on ne veut pas laisser détruire, ni amoindrir.

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