‹ J. H. Newman, essai de psychologie religieuseChapitre 9 sur 13 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Lead, Kindly Light amid the encfrclfog gloom , , Lead Thou me on : I

he night is dark and I am far from home Lead Thou me on.

(Letters and Corr., 16 juin i833.)

Le i4 juillet i833, quelques jours seulement après le retour de Newman, Keble, invité à prêcher le sermon des Assises, poussait ce cri d'alarme, tout vibrant d'éloquence, que depuis lors on a connu sous le nom du sermon de l'Apostasie nationale.

Le mouvement d'Oxford était né.

Pendant les dernières semaines d'absence de Newman et de Froude, de graves événements venaient de se dérouler. Le feu qui couvait et avait miné tout l'édifice anglican, éclata d'un seul coup lorsque le gouvernement supprima dix évêchés en Irlande. Il parut que c'étaient les premières bouffées de flamme qui, en s'échappant par une issue, révélaient enfin le danger.

Dans la salle commune d'Oriel, dès que l'on

comprit la menace, il y eut des résolutions courageuses prises. P aimer, Froucle qui précédait Newman, et Keble décidèrent de s'unir pour une action commune. Nous venons de voir que Keble commença la lutte; et dès la fin du même mois, une réunion se tenait à Hadleigh; Palmer, Froude, Perceval et Rose la composaient. Newman, qui n'assistait pas à ce conseil, avait certainement muni de toutes ses idées Froude, qui put le représenter. Dès ce jour-là — entre le 2 5 et le 29 juillet — le mouvement qui va commencer a déjà sa courbe dessinée. On décide que deux points constitueront comme la plate-forme d'action : la Doctrine de la succession apostolique et le respect de l'intégrité du Prayer Book; pour la propagande de ces deux idées, on choisit deux moyens : la constitution d'une association pour la Défense de l'Église et la publication de Tracts.

Ceux qui prennent ainsi l'initiative d'une réaction, à l'égard de l'État, viennent des points les plus divers de l'horizon religieux. Il y a là d'abord le petit groupe des Oxoniens qui s'est formé, puis uni plus étroitement pendant ces dernières années : Newman, Keble, Froude, Bowden ; il y a d'autre part Rose, alors vicar de Hadleigh, un ancien élève de Cambridge, le fondateur du British Magazine] Palmer, de l'Université de Dublin ; Perceval, vicar

de East Horsley. Ils incarnent tous, les uns comme les autres, des nuances diverses de Pâme anglicane, si troublée à ce moment. Les premiers apportent à cette lutte l'enthousiasme de la jeunesse et la passion des idées. Ils ont le culte du passé, regardent et comparent, se souviennent de Laud et des théologiens du xviie siècle qu'ils veulent remettre en valeur, cherchent une tradition encore plus ancienne, celle de l'Eglise primitive. De leur incursion dans l'antiquité chrétienne, ils rapportent tout un lot de pensées, abandonnées depuis des siècles, des coutumes insensiblement oubliées, une foi en certaines croyances essentielles, qui semble, à cette heure, plus voisine du romanisme que de l'anglicanisme. Malgré tout, sans timidité vaine, les jeunes universitaires veulent une Réforme nouvelle — qui ramènera l'Église à son origine augustinienne. Les seconds, venus des diverses parties de l'Angleterre, clergymen tous trois, mais avec un génie et des tendances différentes, souhaitent les mêmes choses peut-être que leurs cadets mais certaines autres, par-dessus tout. Représentants de la High Church, ils voient en cette forme religieuse l'institution conservatrice et traditionnelle qui s'adapte admirablement au tempérament national et à l'encontre de laquelle les réformes récentes se sont produites. Ce ne sont pas les théologiens qui ont donné ce souci à ces prêtres ; mais

leur sens de la tradition croyante d'un pays s'est ému d'une politique. Ils apportent à l'œuvre ardente, entreprise par ces jeunes gens, l'autorité un peu surannée de leur situation, de leur expérience, et juste ce qu'il en faut pour permettre au mouvement de grandir et de ne plus avoir besoin d'eux.

