L’INSPIRATION
(Musée du Louvre )
LA FAMILLE
est décrété, David parle de son ami Frago dans le rapport sur le Muséum des Arts : « Il me reste, citoyens, à vous dire un mot sur les motifs qui ont dirigé le choix fait par votre comité d’instruction publique pour composer le nouveau Conservatoire du Muséum des Arts... Fragonard a pour lui de nombreux ouvrages : chaleur et originalité, c’est ce qui le caractérise; à la fois connaisseur et grand artiste, il consacrera ses vieux ans à la garde des chefs-d’œuvre dont il a concouru, dans sa jeunesse, à augmenter le nombre. » Ainsi fut payée, à la tribune de la Convention, la dette contractée, vingt ans auparavant, dans le salon de la Guimard.
Fragonard joignait à ses titres, assez éloquemment définis par le peintre de l' Enlèvement des Sabines, celui de ne lui porter nul ombrage. David éloigne des fonctions publiques des hommes tels que Vincent ou Régnault, sous prétexte que leur patriotisme est « sans couleur » ; mais Frago ne saurait être un rival. II le fait entrer au Jury des Arts, qu’institue la Convention, à la place des Académies dissoutes, pour décerner les prix aux jeunes artistes. Il le voit avec plaisir, le 19 pluviôse, nommé président du Conservatoire du Muséum. Fragonard prend au sérieux ses fonctions ; il visite, avec ses collègues, les églises et les dépôts des biens d’émigrés; il fait réserver pour le Muséum national des tableaux précieux; on le voit retirant des mains du citoyen Lenoir, au dépôt des Petits-Augustins, des peintures de Lemoyne et de Jean-Baptiste Vanloo « provenant de l’église de la ci-devant abbaye de Germain » ; il est, aux côtés de Pajou, le jour où la commission réclame pour le Louvre les Grâces de Germain Pilon, le tombeau de Chabot et des figures de Goujon et de Sarrazin. Ce sont des services que rend encore à l’art français ce grand peintre qui ne peint plus, en aidant à conserver les chefs-d’œuvre du génie national, à sauver quelques belles épaves dans le naufrage universel.
Délégué par le Conservatoire du Muséum, Frago va assister, avec Lesueur, à la plantation dans la Cour du Louvre d’un arbre de la Liberté, fête organisée par «les deux sociétés d’artistes républicains, par les artistes des Gobelins et les acteurs des différents théâtres. Notre peintre est devenu, pour sa petite part, agent de la République. Il n’en est pas
J. -II. FRAGONARD
moins tenu à se mettre en règle avec les autorités soupçonneuses. En ce temps, les gens bien vêtus passent aisément pour suspects ; la délation terrorise les galeries du Louvre, jadis si paisibles, aujourd’hui envahies par une population nouvelle, qui vient on ne sait d’où, qui force les femmes des artistes à aller coudre des chemises à l’atelier patriotique et à préparer, dans la rue des Orties, « les tables de la fraternité », où l’on sert les repas publics. Frago juge prudent de se munir de toutes les pièces utiles à un citoyen qui ne veut pas être inquiété. Il va d’abord au département, puis à la Commune. Le département lui délivre son premier certificat : « Je, soussigné, secrétaire général du Département, certifie que le citoyen Jean-IIonoré Fragonard, peintre, demeurant galerie du Louvre, n° l, n’est point porté sur les listes d’émigrés arrêtées jusqu’à présent par le Département. A Paris, au secrétariat du Département, ce 28 ventôse l’an II de la République Une et Indivisible. Dupré. » Voici maintenant le certificat de résidence : « Nous, soussignés, président et commissaires de la section des Tuileries, sur le vu d’un certificat de non-émigration délivré par le Département de Paris, en date du 28 ventôse dernier, n° 22, sur la demande qui en a été faite en exécution des décrets de l’Assemblée nationale des 24 juin, etc... Déclarons, sur l’attestation du citoyen François Dumont, peintre, âgé de quarante-deux ans, galerie du Louvre, n° 5, et du citoyen Charles-Horace Vernet, peintre, galerie du Louvre, n° 16, domiciliés en cette section, que le citoyen Jean-IIonoré Fragonard, peintre..., demeurant actuellement rue des Orties, galerie du Louvre, dans cette section, et qu’il y réside depuis dix-huit mois, sans interruption. En foi de quoi nous avons délivré la présente déclaration. A Paris, ce vingt-quatre germinal, l’an deuxième de la République Française. » Ce document, où figurent les noms du miniaturiste Dumont et de Carie Vernet, est celui qui nous assure de la date où Fragonard est revenu de Grasse à Paris. Il faut y joindre enfin la pièce de grande sauvegarde, le « certificat de civisme », délivré par la section des Tuileries et auquel est joint un signalement intéressant :
Du 25 Floréal an II de la République Française, Une et Indivisible, appert par procèsverbal de la séance dudit jour sur les demandes d’un certificat de civisme faites par le citoyen