LE CHRISTIANISME DE ROUSSEAU
nement et réellement pour Jean-Jacques k' source d'une émotion douce et d'une profonde joie : une force et une consolation. Le soupçonner d'en avoir fait un jeu et une moquerie, c'est méconnaître toute sa vie : aucun homme n'a été moins capable que lui d'une sL odieuse comédie. Qui l'y forçait? Et qu'avait-il à y gagner? Des ennuis, comme il advint, c'est tout ce qu'il pouvait en attendre. Rien, ni personne n'est ici-bas rigoureusement et absolument conséquent. Nous sommes si bien dans le domaine de l'attente, du provisoire et de l'incomplet, que l'âme et le cœur font sans cesse opposition au raisonnement, que l'instinct résiste à l'intelligence, que l'être qui sent domine l'être qui réfléchit, et que les principes les plus justes mènent à l'absurde, s'ils dépassent la zone trèsétroite de notre brumeuse atmosphère. Tout est iproblème. L'intolérance subite de M. de MontmoUin et ses scrupules tardifs ne sont pas moins étranges que la prétention dé Rousseau à passer ,pour orthodoxe. En outre, M. le ministre avait :1e tort de blesser à la fois par sa conduite l'esprit de l'Évangile, le libre e^camen, base du protestantisme et les lois de son pays.