PORTRAIT DE ROSALIE FRAGONARD, FILLE DE L ARTISTE
Dessin
( Bibliothèque de Besançon)
vnàsiiB&jBZ
LA FAMILLE
l’Étable, où l’âne, très doux, est immobile auprès des enfants turbulents; la mère appelle et apparaît dans la clarté, forte matrone à la gorge découverte. Un des plus beaux dessins de la collection Edmond de Rothschild semble un projet de tableau dans le même esprit ; c’est la Première Leçon d’équitation; l’enfant chevauche le chien de la maison, suivi des yeux du père et de la mère qui, souvent, apparaissent dans ces scènes intimes. Et comme l’artiste sait rendre la joie, l’émoi, l’ivresse des parents, lui qui a vécu heure par heure l’existence du logis familial ! C’est aussi la Visite à la nourrice, une sépia animée de tendresse, d’une abondante lumière, d’une franche composition. Sur le berceau de bois où remue le tout petit, la mère s’est penchée et l’on sent dans son baiser le tressaillement du cœur maternel. La nourrice, entourée d’autres enfants, est fière de son beau nourrisson et sourit à cette scène; le chien ne manque pas dans la pauvre chaumière tout illuminée de printemps.
La Jeune Mère nous montre encore un berceau sous les arbres lourds de feuillage et de fleurs ; car on vit dehors à la campagne, au grand air caressant et pur; quels jolis effets de lumière vibrante! la mère s’occupe de la toilette des enfants, souriante, heureuse ; le dernier dort, enfoui dans les draps, la bouche sur sa menotte ronde. Dans le Retour au Logis, l’œuvre est traversée d’émotion tendre et triste. Le cher absent revient, las et confus, sachant de quelle souffrance jalouse fut, pour celle qui l’aime, les jours d’abandon. Gravement elle tend au mari les deux derniers venus, et lui, humble, s’appuie sur l’épaule compatissante. Toute une nichée d’enfants est en joie; les chiens aboient, le vieillard tremble et, dans un coin, la petite belle-sœur peut-être, immobile et rêveuse, sourit pourtant au tardif retour. Un sujet tout différent, qui porte le même titre, n’est pas moins expressif. Le père rentre, les enfants l’entourent et son premier regard est pour la femme amoureuse qui l’attend. Elle est agenouillée sur un coussin, appuyée sur un meuble et à demi renversée ; toute dans la lumière, sa tête blonde doucement rayonne; et le jeune homme brun et beau, penché sur elle, semble l’hypnotiser de son désir. Dans un coin, dort en son berceau l’enfant qui est le gage de tout ce bonheur.
Fragonard, cependant, à cette nouvelle étape de sa vie, ne se contente pas d’obéir au moment, de traduire les visions délicieuses qui ensoleillent ses yeux. Il accepte toute espèce de commande; or, le xvme siècle en est encore au libertinage, et le maître sait trop bien le contenter. Il lui arrive donc de peindre encore maintes Culbutes ou quelques Sacrifices de la Rose, de répéter les sujets favoris qu’il peut traiter de pratique et sans modèle, et qu’on ne cesse de lui demander. Au besoin, il les exécute dans le goût léché qui commence à être à la mode, d’un pinceau minutieux et sans élan, où se révèlent la collaboration de l’atelier et l’obligation de complaire à l’amateur. Il faut voir, désormais, dans ce genre de travaux, l’accomplissement consciencieux des devoirs d’un père de famille, soucieux d’assurer le bien-être à son foyer, bien plus que la satisfaction spontanée d’un art créateur.