Il est cependant des questions assez hautes et assez importantes pour que les nuances mêmes d'opinion puissent influer. Deux mois ne s'étaient pas écoulés depuis la réunion de Hadleigh que déjà Fentente se lézardait, et que ces pensées diverses qui s'étaient rapprochées sous le coup d'une même indignation se retrouvèrent, la première colère passée, avec leurs éducations diverses et leurs intelligences différentes. Le quart de siècle qui séparait ces hommes marquait leurs conceptions et leurs plans. Lorsque Newman publie le 9 septembre i833 le premier des Tracts for the Time, le torysme prudent et sans éclat d'un Arthur Perceval s'émeut et propage son émotion jusqu'à ses amis. Des « remontrances », à l'endroit des Oxoniens du mouvement sont préparées. Mais les Oxoniens accueillent avec impatience de telles leçons. Entre l'enthousiasme religieux des uns et la prudente politique des autres, le fossé se creuse. Froude voudrait même un éclat*

Pendant quelque temps cependant, la sagesse

avertie de Keble et de Newraan conciliera le devoir et la nécessité de maintenir l'accord entre les deux fractions du mouvement. Sans abandonner l'une quelconque de leurs idées — en août, Keble a déjà publié sa déclaration des principes et Newman lance coup sur coup plusieurs tracts. — Tous deux parviennent à retenir dans leur alliance ces fervents du trône et de l'autel anglicans. D'Oriel, Newman écrit à Keble « Attendons le cours des événements... » Il ne veut pas sacrifier la belle apparence de ses alliances, auprès du public, tant qu'il ne s'agira que de controverses sur les modes d'action à employer.

Il suffit d'agir, quitte après à discuter avec ses amis, si l'on a bien fait d'agir. Lorsqu'un Perceval s'effraie de la publication d'un tract, on peut mettre quelque complaisance à raisonner avec lui ses terreurs, lorsque le tract lui-même a été publié et que le but visé a été atteint. Ces trois petites pages, parues au matin du 9 septembre i833, sans signature, ont déplu à Rose. Il n'en reste pas moins l'effet lui-même et que ces premiers mots : « A mes frères du sacerdoce sacré, prêtres et diacres de l'Eglise d'Angleterre, ordonnés à cette fin par l'Esprit Saint et l'imposition des mains... )) ont troublé étrangement bien des cœurs, amollis et sans forces, au fond des presbytères. Quelque chose de nouveau s'est levé dans l'àme de ces « compagnons de tra-

vail », à la voix de Newman. Ils ont senti se formuler, ils ont trouvé les mots exprimant leurs aspirations confuses : « Il me faut parler. . . Les temps sont pénibles et personne ne s'élève contre eux... ne reconnaissons-nous pas le danger même que court l'Eglise, nous tous et cependant ne demeurons-nous pas, chacun pour notre part tranquillement dans notre coin, comme si le frère était séparé de son frère par des montagnes et des océans?... » Dans leurs « charmantes retraites », ils se sont retrouvés tout à coup des chrétiens. Tout le mouvement tient dans cette première impression qui se produisit sur Oxford et sur ces anciens Oxoniens, qui vivaient dans la paix de leur cure gracieuse, en de petits villages riants de la campagne d'Angleterre. Du jour au lendemain, ces prêtres, qui n'accomplissaient plus leur ministère que comme une fonction {publique de l'Etat, comprirent à nouveau qu'il était Hm sacerdoce, le seul sacerdoce de la vie humaine.

Le tract en effet portait sur la succession apostolique. Il esquissait seulement, mais avec une clarté et une logique irrécusables, à ce clergé, qu'il avait une investiture, qu'il appartenait à un ordre, créé par Dieu lui-même et dont les grands maîtres demeuraient les évêques, se transmettant de génération en génération, l'admirable charge, — que cet honneur auquel ils avaient été admis leur impo-

sait des devoirs et une dignité, dont ils devaient parer tous leurs actes.

L'impulsion était donnée ; d'un bout à l'autre de l'Angleterre, un enthousiasme surnaturel secouait toutes ces âmes, heureuses de se sentir glorifiées. Il n'y a rien de tel pour rénover une existence entière qu'un encouragement. Et ce n'était pas un seul qui leur était venu, mais de jour en jour ces feuillets se succédaient, à propos des questions qui passionnaient l'heure présente, mêlant à ces préoccupations de l'instant des soucis plus graves, où l'on retrouvait l'âme d'un Keble ou d'un Newman. Tour à tour, il s'agissait des évêchés de l'Irlande, supprimés par un coup de politique et qui avaient été la première étincelle tombant sur ce foyer propice ; il s'agissait de la catholicité des églises chrétiennes, des pratiques liturgiques et tous les graves problèmes religieux dont s'étaient nourries ces consciences pendant dix ans se répandaient, passaient de leur âme à celle de la foule des prêtres et des universitaires.

