LA VISION
Pierre Boy était si butor, si bête et se comportait si brutalement, que, pour ne pas me mettre en colère, je me permis de le plaisanter; et je fis, dans le goût du petit prophète, une petite brochure de quelques pages, intitulée : La vision de Pierre de la montagne, dit le Voyant, dans laquelle je trouvai le moyen de tirer assez plaisamment sur les miracles qui faisaient alors le grand prétexte de ma persécution, Dupeyrou fit imprimer à Genève ce chiffon, qui n'eut dans le pays qu'un succès médiocre : les Neuchâtelois, avec tout leur esprit, ne sentant guère le sel attique, ni la plaisanterie, sitôt qu'elle est un peu fine. »
Les détracteurs de Rousseau n'ont pas manqué de prendre acte de cet aveu et de retourner ce passage contre lui. « Vous voyez bien, disentils, c'est aux miracles qu'il en voulait, et non pas pour en parlée avec respect, mais pour s'en moquer. Son prétendu christianisme n'était qu'une comédie. » Eh! non, messieurs, il se vengeait des sots et des méchants, et pour cela, comme il arrive toujours, excité par la contradiction, il dépassait ou dénaturait son propre sentiment. Les Neuchâtelois le comprirent mieux qu'il ne veut le dire. Je Hs dans une lettre de ce M. Henri- David Petitpierre, pasteur de Neuchâtel, que j'ai déjà nommé, le passage suivant * :
^ La lettre est datée du 25 septembre.