Sa clientèle ordinaire dut être surprise, une fois encore, lorsque Frago se montra sous un autre aspect, assez inattendu pour qui ne connaissait point l’histoire de sa vie et les ambitions de ses débuts. L’abbé de Saint-Non publiait, de 1771 à 1774, une série de cinq recueils, gravés par lui à la manière du lavis et intitulés : Fragments choisis dans les Peintures et les Tableaux les plus intéressants des Palais et des Eglises d’Italie. Les cent soixante-neuf pièces qui remplissaient ces recueils, étaient toutes d’après des dessins de Fragonard. C’était la belle moisson de ses études italiennes d’autrefois qu’utilisait son ami ; celui-ci allait bientôt y faire d’autres emprunts pour son Voyage pittoresque de Naples et de Sicile, et demander à l’auteur les délicieuses compositions allégoriques qui décorent, de frontispices et de culs-de-lampe, le somptueux ouvrage. Dès les premières publications de l’abbé de Saint-Non consacrées à l’Italie, l’auteur de l'Escarpo' ' *e se révélait au public comme un des peintres les mieux informés sur le pays des arts et celui qu’il y aurait le plus d’avantage à prendre pour compagnon, si l’on y voulait voyager.
Ainsi pensa M. Onésyme Bergeret de Grancourt, trésorier général de la généralité de Montauban, chevalier de l’ordre de Saint -Louis, associé
co
Cû
LA FAMILLE
libre de l’Académie royale de peinture et de sculpture, amateur fabuleusement riche, collectionneur zélé, qui dessinait un peu à ses heures, grattait au besoin la planche de cuivre, et à qui il ne manquait plus que le voyage au delà des Alpes pour consacrer ses titres de connaisseur . Il semblait tout à fait nécessaire qu’il se fît accompagner par un peintre renommé, comme avait fait, par exemple, le fermier général Randon de Boisset, qui trouva si grand profit, pour ses achats de tableaux en Flandre et en Hollande, à la compagnie de François Boucher . Bergeret voulait apprendre, instruire son fils qu’il menait avec lui, acquérir des œuvres d’art, et faire en route le gros personnage ; il désirait surtout qu’on parlât de lui et qu’on enviât son voyage. Il songea à prendre pour cicerone Fragonard, qui avait déjà travaillé pour lui et depuis plusieurs années fréquentait, avec d’autres artistes, l’hôtel de la place des Victoires.
Pour le décider, et aussi sans doute pour qu’une cinquième personne ne fût pas la seule femme de la compagnie, il proposa d’emmener Madame Fragonard. Celle-ci s’en montra ravie, et confia la petite Rosalie à des soins amis, aux Isnard peut-être, ou à la famille d’un des confrères du Louvre, parmi lesquels l’existence était si cordiale et les amitiés si fraternelles. En ce voyage, le ménage allait vivre de la vie fausse d’un milieu mal fait pour lui ; mais, au début, tout sembla facile. Bergeret, enchanté d’avoir réalisé ses plans, note en son journal sa satisfaction , en des ph rases qu’il biffera lorsqu’on se sera brouillé : « M. et Madame Fragonard, peintre excellent pour son talent, qui m’est nécessaire surtout en Italie, mais d’ailleurs très commode pour voyager, et toujours égal. Madame se trouve de même, et comme il m’est très utile, j’ai voulu le payer de reconnaissance en lui procurant sa femme, qui a du talent, et en état de goûter un pareil voyage, rare pour une femme. »
Ce retour de Frago au pays qui avait formé sa jeunesse aurait pu être délicieux, s’il l’eût fait librement, avec des compagnons de son choix. Il goûta d’abord du voyage les agréments matériels, et compta sur la souplesse de son caractère pour esquiver les difficultés. Mais on peut
deviner, à l’éclat qui le termina, qu’il ne tarda pas à souffrir. Il lui fallut, en effet, d’après les conventions du départ, supporter pendant onze mois les volontés, les caprices, les goûts et les dégoûts de M. Onésyme Bergeret. 11 dut écouter les dissertations artistiques de Bergeret et aussi l’instruire; expliquer les églises, les palais, les cabinets à Bergeret; faire les achats de Bergeret ; croquer, dessiner et peindre ce qui paraissait plaire à Bergeret. Et tout cela, quand on est Frago, devient à la longue assez pénible.