Un courant se créait, qui amenait sur son flot des barques lointaines, venues des points les plus divers de l'horizon, ayant toutes, plus ou moins, souffert de la tempête qui souffle à un moment quelconque sur les intelligences cultivées. Plusieurs étaient désemparées, qui retrouvèrent là un gréement. Il faut lire toutes les monographies publiées depuis

\ingt-cinq ans en Angleterre sur les grands Oxoniens de l'Église, de la politique ou des arts pour comprendre la puissance de ce mouvement, dès ses débuts mêmes. Tout Oxford est retourné du jour au lendemain. Des étudiants graves courent de Fun chez l'autre se porter les nouvelles des tracts. Les étoiles, au ciel de la pensée anglaise contemporaine, pâlissent autour des astres nouveaux. Whately n'est plus qu'un nom ; Hawkins perd son influence — et l'on ne pourra plus nommer de ces esprits sceptiques pendant un certain temps, à des chaires de religion, sans soulever l'opinion universitaire. Lors de l'élection du DrHampdens, on jugera de la profondeur du nouveau sillon, creusé par quelques grands esprits. A Newman, on ne pourra guère opposer que Arnold — et encore, c'est de l'école de Rugby que lui viendra Ward.

Au reste, l'activité de sa direction personnelle est plus intense que jamais, à cette époque. Il a, pour ainsi dire, vaincu, non pas cette timidité naturelle qui n'était en somme qu'une sorte de dédain, mais la répulsion qu'il avait éprouvée d'instinct pour la lutte. Il fallait que sa conviction fût devenue bien ardente pour qu'il brisât d'un seul coup tous les liens qui dérobaient aux autres ses pensées intimes. Jusque-là, il avait donné des travaux d'érudition, uniquement; sa tendresse pour ses amis,

une sorte de pudeur intellectuelle leur avait réservé ses pensées les plus profondes sur les choses de la religion, et surtout les plus actuelles ; ses vers, qu'il laissait inédits, avaient paru seulement sur le feuillet d'une correspondance familiale. Maintenant, il donnait simultanément ces tracts, où se concentrait toute sa fierceness, les vers de sa première solitude d'Oxford et de son A^oyage d'Orient ; il collaborait activement à la revue de Rose, à d'autres publications encore, fournissait son écot intellectuel en tout et partout. Mais l'ardent prosélytisme qui venait de le pousser dans la mêlée, l'avait tellement arraché à son caractère personnel qu'il ne se contentait pas d'écrire ses pages, à la fois, précises et enthousiastes. Il les portait lui-même dans les presbytères des alentours d'Oxford. 11 enlevait son cheval en des galops fous qui l'entraînaient aussi loin qu'il lui était possible de courir. C'était un admirable apostolat que celui-là, où toute une jeunesse pleine de foi sillonnait les routes, portant la bonne nouvelle des tracts. Et Newman, dans sa correspondance, nous a laissé lui-même la nuance d'esprit qui animait alors les BoAvden, les Froude et les Rogers : « / am sure the Apostles did not sitstill... » (i)

(i) « Je suis certain que les apôtres ne demeuraient pas inactifs. » Lett. and Corr., I, 449-

En deux mois, toute l'Angleterre s'était donc ! trouvée passionnée pour cette campagne religieuse. Bien peu d'esprits étaient demeurés indifférents à ce mouvement, dont les protagonistes avaient tant de vaillance et de religion. L'ardeur de Newman ne pouvait s'accommoder longtemps d'un ménagement politique. Il n'était pas revenu de Sicile pour plier sa vocation à des combinaisons ministérielles et il ne connaissait pas un torysme de la religion. Plus exactement, il ne voulait pas le connaître.

Aussi quand l'opposition de Rose, de Palmer et de Perce val s'accentua, Newman, soutenu par les jeunes du mouvement tractarien, résista- t-il ouvertement. Il ne s'agissait même plus cette fois de savoir comment on organiserait la lutte; il ne s'agissait plus de l'action collective de ce groupe mais des manifestations personnelles de pensée d'un Keble ou d'un Newman. Palmer, comme ses amis, voulait la suppression des tracts, n'ayant jamais compris que Ton pût faire tant de religion et si peu de politique, avec cette idée de la High Church.

