‹ J.-J. Rouseau au Val de Travers, 1762-1765Chapitre 8 sur 135 · MADAME DE LUXEMBOURG. I · texte numérisé non relu

MADAME DE LUXEMBOURG. I

-■ - -I pi I ■ I I .,, ,^

1er que de vive voix. Des mots inquiétants drcu-

lent et reviennent à Rousseau. On lui rapporte

qu'un conseiller au Parlement avait dit : « Voilà

un fort beau livre^ mais dont il sera parlé dans

peu plus qu'il ne serait à désirer pour l'auteur. »

H n'en est pas troublé et ne fait qu'en rire. Ne

publiait*-on pas tous les jours, sans la moindre

difficulté, au su et au vu des magistrats, avec

l'estampille royale, des volumes où le scepticisme

ne se bornait certes pas à un doute respectueux

de la révélation et à une démonstration rationelle

de l'existence de Dieu ? N'est-il pas certain de la

beauté, de l'utilité de son ouvrage, certain d'être

en règle à tous égards, certain du crédit de

M"^ de Luxembourg et de l'appui du ministère ?

Jamais écrivain, en effet, n'avait pris tant de

précautions et n'a pu se croire mieux à l'abri de

toute poursuite que Rousseau en cette affaire.

Ses relations avec M. et M°* de Luxembourg duraient depuis deux ans. Longtemps il avait repoussé leurs avances, effrayé de la diflFérence des rangs et peut-être plus encore de la réputation de M"** de Luxembourg, qui passait dans le monde pour méchante. Mais le maréchal vînt le voir; il lui rend sa visite «t toutes sfes appréhen-

Page 1