Ce n’était point un méchant homme que le financier, un des personnages aujourd’hui les plus connus du xviii6 siècle, grâce à son journal d’Italie, à ses relations avec les peintres et aux anecdotes amusantes qu’elles nous valent sur ses ambitions et ses prétentions de Mécène ; on pouvait même le dire un richard agréable à rencontrer pour des artistes, car sa vanité se traduisait pour eux en bonnes grâces ; mais le traitant qu’il était reparaissait sous l’amateur, malgré les efforts qu’il faisait pour le dissimuler, et Frago vit, par la suite, que ses générosités étaient rarement désintéressées. En attendant, on attela , au matin du 5 octobre 1773, l’énorme berline où deux grands cochers s’assirent sur le siège, et qui contenait en ses coffres des provisions de toute sorte, mille « inutilités » agréables, des livres et des portefeuilles. Bergeret n’avait point oublié le papier à dessin pour M. et Madame Fragonard, qui trouvèrent la quatrième place occupée par une fort belle femme, Madame Vignier, qu’on leur présenta comme une ancienne femme de chambre de Madame Bergeret, plus spécialement préposée aux soins à donner à Monsieur. Le fils, Pierre-Jacques Bergeret, suivait dans un cabriolet, avec un cuisinier éprouvé, à la bourse bien garnie, grâce auquel les auberges les plus modestes ne réservèrent aucune fâcheuse surprise.
On traversa le centre de la France, pour s’arrêter une quinzaine à Négrepelisse , dont Bergeret était seigneur et comte , et où Fragonard aurait laissé dans le château quelques peintures décoratives. On s’achemina vers l’Italie par la Provence, puis vers Rome par la Rivière de Gênes et par Florence. On a, dans le journal de Bergeret, tous les détails de
ce
ce
<ci
' 'fl* ■ ?
LA FAMILLE
cet hiver à Rome, où Frago vécut beaucoup avec l’architecte Paris, et revit familièrement ses jeunes confrères de l’Académie, Ménageot, Vincent, et son vieux directeur Natoire ; Bergeret fut reçu chez le cardinal de Bernis et les princes romains, mais il fit sa société préférée des artistes, jouant à sa façon le rôle de l’abbé de Saint-Non, établissant chez lui une « conversazione » d’amateurs, assez agréable en somme, dont Frago fut l’âme. Au printemps, on passa quelques semaines à Naples, où Bergerel dessina énormément sous la direction de son peintre, et là, les voyageurs apprirent la mort du Roi et l’avènement de Louis XVI . Le séjour en Italie s’acheva par Bologne et par Venise; Frago était partout le guide précis, le commentateur admirable des œuvres d’art, et l’on devine, à travers les impressions toutes plates du financier, quelles analyses pleines d’intelligence et de feu la petite troupe recevait de celui qui connaissait si bien les maîtres anciens.
Le retour eut lieu par l’Allemagne , et cet imprévu ne fut pas sans procurer à Frago quelque agrément. Il put étudier à Vienne les estampes de la Bibliothèque Impériale et la galerie du prince Lichtenstein, « riche en beaux Rubens et superbes Van Dyck ». « J’en rapporte, écrit Bergeret, des dessins faits par M. Fragonard. » Le « maître de la bande » fit travailler encore à Dresde, où le mari et la femme, pendant les dix jours qu’on y resta, dessinèrent matin et soir dans la galerie de l’Electeur, libéralement ouverte à l’étude. Fragonard connut à Dresde Giovanni Casanova, qui était professeur à l’Académie de peinture, et le peintre français Butin, qui la dirigeait. Il sut profiter de la collection saxonne : Rubens, qui y est pleinement représenté, se découvrit entièrement à lui et l’enchanta; il y goûta aussi, comme il n’avait pu le faire encore, les petits maîtres hollandais et flamands, qu’il devait imiter souvent désormais. 11 faudra tenir compte de ce séjour dans la vie de l’artiste, car il y a assurément beaucoup appris.
