LORD KEITH
Mylord le reçut bien et devint son protecteur et son ami, un ami fidèle jusqu'à la fin, bien que Jean-Jacques Tait soupçonné aussi de tiédeur et d'oubli. Georges Keith, grand seigneur écossais, avait couru le monde et servi bien des causes. Brave à là guerre, habile en diplomatie, il connaissait les hommes et les affaires. Esprit cultivé, ainuble, bienveillant, très-allégé de croyances et de préjugés, demi-philosophe, sage à la façon d'Épicure, il était en un mot le parfait gentilhomme du xviu* siècle. Déjà vieux quand il vint chez nous en février 1762, le roi de Prusse l'envoyait à Neuchâtel comme en un lieu de repos, afin qu'il y passât tranquillement le reste de sa vie, dit Jean-Jacques, à rendre ce petit peuple heureux,
U n'y réussit pas.
« I4QS Neuchâteloîs, ajoute Rousseau, qui n'aiment que la pretintaille et le clinquant, qui ne se connaissent point çn véritable étoffe et mettent Tesprit dans les longues phrases, prirent sa simplicité pour de la hauteur, sa franchise pour de la rusticité, son laconisme pour de la bêtise, se cabrèrent contre ses soins bienfaisants, parce que voulant être utile et non cajoleur il ne savait point flatter les gens qu'il n'estimait pas. »
Ce jugement sévère est trop général pour être