LETTRE A U^' DE BEAUMONT
tourne contre Tagresseur et lui lance cette terrible épître que chacun sait par cœur :
« Pourquoi faut-il, monseigneur, que j'aie quelque chose à vous dire? Quelle langue commune pouvons-nous parler? comment pouvons-nous nous entendre? et qu'y a-t-il de commun entre vous et moi?
» Cependant il faut vous répondre; c'est vous-même qui m'y forcez. Si vous n'eussiez attaqué que mon livre, je vous aurais laissé dire, mais vous attaquez aussi ma personne, et plus vous avez d'autorité parmi les hommes, moins il m'est permis de me taire quand vous voulez me déshonorer. »
Rousseau exprime à plusieurs reprises ^ le regret d'avoir cédé à son premier mouvement; il traite sa réponse de « misérable écrit » ajoutant du reste « que s'il était facile à d'autres de faire mieux, personne, en un tel sujet, ne pouvait faire bien. » Je ne sais s'il était bien sincère en parlant ainsi; il est permis de supposer au contraire qu'il eût été très-fâché d'être pris au
» Voir la lettre à Moultou du 26 février 1763 et celle du 6 mars 1763 à M. de ***. Il dit au premier : « Il n*est pas permis de s'échauffer en parlant de soi ; et sur des chicanes de doctrine on. ne peut que vétiller. L'écrit est froid et plat. J*en prévois l'effet d'avance, mais la sottise est faite. » Rousseau se trompe; l'effet en fut très-grand et tout en sa faveur, d'abord sur M?r de Beaumont, comme on va le voir, et ensuite sur le public ; il en reçut beaucoup de compliments et c'est encore peut-être le plus populaire de ses ouvtages.