Les voyageurs sont de retour à Paris à la mi-septembre ; ils y arrivent brouillés, ce qui n’est pas pour surprendre. Frago a subi trop d’ennuis de ce compagnon autoritaire et balourd, qui l’a considéré comme à son
J. -II. FRAGONARD
service, pour ne point lui faire sentir malignement quelle joie il éprouve à recouvrer sa liberté. 11 y eut aussi, sans nul doute, des piques de femmes, entre la Gasconne et la Provençale. Le ménage a longtemps contenu ses aigreurs, mais l’approche de la séparation a fini par délier les langues . L’éclat est assez fort pour que Bergeret efface en son journal les éloges du départ, déclare avec violence qu’il a été trompé, qu’il était « avec des gens faux ». Il se repent surtout de s’être « trop enthousiasmé » pour le talent de Frago et pour ses connaissances, qui sont « de peu de ressources à un amateur, étant noyées dans beaucoup de fantaisies ».'
Le principal motif de cette grande colère était un malentendu survenu à propos des portefeuilles de Frago, que le voyage avait largement garnis. Celui-ci avait accepté d’être le guide et le maître de dessin de Bergeret, mais il entendait garder ses propres études. L’autre en réclamait la propriété et voulait avoir fait, non seulement le beau voyage, mais la belle affaire. En attendant, il retenait les œuvres et refusait de les rendre. Il y eut contestation et même, dit-on, procès; Frago gagna, et Bergeret fut condamné à payer trente mille livres ou à restituer les dessins. 11 paya, bien entendu, trop heureux de conserver, même à ce prix, les productions d’un talent qu’il ne dédaignait qu’en paroles.
Le dissentiment ne fut pas de longue durée. Bergeret, étant devenu veuf, épousa, en 1777, la belle personne qu’il avait emmenée en Italie, et la demoiselle Vignier, devenue la seconde Madame Bergeret, fut enchantée de retrouver au château de Cassan , où le financier l’avait installée, les agréables compagnons du voyage. Fragonard et les siens furent reçus à plusieurs reprises dans cette belle demeure, proche la forêt de l’Isle-Adam, et Bergeret continua à utiliser les crayons et les pinceaux de celui qui était enfin devenu « l’ami Frago » . Celui-ci décora des panneaux, portraitura l’entourage, raconta en d’admirables dessins, tels que le Concours et la Récompense, l’éducation des petits enfants de la maison ; nous avons de nombreux témoignages de cette intimité désormais sincère, à laquelle contribua beaucoup la cordialité du second fils du financier, celui qui avait
LA RECOMPENSE Dessin à la sépia
(Collection de Madame Jahan, née Marcille )
■ m •■ ■ Ji
if. ■ ..m
LA FAMILLE
été en Italie et y avait apprécié mieux que son père le caractère de Fragonard. Vers la même époque, le peintre travaillait à la Folie-Beaujon, pour laquelle un fermier général, plus dépensier et plus libéral encore que le trésorier de Montauban, avait fait appel à ses talents. Ce fut le moment tout à fait heureux de la vie de Frago. Tout lui souriait ; ses œuvres s’enlevaient aussitôt peintes ; son activité suffisait aux commandes multipliées ; il vivait largement, et acquérait une maison à Petit-Bourg, auprès de la Seine, pour en faire sa résidence d’été. Il eut même alors la joie d’avoir un fils ; Marie-Anne alla faire ses couches dans sa famille, et c’est à Grasse que naquit Alexandre-Evariste, le 26 octobre 1780. Le grand-père paternel, qui était revenu au pays, put signer l’acte de baptême quelques jours avant de mourir. Ce garçon était destiné à tenir le pinceau comme son père, suivant la tradition des familles d’artistes de l’époque, et dès les premières années du futur élève de David, on voit le père diriger son crayon enfantin, instruire ses yeux, ayant pour l’aider dans cette tâche l’aimable et patiente collaboration de la jeune tante , Marguerite Gérard .
