NOUVEL ORAGE
le canton de Neuchâtel ^ Et s'il en vint à cette extrémité, ce ne fut pas faute d'y trouver des amis nombreux, zélés, ardents. Son départ eut d'autres causes auxquelles l'auteur de YÉmilCy le hardi censeur des vices et des préjugés de son siècle ne pouvait nulle part se soustraire. Nous les verrons se dérouler une à une jusqu'à la catastrophe finale du mois de septembre 1765.
vn
Aux condamnations successives du Parlement, de la Sorbonne et du Conseil de Genève, qui
K Un comte de Waldner lui fit, par Tentremise du ministre H.-D. Petitpierre, les plus pressantes instances de passer quelque temps dans sa belle maison d'Olveiles près de Mulhouse. Les raisons par lesquelles ce noble personnage espérait tenter le philosophe sont amusantes. « Je sais bien, disait-il, que c'est un glorieux qui aime k se singul^ftiser, mais par cela même qu'il a beaucoup d'esprit, je suis convaincu qu'il a les organes justes, et que par conséquent il aime mieux le bon vin que le mauvais, et qu'à Tégard de toutes les autres choses de la vie, à moins qu'une cause étrangère ne vienne i la traverse, il préférera toujours le meilleur au moins bon, et, j'ose dire qu'il en trouvera l'occasion chez moi.... n sera libre chez moi comme chez lui, ne mangera que ce qu'il voudra, et comme il voudra. Sa chambre ne sera meublée et balayée que juste selon ses ordres.... Donnez-lui, je vous prie, bonne opinion de moi. Vous pouvez lui dire hardiment que je suis fort bonhomme et pourtant pas un sot, peut-être cela le toucherat-il plus que tout le reste. » Rousseau ne fut pas touché, je crois même qu'il ne prit pas la peine de répondre. M. le comte de Waldner dut être bien étonné.