La nature, toute en nuances de Newman, avait besoin de beaucoup de réflexion pour se décider à quelque parti que ce fût. Tour à tour, il se sentait prêt à abandonner cette forme de pensée qu'il avait pour ainsi créée, et tour à tour aussi il voulait résister. Tout le charme de son caractère souffrait de

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l'alternative qu'il trouvait, se posant devant lui, qu'il sentait la nécessité de résoudre et qui n'offrait que des solutions le froissant. Tour à tour, le partisan et l'ami éprouvaient de l'ennui à pencher pour l'une plutôt que pour l'autre. C'est alors qu'il montra son incertitude à son compagnon favori, à Froude, et qu'il lai écrivit au sujet de ses perplexités : « Conseillez-moi, encouragez-moi, lui disait-il... ». Mais déjà, dans un post-scriptum à cette lettre (i) il montrait vers quel destin inclinait sa volonté.

De plus en plus, en effet, Newman s'isolait au milieu de ses amitiés et de ses relations. Froude s'en allait, pour jusqu'à sa prochaine agonie, à la Barbade ; Keble restait dans sa petite cure, auprès de son père ; Pusey vivait lui-même dans une studieuse solitude. Rickarts désavouait son jeune ami — mais du reste, vivait aussi dans sa paroisse, assez éloignée. Bowden, Roger s avaient leur existence située ailleurs. Newman était donc livré presque absolument à lui-même et sa pensée se fortifiait de cet isolement. La lutte l'orientait déjà, en le forçant à faire face aux polémiques intellectuelles. Sa direction se formait presque d'elle-même ainsi et son ironie, très mélancolique, se nourrissait de cette campagne perpétuelle. D'autre part, Newman, dont

(i) i3 novembre i833. L. a, C, I, 479.

on pourrait croire que la foi avait a souffrir de ce trouble incessant, où il vivait, donnait l'exemple d'une piété admirable. Souvent, durant les nuits où l'avenir se présentait comme un rêve à sa pensée, il se relevait et cherchait, pour apaiser cette angoisse de la bonne voie, un peu de lumière au pied de la Croix (i). Il n'avait pas seulement dans son intelligence la conception d'une Eglise plus chrétienne ; il n'en exprimait pas seulement l'idéal dans ses feuillets, dans ses livres, mais il le réalisait à chaque minute même de son existence. Cet ardent de l'anglicanisme, ce lutteur sans cesse sur la brèche avancée de son ouvrage, conservait à l'intérieur même une chapelle, délicieuse d'intimité, où s'épanouissait sa ferveur.

Une fois cependant que la résolution eut été prise de continuer la lutte, comme elle avait été commencée, Newman non seulement n'a plus d'indécisions, mais il accuse même les tendances qui avaient été la cause de la brouille — plutôt que sa rupture — avec Rose et ses amis. Il ajoute à tous ses tracts une épigraphe qui est un peu comme une exergue de défi : « Si la trompette sonne sans force, qui se préparera au combat? » Et cette attitude décidée

(i) Mozley. Réminiscences, I, 396.

c l'effet tout contraire à celui que Ton aurait pu attendre. Ceux qui étaient partis, ne trouvant pas dans le plan de Newman la formule même de leur dessein, surpris par cet idéal nouveau, attirés par cette grande allure religieuse que donnait à l'anglicanisme l'ardente pensée de ces jeunes gens reviennent. Les orgueilleux tory s de la première heure qui avaient fait valoir très haut leur assistance, qui avaient voulu mener le mouvement, se rangent maintenant auprès de Newman, décidés à prêter sans conditions, sans promesses et sans honneurs futurs, leur concours au jeune chef qui, par son énergie, vient de rassembler dans sa main ses troupes, au moment où elles pliaient. Rose, Palmer et Perceval redeviennent favorables.

Si l'on prolongeait cette métaphore, il faudrait dire que sur le champ de bataille même, non seulement ses soldats se ralliaient, mais aussi que dans le camp adverse, certains défaillaient et passaient sous son drapeau.

L'enthousiasme est dans Oxford. Le mouvement maintenant va grandir.