C’est vers ce temps que se place dans la vie de Frago l’épisode sentimental qui aide à fixer les derniers traits de son portrait moral. Il a aimé Marguerite Gérard et en a été aimé. Elle était venue de Grasse toute jeune; d’abord fruste comme sa sœur et guère plus séduisante, elle s’affina vite en son nouveau milieu, au contact des œuvres d’art et surtout de son maître et beau-frère Fragonard. Telle que nous la montrent ses portraits, elle n’a peut-être pas toute l’éclatante beauté que quelques-uns ont célébrée; elle est séduisante pourtant, et son type de brune aux cheveux ondulés, parmi les filles de Paris, claires et blanches, la font remarquer; sa bouche est rouge et mignonne, sous un petit nez relevé; mais son vrai charme est dans ses yeux rieurs . Une jolie femme , qui tient le pinceau, passe aisément pour avoir du talent ; Mademoiselle Gérard n’en était pas plus dépourvue qu’une autre . La jeune méridionale avait un petit tempérament d’artiste que Fragonard se plut à développer. Certes, malgré tout son travail et sa bonne volonté, les tableaux qu’elle signa ne
J. -II. FRAGONARD
valurent que par les conseils, l’aide et les retouches du maître; et cependant elle dut plus tard à son froid dessin une vogue momentanée, à l’heure où le grand peintre était délaissé. On put voir Frago vieilli, et doutant de lui-même, se mettre naïvement à admirer son élève et essayer même de l imiter.
Cet aveuglement, qui semble inconcevable chez un grand artiste tel que Frago, venait sans nul doute de ce qu’il aimait cette femme d’amour. L’enfant qu’il avait élevée, formée à son art, s’était développée sous ses yeux, charmante et douce, et le passionné Provençal s’était tôt épris de la brunette aux grands yeux . On peut croire qu’elle a été sa maîtresse, sans que rien l’établisse avec certitude. Elle a eu ses vingt ans et sa beauté, à l’heure où l’artiste n’avait plus pour sa bonne et grosse épouse qu’une simple amitié, l’habitude affectueuse, la reconnaissance pour les soins de chaque jour. La petite belle-sœur devenait dangereuse en cette existence commune ; elle était là toujours, et sa grâce de jeunesse enivrait le peintre enthousiaste et toujours amoureux. Marie-Anne, suivant son mot, était la « caissière » , et elle, la jolie fdle, tout le rêve de son cœur. 11 avait, à la voir ainsi si bien à lui et pourtant toute prête à s’en aller au bras d’un autre, une joie délicieuse, mêlée de douleur aiguë . 11 se passait alors en lui des choses autrement fortes que celles qu’il traçait sur la toile; il vivait enfin son rêve après avoir rêvé sa vie. L’enfant l’aimait à son tour, inconsciente comme toute amoureuse, et rendait en sa mesure ce que l’ami lui donnait; et femme, rusée et souple, elle cachait surtout à son aînée le secret de son cœur. Madame Fragonard, peu troublée des fantaisies de son mari, le voyant, après tout, travailleur, appliqué, très en vogue, heureuse elle -même dans son beau logis, presque riche, n’avait d’autres soucis que la santé de Rosalie, sa fille délicate, qui allait mourir toute jeune et donner au père le plus grand chagrin de sa vie.
Si peu que Fragonard et son élève se séparaient, quand ils travaillaient dans des ateliers différents de la Galerie du Louvre, sur sa planche de travail Marguerite lui écrivait. Et voici quelques-uns de ces billets où l’on ne peut se méprendre, pleins de mots caressants que l’insatiable