Pendant les mois qui suivent, les tracts continuent à paraître avec une abondance merveilleuse. Jusqu'au milieu de i834, époque à laquelle on les réunit en volume, il y en a quarante-six. Ils éma-

nent de signataires différents, sous leur anonymat collectif. La plupart cependant sont de Newman et les plus importants. Ils fournissent dans leur variété la note même de toutes ces pensées ; ils donnent le bilan spirituel de la jeunesse religieuse d'Oxford, vers i833.

Ils ne présentent pas toutefois une doctrine unifiée. Ils ne l'auraient pas pu. Le mouvement d'Oxford s'est révélé d'abord comme le malaise même de l'anglicanisme, si l'on peut dire. Il a eu des croyances, avant d'en posséder une seule et si, un jour, il fournit à l'Église d'Angleterre une croyance assurée, ce sera que la conversion de Newman au catholicisme, l'aura averti des cadres mêmes qui lui convenaient et que seuls il pouvait adopter, sans danger.

A cette époque, où de tous côtés néanmoins viennent les adhésions, il n'y a que des opinions que l'on peut essayer de formuler et de synthétiser, mais d'une manière toute factice et sans aboutir h une opinion. Il n'existe pas une croyance absolu-» ment commune à toutes ces âmes — elle hâterait le mouvement et les sauverait eux-mêmes — il n'y a que des croyances. Tous, ils partagent bien la même foi religieuse, qui leur suffit pour se jeter de toute leur ardeur passionnée à la recherche de la vérité, mais ils ne sont pas deux à posséder la même théologie. Et >l'on s'en apercevra bien le jour où

Newman aura trouvé, sous sa forme originale, ce compromis de génie : la via média.

) Le premier volume des Tracts traduit au mieux ce trouble des cœurs. Seul, à peu près, Newman sait où il va, ou du moins pense le savoir. Il croit à une Eglise visible, ayant ses sacrements et ses rites, ce canaux de la grâce invisible ». Il assied cette opinion sur des bases théologiques très solides, sur le P rayer Book (i), sur les grands écrivains anglicans du xviie siècle, les Laud, les Bramhall et les Stillingfleet, sur l'étude des Pères. Il croit à cette idée, toute romaine, de l'indépendance de l'Église à l'égard de l'État. Fermement, d'après des textes précis de la primitive Église, rassemblés à leur source même ou de seconde main, auprès de ces docteurs de l'Angleterre, il croit à la succession apostolique : « Je me considérais simplement comme un serviteur et un instrument dans les mains de mon évêque », a-t-il dit, dans VApologia. Il y a dans ce livre les pages les plus précieuses pour l'analyste, qui suit le développement religieux de Newman, à cette époque décisive qu'il a limitée lui-même, — « de i833 à 1839 (2). »

(1) « Il est une partie du service catholique et comme tel la voix des saints de tous les temps. » L. and. C, II, 192 (19 avril i836).

^(2) Apologia; 36 à 92,

Envers Rome, de laquelle il se rapproche, plus qu'aucun dissident ne s'est jamais rapproché, il fait montre d'une rancune, qui demeure. Il lui en veut d'avoir tenu la vérité et de l'avoir laissée s'échapper. Alors qu'il n'a que du dédain pour cette Eglise anglicane, qui a fait une Réforme sans que seulement deux siècles après, elle sache profiter de la gravité de son acte, il éprouve à l'égard du romanisme cette sorte de colère excessive que l'on ressent parfois, envers ceux que l'on chérit le plus tendrement, et qui ne réalisent pas les espérances fondées à juste titre sur leur valeur.

Vers ce temps cependant, le premier volume des Tracts était public. Newman lui avait fourni l'investiture, par sa préface, mais une lassitude envahissait tous les fidèles de cet apostolat, à l'endroit de cette forme d'action, un peu brève. Elle n'avait plus, à force de se recommencer, toute sa valeur. Le Tract se démodait parmi ses auteurs, et même ses lecteurs. À cette jeunesse pieuse, un autre aliment allait convenir.

C'est alors que Pusey apparaît, que ce « Newmaniste ))^ très grave et plus réservé, prof essor regius, qui jusque-là n'a fait qu'accorder sa sympathie au mouvement, intervient. Il entre si bien dans la lutte, avec ce nouveau Tract sur le baptême (i835) que désormais, lorsqu'on parlera du Tractarisme, on

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